11 novembre 2009
11 novembre et identité nationale
Que de réflexions sur la défense et la sécurité depuis ma dernière intervention du 27 octobre.
Elles sont d’autant plus nécessaires que nous sommes le 11 novembre, commémoration du souvenir des soldats de carrière ou du contingent qui ont donné leur vie pour la Nation existe et dont l’importance prend de plus en plus de sens notamment suite au débat sur l‘identité nationale. Symbole aujourd'hui aussi de la communauté d’esprit des deux côtés du Rhin que 2000 ans d’histoire ne peuvent renier.
Le débat sur l’identité nationale y trouve naturellement sa place. L’identité nationale ne signifie-elle pas dire « adhérer suffisamment pour accepter de prendre le risque de donner sa vie pour la communauté nationale » ? Or comment faire comprendre cet engagement ultime surtout lorsque le service militaire dont c’était l’un des objectifs n’existe plus ? Comment faire comprendre aussi le sens de cet engagement alors que l’intérêt individuel est devenu la norme de notre société ?
Les questions soulevées par ces dernières semaines ne peuvent qu’irriguer nos réflexions, cependant plus dans l’inquiétude et le pessimisme que dans l’optimisme.
Abordons en premier lieu la prolifération nucléaire et l’incapacité des Etats à contrôler la capacité iranienne à se doter d’une arme dont l’usage dissuasive est discutable compte tenu des propos tenus contre Israël et dont les avances technologiques sont loin d’être rassurantes. L'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a demandé des explications à l'Iran au sujet d'expériences sur des explosions multiples synchronisées qui permettrait de fabriquer des têtes nucléaires plus petites et plus faciles à adapter, Comme toujours nous avons quelques autorités un peu passées faisant d’ailleurs un ensemble un peu étrange (Alain Juppé, ancien premier ministre ;Bernard Norlain, général, ancien commandant de la force aérienne de combat; Alain Richard, ancien ministre de la défense; Michel Rocard, ancien premier ministre) qui souhaitent à travers un article dans le Monde que la France et les quatre autres puissances nucléaires traditionnelles montrent l’exemple de la dénucléarisation en raison d’une sécurité internationale gravement en cause. Elles réclament des initiatives urgentes. Encore montrer l’exemple face à des dirigeants iraniens et coréens qui mentent avec effronterie ? Est-ce bien sérieux ?
Toujours l’Afghanistan
Sous commandement américain, nos forces agissent au sein de la nouvelle Task Force La Fayette en Afghanistan. Nos soldats se battent et ce retour de la guerre est riche d’enseignements comme le montre le débat sur la plainte de parents de soldats morts au combat sur une supposée responsabilité du commandement. Cette action est l’exemple même de la faiblesse de nos sociétés, incapables d’assumer le poids d’une guerre et cherchant des responsabilités sous le couvert du droit de savoir et du droit au sens juridique. La guerre est faite de risques et de souffrances. Ce n’est pas une science, cela reste un « art » avec ses aléas qui sont les règles des engagements armés. De fait comme le rappelait le chef état-major des armées le 26 octobre, il y a bien une spécificité militaire qui se retrouve dans la prise des risques au combat.
Peut-être que si le terme de guerre était politiquement reconnu avec les textes juridiques correspondants, nous ne serions pas dans cette situation ubuesque et surtout malsaine. C’est en effet le retour « en boomerang » vers nos politiques de positions démagogiques ou ignorantes. A force de « juridiciariser » tous nos actes, le politique a entravé lui-même sa capacité à agir et à faire comprendre cette action par l’opinion publique. A force de refuser de parler de « guerre » – rappelons-nous la polémique sur la déclaration de Bernard Kouchner -, nous sommes donc en temps de paix avec un droit correspondant au temps de paix tout en faisant des opérations de guerre. On ne peut pas toujours jouer sur les mots.
