14 novembre 2009
Une grande muette l’étant de moins en moins
La grande muette l’est de moins en moins même si cela ne plaît pas forcément comme des rumeurs pourraient le suggérer. Ainsi le colonel Goya, revenant d’un période de quinze jours en Afghanistan, s’est exprimé sur la situation avec un fort esprit critique comme cela est relaté par Jean Guisnel sur le site du Point le 11 novembre. Dans la même période le colonel Durieux, chef de corps du 2e Régiment étranger, s’exprimait dans le Monde le 23 octobre. Remarquons cependant que ces deux officiers ont travaillé dans l’entourage proche du chef état-major des armées.
Durant la même période, celui-ci expliquait sur le site de l’EMA (www.defense.gouv.fr) le changement de posture en Afghanistan des forces françaises qui font toujours plus avec moins devant le refus politique de mettre des soldats en plus. La question est de savoir si ce qui est important est le nombre d’hommes ou le résultat à atteindre. Si c’est ce dernier et qu’il faut des troupes en plus, il faut honorer ce besoin. L’image politique à donner paraît en effet bien futile.
La communication institutionnelle est tout aussi active. La première lettre d’information du chef état-major de l'armée de terre est sortie en novembre et reconnaissons qu’elle est parfaitement intéressante dans ces périodes de flou et de doute comme en témoigne le propos de Marsouin le 14 novembre cité en intégralité par JD Merchet sur son blog. On peut regretter de ne pas l’avoir écrit soi-même tellement on peut se reconnaître dans cette analyse. Cela n’est cependant pas une raison pour en jeter toute les responsabilités sur le dos des chefs militaires qui sont là aussi pour obéir malgré leur rang. Cela vaut quand même la peine de les diffuser..
Mais voilà, les temps ont changé..."
(blog de JD Merchet)
"Moi je parle d'un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître
où il n'y avait pas de syndicat dans l'armée parce que la hiérarchie prenait en
compte les intérêts des subordonnés - c'était dans le contrat.
En ce temps-là 100% des militaires trouvaient que l'idée même de syndicat
était incompatible avec l'armée. Quand on achetait des missiles, on prenait en
compte l'avis de l'armée de terre plutôt que celui d'un G2S stipendié par un
marchand d'armes américain. Les rangers ne pelaient pas et on pouvait changer
ses treillis quand on les déchirait. On n'était pas de soixante ou cent francs
de sa poche par jour quand on partait en réunion au PC de la grande unité. Et
quand un brigadier de dix ans de service se faisait contester sa nationalité
par un tribunal, il y allait en tenue et ça se passait bien.
En ce temps-là.... Nostalgie, nostalgie. Moi en plus je faisais trois mille
deux au Cooper, c'est vous dire.
Mais voilà - les temps ont changé. On a eu un ministre de la Défense qui se
vantait d'avoir squeezé 25% sur les soldes outre-mer et la hiérarchie a dit que
c'était super. On est devenus une armée PROFESSIONNELLE avec 34% de DTO sur nos
chars et des munitions FAMAS qui ne marchent pas. On est devenus des citoyens
comme les autres, ni plus ni moins. Fini le temps des caisses noires qui
permettaient de défrayer un gars en difficulté ou d'acheter des parkas
israéliennes pour tout le monde, bonjour les commissions hygiène-sécurité en
opérations.
Pour l'instant on est encore dans l'effet "diode" - ça ne marche
que dans un sens. Nous sommes des citoyens normaux MAIS un GV touche le SMIG
pour 50/60 heures au lieu de 35. MAIS nous sommes mutables à volonté, en bloc,
tels les moujiks sous la grande Catherine, pour les besoins d'un maire du bon
parti. MAIS l'ADJ X est puni, avant les résultats de l'enquête, pour avoir
peut-être mis le feu. MAIS on peut revenir sur nos droits acquis (nous sommes
quand même militaires, quoi!). MAIS on peut enchaîner les CDD sans avoir droit
à un CDI (les besoins spécifiques de l'armée, quoi!)