L’insinuation du doute au sein des nations occidentales
Un autre problème se pose : celui de la confiance à accorder à ceux que nous formons pour se battre pour leur propre pays. Les deux tueries sensiblement à la même date chez les principaux contributeurs à la guerre en Afghanistan interpellent. Cinq soldats britanniques sont tués par un policier afghan qu’ils côtoyaient et qu’ils avaient formé. Le 5 novembre, un officier américain, fils d'immigrants palestiniens, en partance pour Bagdad, tue 12 soldats et fait 31 blessés. Personne n’a osé faire le rapprochement mais faisons-le. La coïncidence des dates, des intervenants, du processus ne peut qu’inciter à la réflexion et au doute sans en faire une généralité. Ajoutons la mise en examen d’un physicien franco-algérien considéré comme un " brillant chercheur ", le 12 octobre, pour " association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste ". Placé en détention provisoire, il est soupçonné d'être entré en contact avec Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI). La question de la confiance se posera de plus en plus et il est certain que la notion d’identité nationale prend toute son importance car elle conditionne la loyauté entière et sans réserve à la communauté d’appartenance.
Laïcité et forces armées
Dans ce cadre, l’organisation par les armées d’un pèlerinage à la Mecque, même payant (3000€ dont on peut se demander si ce chiffre est crédible), révélé par un quotidien canadien (Globe and mail du 18 septembre 2009) confirmé par RFI le 2 novembre 2009 sans que le ministère de la défense ne s’exprime sur le sujet, pose la question de la laïcité et encore des relations avec l’islam. L’aumônerie militaire musulmane, très active, a souhaité organiser un pèlerinage religieux à l’étranger et qui plus est dans un pays du Moyen-Orient. Peut-on supposer que la même chose soit faite à Jérusalem pour les juifs et les chrétiens ?
L’inquiétude sur ce qui pourrait paraître comme une dérive a suscité une question parlementaire du député (UMP) Lionnel Luca publiée le 20 octobre 2009. Il attirait l’attention du ministre de la défense sur les mesures prises au sein de l'armée française visant à favoriser la pratique d'un culte : « L'armée sert aujourd'hui des repas hallal et met à disposition des salles de prière. En outre, elle affecterait à des tarifs préférentiels pour les musulmans des vols non commerciaux pour se rendre à la Mecque et organiserait leur séjour. Il lui demande si ces dispositions particulières sont exactes et quel est l'ensemble des dispositions prises pour chaque religion ». La réponse sera sans aucun doute intéressante.
Aujourd'hui le pèlerinage a été annulé officiellement en raison de la grippe A (H1N1) et des lenteurs de l'administration saoudienne...
27 octobre 2009
Afghanistan : ces immigrants économiques, des déserteurs ?
Le débat
sur ces Afghans, expulsés le 21 octobre en tant réfugiés économiques et non politiques,
est à l’image de ces ambigüités qui agitent les élites françaises. Comment peut-on
accepter que des Afghans recherchent le bien-être économique loin de leur pays alors
nos soldats se battent pour qu’ils puissent vivre dans ce pays ? Comment
nos « élites » françaises peuvent accepter ce discours d’accueil
alors que nos soldats se battent pour ces mêmes hommes ? Et quand on voit France
2 ce lundi 26 septembre nous présenter avec complaisance ces expulsés larmoyants
qui nous reprochent de ne pas appliquer notre devise « liberté, égalité, fraternité »
en oubliant simplement que ces mots ont été acquis par le versement du sang de
nos anciens qui se sont battus pour ces mots, ce qui n’est pas le cas de ces
réfugiés afghans, on ne peut qu'être révulsé.
Comment
peut-on parler aussi d’identité nationale, c’est-à-dire être de la capacité à défendre
son pays au nom de valeurs communes partagées alors que quelques éléments de
notre pays acceptent que ces Afghans refusent le combat ? Ce sont finalement
les mêmes qui refusent la notion d’identité nationale et qui acceptent l’immigration
non choisie comme on a pu le constater dans le débat de ce lundi soir entre
Eric Besson et Pierre Moscovici du PS. Est-ce pour autant qu’on peut être considéré
« marqué à droite » comme l’évoque JD Merchet sur son blog ? Cette
position primaire marque bien ce clivage du passé qui pollue le débat
hexagonal.
Reprenons
simplement les propos du général (2S) Claude Le Borgne au nom l'association de soutien à
l'armée française (ASAF), en les soutenant, qui parle de "scandale"
pour reprendre JD Merchet : "Alors que nos soldats risquent leur peau en Afghanistan,
non pas, comme on le répète bêtement, pour notre propre défense, mais pour
aider les Afghans à mettre leurs trublions à la raison et à construire un État
qui se tienne, nous devrions ouvrir nos portes à ceux d’entre eux qui refusent
les risques d’une guerre autochtone. Nous voici complices de leur désertion.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit : ceux qui se réfugient chez nous
désertent le combat qu’il leur faudrait mener."
20 septembre 2009
Engagement militaire, faiblesse psychologique des opinions publiques et mauvais rôle des médias
Dans
les conflits d’aujourd'hui, le grand jeu
des médias de chaque Etat démocratique est de faire un triste décompte des
morts au combat (CNN tient un décompte journalier sur internet). Cette mise en
exergue malsaine au nom du « droit » à l’information (qui n’existe
pas juridiquement par ailleurs) est susceptible presque inéluctablement de
faire basculer à plus ou moins long terme une opinion publique occidentale dont
nous constatons tous les jours la fragilité… construite par cette information donnée
par les médias. Il est temps que ceux-ci prennent toutes leurs responsabilités dans
la guerre en Afghanistan.
Prenons
les chiffres actuels des tués au combat en Afghanistan depuis 2001. Environ
1300 soldats ont été tués soit environ 160 par an.
- L'armée allemande a perdu 35 hommes depuis 2002 dont
seulement 50% sont morts au combat. Début juillet, 61 % des Allemands sont
favorables à un retrait des troupes.
- Le 200e soldat britannique tué en
Afghanistan, chiffre symbolique (214 ont été tués à ce jour depuis 2001) est
interprété par les médias comme un seuil symbolique au mois d’août. 58 % des
Britanniques considèrent à ce moment que cette guerre est vouée à l'échec et
que les soldats doivent être rapatriés.
- Aux Etats-Unis, 892 soldats ont été tués depuis
2001. Un sondage du 21 août montre que 54% des Américains sont désormais
opposés à cette intervention. Publiée le 1er septembre, une étude de
CNN a conclu que 57 % des Américains sont opposés à cette guerre
- En France, qui a perdu 31 soldats à ce jour, 64%
des Français selon un sondage IFOP pour le Figaro publié le 19 août sont
opposés à l'intervention militaire française en Afghanistan.
- Le jeudi 17 septembre, la
mort de six soldats italiens victimes d'un attentat à la voiture piégée à
Kaboul, a immédiatement relancé en Italie le débat sur la présence d'un
contingent en Afghanistan, suscitant des divergences d'opinion à l'intérieur
même du gouvernement. 21 soldats y sont déjà tombés, dont 14 à la suite
d'attentats. 56% des Italiens sont favorables à un retrait graduel.
- Au Canada (131 morts au 17 septembre), la
participation à la mission de l'OTAN est majoritairement rejetée par la
population depuis près d’un an imposant au gouvernement de se désengager des
opérations militaires à partir de l’été 2011.
Rappelons
quelques chiffres. Uniquement pour la France, et sans mettre au même niveau le
sacrifice des soldats de la coalition, soulignons par exemple que les suicides dont
on a beaucoup parlé cet été, s’élèvent à 10 000 par an, les accidents sur
la route à 4 500, les accidents par noyade 627 cette année. Tout en rendant
hommage aux soldats morts au combat, il nous faut donc relativiser ces chiffres
et ne pas entrer dans la propagande des insurgés afghans.
En
effet, comment un ennemi motivé et endoctriné peut-il respecter et donc
craindre une armée ou une coalition qui pourrait être retirée d’un théâtre
d’opération suite à des pertes au combat ? La faiblesse psychologique des
opinions publiques soumis à la propagande adverse et leur fragilité devant les
pertes au combat, sont désormais des vulnérabilités qu’il faut combattre. Un
code de conduite devrait donc être passé avec les médias occidentaux pour que
ces chiffres ne soient plus diffusés sans précaution. Utopique ? A voir.
23 août 2009
C’est la rentrée : le début du ramadan
Le débat sur le prosélytisme politique de
l’islam radical, et pas uniquement celui-ci, n’est pas terminé. En effet,
l’islam dans sa dimension aujourd'hui extrême, mais quid de demain, remet en cause les lois des Etats
démocratiques en vue d’instaurer ses propres règles au détriment des libertés
acquises par nos peuples.