Sauf que l'effet diode est en train de disparaître : il n'y a donc plus de
raison qu'un chef puisse punir un ivrogne en opération sans que celui-ci puisse
présenter une vraie défense avec un vrai avocat, et faire sauter sa sanction
pour vice de forme (c'est du vécu). Il ne faut pas s'étonner que les incompétences,
réelles ou supposées, au combat ne soient plus sanctionnées entre soldats mais
par la justice civile.
Il faut choisir : nous sommes des citoyens normaux? Alors l'apparition de
syndicats est inéluctable. Ils assureront d'ailleurs, la nature ayant horreur
du vide, la défense de nos intérêts que la hiérarchie n'a plus les moyens
d'assumer. Cela pourrait prendre la forme de syndicats de type Armée rouge dans
chaque régiment, présidés par le chef de corps, au service de l'institution (il
faudrait se dépêcher de les organiser).
Sinon, si on ne prend pas les devants, fleuriront des syndicats type
"appel des 100" ou "grogne des gendarmes", clandestins au
début, nécessairement entraînés dans une dynamique de surenchère et finalement
dirigés contre l'institution.
Ou alors on revient aux fondamentaux : le soldat est un citoyen à part qui a
des devoirs particuliers dont celui de tuer les ennemis à lui désignés par son
gouvernement légal (je parle bien de devoir, ce n'est pas un droit comme
l'écrivent certains psychopathes - on ne mélange pas le travail et le plaisir)
; des limitations librement consenties à ses libertés et droits d'expression,
d'affiliation à un parti politique, de représentation syndicale, de grève,
etc... je fais court, tout ça c'est marqué dans le Livre vert.
Mais aussi des contreparties sous forme de dérogations en fonction des
besoins et des contraintes de son état ; et puis, on peut rêver, un peu de
considération de la part du politique (du genre le président de la République
qui salue les drapeaux le 14 juillet au lieu de faire coucou aux électeurs...
OK demain j'arrête la FLAG).
D'après vous, amis blogueurs, vers quelle solution trottinons-nous tels des
lemmings kamikazes?"
Petit
lexique à l'usage des pékins : G2S : général en
deuxième section, c'est-à-dire qui a quitté le service actif. PC : poste de
commandement, (ici : état-major). Trois mille deux au Cooper : en référence au
test de Cooper, courir 3200
mètres
31 août 2008
Commémoration des combats de Bazeilles de 1870
Les Troupes de marine, anciennement Troupes coloniales et arme dépendant de l’armée de terre comme chacun sait, commémorent ce Weekend comme chaque année à Fréjus les combats de Bazeilles. Ces combats ont vu le courage et l’héroïsme de la division coloniale (ou division bleue) reprendre aux Allemands les 31 août et 1er septembre 1870 le village de Bazeilles près de Sedan après avoir reçu l’ordre initial de ne pas l’occuper.
La maison de la dernière cartouche où une poignée de combattants encerclée résiste et tire la dernière cartouche avant de se rendre aux Allemands, est le symbole de cet héroïsme.
Nul doute que nos camarades marsouins et bigors auront une pensée pour leurs camarades marsouins du 8e RPIMA et du Régiment de Marche du Tchad (RMT) tombés au combat le 18 août dernier en Afghanistan.
Ce souvenir sera d’autant plus fort que les combats de Bazeilles peuvent rappeler par bien des aspects, certes à un autre niveau, les polémiques ou problématiques survenue suite à l’embuscade du 18 août et plus généralement de la guerre en Afghanistan :
- Choix tactique : la division bleue reçut l’ordre de reprendre un village laissé initialement aux Allemands sans combat.
- Justification ou non des pertes au combat. Cette opération lui aura coûté 2655 hommes dont 100 officiers et 213 sous-officiers. Les soldats bavarois en perdirent plus du double.
- Relations avec les populations : les soldats bavarois se livrèrent dès le lendemain des affrontements à d'atroces représailles contre la population de Bazeilles dont une partie avait pris part aux combats aux côtés des Troupes coloniales. Le village fut incendié, certains habitants fusillés, brûlés vifs ou arrêtés puis déportés. On dénombra ainsi plus d'une quarantaine de victimes civiles dans le village. Cent cinquante autres devaient mourir au cours des six mois suivants du fait des sévices endurés.