Nous sommes en guerre en Afghanistan contre un
obscurantisme religieux qui s’exporte hors des frontières aidé par les libertés
que nous avons l’habitude d’accorder. Nous ne sommes pas en guerre contre des
simples insurgés se battant pour une cause politique mais pour une cause à la
fois politique et religieuse avec une volonté de l’exporter. Il faut rappeler
qu’hormis la Turquie, les Etats musulmans ont dans leur constitution la
référence à la religion musulmane comme religion d’Etat.
En revanche, la liberté religieuse de nos
sociétés s’appuie sur la laïcité mais celle-ci ne peut que se battre
difficilement contre un prosélytisme musulman qui a le temps pour lui. Tout
bataille gagnée au sein de notre société l’affaiblit et affaiblit l’engagement
de nos soldats.
La place de la burqa dans la société en est un
exemple. Moins de 1000 femmes portant la burqa existeraient en France dont
beaucoup de convertis. Allez par exemple dans un centre commercial à Evry un
samedi et vous comprendrez. En outre, le voile islamique est tout aussi symbole
de prosélytisme dans sa recherche de la banalisation des signes extérieurs
d’appartenance. Cette situation unilatérale est une défaite pour notre société surtout
lorsque nous voyons nos journalistes de de France 2 portant le voile dans un
pays musulman pour nous parler.
Cette situation est accentuée par le malaise de
notre société devant l’attitude à tenir devant les musulmans. Prenons la
position de nos médias devant le ramadan (le jeûne chrétien est-il annoncé dans
les pays musulmans ?) qui reprennent l’antienne de « L’islam, 2e
religion de France » en oubliant de préciser que sur cette minorité
évaluée certes à 5 millions (mais les statistiques sont toujours interdites), seulement
50% seraient français[1] soit entre 3 et 4%
de la population française. Ce malaise est perceptible aussi dans un article du
Monde du 16 août sur les catholiques en France. On parle des 64% des
catholiques[2],
des 5% « d’autres » comprenant donc juifs et musulmans, des 3% de protestants
et des 28% se déclarant sans religion. Curieusement l’islam est inexistant d’une
manière chiffrée claire.
Pourtant, la question n’est pas celle de
l’Islam, qui a le devoir de s’intégrer en France dans le cadre laïque de la
République et sous la forme d’un islam français, mais celle de certaines de ses
composantes qui s’opposent à la civilisation occidentale, certes identifiable à
la religion chrétienne. Ce n’est cependant pas celle-ci qui est fauteuse de
troubles et qui pratique un prosélytisme armé sinon agressif.
C’est bien là le problème. Pour ménager une
minorité agressive lançant des campagnes d'opinion pour obliger
les grandes marques à certifier que leurs produits sont compatibles avec
l'islam (exemple de Coca Cola, Le Monde du 20 août), ou d’actes provocateurs
comme la le port du « burqakini » pour se baigner à la piscine, notre
culture et notre société sont menacées peu à peu en raison des nombreux renoncements
de cette dernière exprimée d’ailleurs le plus souvent par le niveau politique « croyant
bien faire ». Comment s’étonner du fait de ces soldats français musulmans,
certes peu nombreux; mais refusant l’an dernier de servir en Afghanistan ?
[1] Le Monde du 5 octobre 200,
sondage certes ancien donné à titre indicatif
[2] Les données présentées proviennent
d'enquêtes historiques de l'IFOP et d'un cumul réalisé à partir d'enquêtes sur
la période 2005-2009. 135 enquêtes ont été effectuées auprès d'échantillons
nationaux représentatifs de 960 personnes, selon la méthode des quotas
16 juillet 2009
Réflexion sur l’état de la défense suite à ce 14 juillet 2009
Un beau 14 juillet qui montre, comme l’ont souligné tous les journalistes spécialisés (JD Merchet, Isabelle Lasserre…), une apparente décrispation entre le président de la République et les armées depuis l’été 2008. Cela a été aussi une journée consacrée aux armées que ce soit pour les 75 ans de la création de l’armée de l’air ou la soirée autour de l’armée de terre sur France 2, dans le cadre de la fête nationale qui doit effectivement exprimer l’esprit de la nation et son identité.
Le 14 juillet, l’expression de la Nation ?
Le 14 juillet est en effet normalement l’expression de l’unité de la Nation (14 juillet 1790) et pas vraiment celle de la prise de la Bastille. La foule était nombreuse sur les Champs-Elysées. Les discours politiques ont été laudateurs pour les armées. Certes, on peut toujours s’étonner du show présentant une armée étrangère comme l’Inde tout aussi brillante soit-elle.
On ne peut s’empêcher cependant de voir deux France, celle du défilé et celle qui brûle les voitures (plus de cinq cents), avec le déploiement de 40 000 policiers et gendarmes dont 10 000 sur Paris pour maintenir l’ordre, soit 15% environ des effectifs. On fête donc la nation en fonction de ses sensibilités et de son adhésion à la Nation ! Enfin, outre ce magnifique défilé, la soirée sur France 2 a été très réussie bien que seulement trois millions de personnes l’aient regardée (mais plus de six millions sur TF1 pour une série américaine au même horaire). Les artistes invités ont exprimé leur admiration pour nos forces reconnaissant qu’ils avaient eu des a priori jusqu’à présent. Remarquons cependant que les artistes attirant le plus les jeunes n’étaient pas présents… Mais ne boudons pas notre plaisir d’avoir vu cette émission présentant les valeurs de l’armée de terre qui est la plus engagée dans les combats aujourd'hui. C’est aussi cette humanité et cette fraternité d’armes construite dans le respect des uns et des autres qui fait la force d’une collectivité de « guerriers » servant la France. C’est ce qui, certainement, exprime le mieux, et avec valeur d’exemple, l’esprit de la Nation.
Une réaffirmation des engagements du chef de l’Etat
Le chef de l’Etat a renouvelé son engagement de respecter les promesses concernant les crédits accordés à la défense (377 milliards d’euros sur douze ans mais sur trois mandats présidentiels…). Le ministre de la défense a rappelé l’effort qui serait maintenu pour la condition militaire de quelque 300 millions d’euros, et le retour au ministère de la défense des économies réalisées. Répétés en permanence, ces engagements pourraient et devraient rassurer la communauté militaire d’autant que les amateurismes initiaux du président de la république et du ministre de la défense ont fait place à plus de professionnalisme sur les questions de défense et de sécurité et certainement plus de compréhension de la communauté militaire.
Cependant, péniblement, pendant cette trêve estivale, la 11ème loi de programmation militaire se discute ce jeudi et devrait être votée. Remarquons que le projet de loi a été déposé le 29 octobre 2008 !
Malaise de la communauté militaire ? La question des généraux
Le malaise des militaires a été évoqué par plusieurs journalistes lors de ce 14 juillet. Il n’est pourtant pas apparent mais il est vrai que la réforme des armées avance vite, comme toujours, celles-ci étant les bonnes « élèves de la classe », la mission primant malgré les désagréments. Si l’on compare au reste de la fonction publique et aux différents atermoiements politiques devant les rejets des réformes, il ne faudrait pas que les militaires se mettent eux aussi à trainer des pieds ! Est-ce pour cela que le CEMA sera maintenu plus longtemps dans son poste ?
TTU (24 juin 2009) attirait l’attention sur cette possibilité à l’occasion de la 79e session du Conseil supérieur de la fonction militaire (CSFM). Un texte en ce sens a été effectivement déposé semble-t-il au dernier moment. Il vise à aller chercher des généraux « deuxième section » (ne sont plus en service actif mais sont rappelables en cas de besoin) pour occuper des postes de commandement ou être mandatés pour une mission particulière. Le CSFM refusant d’approuver ce projet de décret, le décret est finalement passé en force quelques jours après. La concertation a montré ses limites. Elle n’est acceptable que lorsqu’elle va dans le sens voulu par le pouvoir. Cela ne peut donc que provoquer un malaise et un réel manque de confiance. Que dit ce décret ? : « à titre exceptionnel, un officier général peut être replacé de la deuxième section en première section, par décret du Président de la République, pour exercer des fonctions d'encadrement comportant des hautes responsabilités par dérogation à l'âge fixé par l'article R. 4141-3 et dans la limite d'une durée maximale de quatre ans au-delà de cet âge. Le décret fixe la durée des fonctions auxquelles il peut être mis fin à tout moment ».