- Honneur rendu à ceux qui ont servi : cette résistance héroïque valut à la ville de Bazeilles d'être décoré de la légion d'honneur en 1900.
Pour en savoir plus :
http://www.cheminsdememoire.gouv.fr/page/affichelieu.php?idLang=fr&idLieu=1240
Les nouvelles affectations du 1er septembre 2008.
Le général de corps
d’armée Puga prend ses fonctions de directeur du renseignement militaire. Un vaste,
débat parfois inopportun par des propos excessifs, s’est développé sur le site
de JD Merchet (secret défense). En effet, l’engagement catholique du GCA Puga est
précisé. Remarquons que préciser l’orientation religieuse ou philosophique d’une
personne par un média n’est pas nouveau. Toute ou presque toute biographie
donne cette information. Les réactions à l’information de JD Merchet n’en
restent pas moins intéressantes. Je vous invite à acquérir la revue Inflexions publiée par l’armée de terre
et diffusée en juillet par la Documentation Française. Ce numéro est consacré
au fait religieux, au sacré et à la laïcité dans les armées (sommaire sur le
site www.defense-et-republique.org). Cela éclaircira par des
articles de fond de différentes sensibilités ce débat très français sur la
religion dans les armées.
Sur les autres affectations, un silence règne sur la nomination du général d’armée Cuche au 1er septembre 2008 comme gouverneur des Invalides. Décidée en conseil des ministres avant sa démission, aucune information n’infirme ou ne confirme aujourd'hui cette nomination.
12 août 2008
Le Canard Enchainé du 30 juillet 2008
« Un 14 juillet réussi. J’ai botté le cul des militaires et jamais ils n’ont aussi bien défilé. Donc cela veut dire que j’ai eu raison de leur botter le cul », le CA du 30 juillet, page 2
Mon oeil avait été attiré par un commentaire sur Secret-Défense, site animé par JD Merchet. L’intervenant soulignait cette phrase trouvée dans le Canard et il lui était répondu que cela n’était pas vrai.
Si cette phrase peu faite pour améliorer les relations entre les armées et l’exécutif a été réellement prononcée, cela signifierait bien que cette « modernisation » des armées annoncée "en concertation" avec les élus et que les chefs d'état-major approuvent dans les déclarations officielles, a été bien loin de l’écoute qui aurait permis ce travail pour notre futur.
08 novembre 2007
Assemblée nationale et IHEDN
L’Assemblée nationale et l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) organisent, le 21 novembre prochain à l’École militaire, un séminaire à l’attention des députés nouvellement élus ou réélus. Cette démarche est encourageante et permettra sans aucun doute de mieux faire comprendre les problématiques de la défense alors que le nouveau Livre Blanc est lancé.
Le général de corps aérien Laurent Labaye, directeur de l’Institut des hautes études de défense nationale accueillera Olivier Darrason, président du conseil d’administration de l’Institut et Bernard Accoyer, président de l’Assemblée nationale, qui prononceront les discours d’ouverture. Hervé Morin, ministre de la Défense, clôturera ce séminaire d’échanges. Ce séminaire, exclusivement réservé aux députés, est le premier organisé depuis l’avènement de la Ve République. Il portera d’abord sur l’examen de « l’état du monde : les nouvelles menaces » par Pierre Brochant, directeur général de la sécurité extérieure et Michel Miraillet, directeur de la délégation aux affaires stratégiques du ministère de la Défense. « La défense globale » sera traitée par le général d’armée Jean-Louis Georgelin, chef d’état-major des armées et Francis Delon, secrétaire général de la Défense nationale. Dans un troisième volet, le vice-amiral Jean-Pierre Teule, chef du centre de planification et de conduite des opérations de l’état-major des armées (CPCO) présentera « les opérations en cours ». Espérons que les députés seront nombreux à ce séminaire original !