Ce prolongement sélectif du service actif répondrait aussi aux besoins d’honorer les postes de l’OTAN (1 267 Français dans les états-majors de l'OTAN pour 2012 soi dix-sept postes de généraux mais 375 officiers et 875 sous-officiers et militaires du rang, soit 10% des 12 000 militaires des états-majors et structures permanentes de l'OTAN). Si l’on sait que le nombre de généraux a été drastiquement diminué par le ministre de la défense, que la limite d’âge est normalement fixée à 57 ans – à une époque où l’on demande de travailler plus longtemps - qu’un grand nombre d’officiers chargés de famille souvent nombreuses seront contraints (malgré parfois la proposition d’un pécule soumis à condition et imposant un emploi à terme) de rechercher du travail alors que la question des seniors dans notre société est loin d’être résolue, on peut s’étonner de cette dérogation. S’agit-il de favoriser certains en s’affranchissant de la règle normale ? Sur le cas du chef état-major des armées ne s’agirait-il pas de s’assurer que la réforme des armées aille jusqu’au bout et au demeurant pourquoi pas ? Mais pourquoi inciter au départ sinon sacrifier des générations plus jeunes dans leur accès au généralat et allonger la durée discrétionnaire dans le grade ? Pour s’assurer d’une génération nommée par le pouvoir en place et totalement loyale pour les années troubles qui pourraient s’annoncer ?
Malaise des militaires ? La question des effectifs
A l’autre bout de la chaîne, le départ de 54 000 personnels militaires et civils sur 320 000 n’a pas été rappelé ce 14 juillet. D’un côté, on diminue le nombre de généraux mais on en maintient certains. D’un autre côté, on réduit les effectifs. Or, les armées, le plus important employeur de CDD en France (56% des forces environ) offrent une forte capacité d’intégration et de promotion sociale républicaine comme l’a rappelée le ministre de la défense lors de l’émission de France 2. N’est-il pas temps de faire au contraire un effort pour le recrutement, un soldat coûtant sans doute moins cher qu’un chômeur ?
S’ajoute la question de la réorganisation géographique au sein des bases de défense dont au moins l’armée de terre s’inquiète au sein de son rapport sur le moral. Mutualiser veut dire moins de personnel et non un meilleur fonctionnement. Nous avons tous l’expérience négative de services éloignés des besoins opérationnels qui s’aggravent dès lors que le proximité géographique n’existe pas. Une certaine logique aurait pu être trouvée si les bases de défense, ou du moins une partie d’entre elles, avaient été l’objet de constructions neuves, rassemblant les unités, améliorant et facilitant leur vie. Cela aurait pu entrer dans le plan de relance économique et même des économies d’énergie comme le font progressivement les grandes bases américaines. Qui peut croire que les déplacements seront moins nombreux et donc que les économies de carburants n’existeront pas. Il semble que la pensée initiatrice de ce grand projet n’ait pu aller jusqu’au bout de cette logique et que personne n’ait pu le faire évoluer.
Enfin pour le domaine opérationnel, la question est de gagner en Afghanistan. Les allemands rechignent à combattre, les Britanniques ont eu huit soldats tués la semaine dernière dans la grande opération de reconquête de la province d’Helmand (la photo du Monde rappelle le soutien permanent de la population à ses soldats). Or, comment envoyer plus de monde « à effectifs constants » ce qui n’a aucun sens militaire. On veut gagner ou ne veut pas gagner. Ce sont documentation les manœuvres des stratèges pour faire plus avec les mêmes effectifs. JD Merchet parle de la création d’une brigade française dans le secteur Surobi-Kapissa, à l'Est de Kaboul avec deux bataillons à trois compagnies chacun (contre deux aujourd'hui), auxquels s'ajouteraient un état-major, des éléments de soutien logistique et un détachement d'hélicoptères d'une dizaine d'appareils, dont trois Tigre. Les moyens de renseignement (guerre électronique, drones, etc.) seraient intégrés aux bataillons. Depuis quand le combat d’une brigade se fait à deux bataillons ? Et si on laissait les soldats menés leur guerre ? Une idée nouvelle ?
Une confusion de plus en plus gênante entre sécurité intérieure et extérieure
Ce magnifique défilé montre de plus en plus la confusion entre forces militaires et forces de police… de plus en plus militarisées mais certainement plus payées. Sait-on qu’un commandant de police finit sa carrière au premier échelon de colonel qui n’est un grade ni donné ni atteint par tout officier ? L’attribution de grades « militaires » aux forces de police pour au moins bénéficier d’indices supérieurs de traitement avait été perçue négativement et à juste titre par la gendarmerie. Prenons un exemple. Un lieutenant de police est recruté à bac+ 3, un saint-cyrien est lieutenant à Bac +5. Qu’en est-il de la différence des soldes de base et des primes intégrées ?
Cette confusion est accentuée par l’intégration de la gendarmerie au sein du ministère de l’intérieur suite au projet de loi voté par le parlement le 7 juillet. La gendarmerie en tant que nouvelle direction rejoint en effet le ministère de l’intérieur tout en gardant son statut militaire, mais pour combien de temps ? L’ambigüité est maintenue (temporairement) puisque les 150 gendarmes partant cet été en Afghanistan seront équipés de douze VAB (Véhicules de l'avant blindé), prêtés par l'armée de terre. Préserver cette dimension militaire de la gendarmerie par l’OPEX finira sans aucun doute par avoir des implications. Après tout, lors des travaux sur la programmation militaire 2000-2005, la gendarmerie avait proposé la montée en puissance de sa capacité OPEX soit disposer de 4 000 hommes et donc d’avoir une ressource de 16 000. Chiffres astronomiques, ils ne font qu’exprimer aujourd'hui que le statut militaire de la gendarmerie permettant de partir en opération sera un jour ou l’autre soumis à la réalité des effectifs et donc des choix, sécurité intérieure ou sécurité extérieure. Un homme en opération, c’est trois à quatre en base arrière. Par ailleurs, le doute sur la bonne insertion de la gendarmerie à l’intérieur est patent. Les revendications des commissaires de police en février 2009 le montrent. Cette rivalité a bien été exprimée par JD Merchet « Police/Gendarmerie : la revanche de Fouché » (…) sur le premier inspecteur général de la Gendarmerie, le maréchal Bon-Adrien Janot de Moncey.
S’ajoute enfin une dernière confusion, celle du cœur de métier et des missions périphériques. Ella a un lien avec le personnel. En effet, le discours permanent est de recentrer les forces sur le cœur de métier, le combat. Une réponse est donc l’externalisation afin de dégager des gains censés être réinvestis dans les équipements et en faveur de la condition des personnels. Cependant l’externalisation n’est pas une panacée et pas forcément un succès. Elle a avant tout pour objet de réduire les effectifs, soit 16 000 postes dans l’habillement, la restauration hôtellerie loisirs (RHL), les systèmes d’informations et de communication (SIC, DIRISI), les infrastructures, le gardiennage qui n’est d’ailleurs pas toujours efficace comme le montre la surveillance du ministère de la défense, boulevard Saint-Germain (ne parlons pas d’autres lieux parisiens comme l’école militaire mais c’est un cas particulier). Mais en parallèle, le ministre de la défense a évoqué l’ouverture des écoles et les lycées militaires aux enfants défavorisés. Est-ce réellement dans le cœur de métier car il faudra y mettre plus de cadres ? Les lycées militaires ne sont-ils pas destinés aux enfants de militaires pour leur permettre une bonne scolarité, elle-même précarisée par des mutations fréquentes des parents. Il y a aussi le renforcement des effectifs du Service militaire adapté qui vont doubler d'ici 2012, passant de 3 000 volontaires formés en 2009 à 6 000 en 2012. Le secrétariat d'Etat à l'outre-mer recrutera 300 cadres militaires supplémentaires, venant essentiellement de l'armée de terre. Nous savons tous que le SMA est une formidable machine à intégrer mais si seulement les militaires sont capables de réussir, il faut avoir le courage de le prendre en compte.
La confusion ne pourra que s’accentuer avec ce mythe du service civique, compris par beaucoup pour un retour au service national encadré par les militaires et évoqué dans la campagne présidentielle, qui est repris par Martin Hirsch ce 14 juillet en proposant de le lancer et de faire défiler ces « volontaires » … devant l’école polytechnique !
Une nouvelle réforme de l’organisation des armées
Comme les réformes ne s’arrêtent jamais, un nouveau décret réorganisant la gouvernance du ministère de la Défense place les chefs d'état-major de l'armée de terre, de la marine nationale et de l'armée de l'air, dans une position clairement subordonnée au chef d'état-major des armées. Concernant les "attributions" des trois CEM, ils "conseillent et assistent le chef d'état-major des armées au titre de l'expertise propre à leur armée. Sous l'autorité du Chef état-major des armées, ils assurent la préparation opérationnelle des forces placées sous leur propre autorité ; ils sont responsables, pour leur armée, du recrutement, de la formation initiale, de la discipline, du moral et de la condition des militaires. Ils peuvent se voir confier par décret des responsabilités particulières en matière de maîtrise des risques liées à l'activité spécifique de leur armée et en matière de sûreté nucléaire. Ils peuvent se voir confier par le Chef état-major des armées des responsabilités, notamment pour le maintien en condition opérationnelle des équipements".
Le chef état-major des armées a néanmoins réussi à préserver son autorité malgré la volonté du ministère de la défense de les lui limiter (et de surcroît, il devrait rester aux affaires !). Pour le fonctionnement normal du ministère de la défense, « Le Cema exprime un besoin. Le SGA détermine et met en œuvre la politique, tout cela sous l'autorité du ministre ». Pour les opérations, le président de la République est le chef des armées, commandant directement, via le Cema, sans passer par le ministre de la Défense. Le nouveau décret introduit toutefois une nouveauté. Il prévoit en effet que, hors dissuasion nucléaire, "le Cema assure le commandement des opérations militaires sous l'autorité du président de la République et du gouvernement" pour tenir compte de la réforme constitutionnelle de 2007 qui prévoit que le gouvernement doit venir s'expliquer sur les opérations devant le Parlement et qu'à ce titre, il est responsable devant lui. Cette nouvelle réforme, une de plus, remet partiellement en cause le décret de 2005 qui avait revu une première fois le rôle du chef état-major des armées.
04 juin 2009
Obama,, la commémoration du 6 juin, élections européennes et toujours la Turquie
Le 6 juin 2009, sera commémoré le 65ème anniversaire du débarquement en Normandie. Cette commémoration doit aussi rappeler l’impact sur les populations civiles aujourd'hui souvent mis en première ligne. Des dizaines de milliers de français ont été tués ou blessés dans les combats et les bombardements. La libération de la France et de l’Europe étaient à ce prix.
Aujourd’hui, si l’on se réfère par exemple aux combats au Sri Lanka, les commentaires aseptisés de nos médias français et autres acteurs non gouvernementaux compréhensibles dans leur bien-pensance coutumière font oublier le sens du combat malgré trente ans de guerre, d’actes terroristes, d’exactions sur les populations. Il y a un seuil où la réalité de la guerre prend malheureusement le dessus. La mainmise des Tigres Tamouls pouvait-elle encore être acceptée ? Le prix élevé en a aussi été payé mais cela est de la responsabilité du gouvernement sri lankais, n’en déplaise aux grands moralisateurs.
La même réflexion pourrait se poursuivre avec la Corée du Nord, Etat irresponsable, criminel envers sa population, potentiellement sinon réellement dangereux. A quel moment peut-on et doit-on intervenir ? Suivant les orientations du Livre blanc français, comment finalement faire accepter une guerre préventive ou des frappes préemptives, les plus vraisemblables, avec les opinions que nous développons en Occident dans nos rapports avec le recours à la force ?
Revenons à ces commémorations du débarquement du 6 juin. Le président Obama sera là et c’est à nouveau l’occasion pour quelques commentateurs de rappeler la part prise par les noirs à la libération de l’Europe. Le 8 mai 2009 a permis de se souvenir que la France n’avait pas récompensé comme il fallait ses anciens combattants des colonies. Cela a été aussi le souci du politique de rappeler leur importance dans la libération de la France, à se demander cependant aujourd'hui si les autres soldats non africains avaient participé aux combats … à commencer par l’encadrement de ces forces.
Cela a été aussi l’occasion de dévoiler que la division Leclerc avait pu libérer Paris après avoir retiré tous les noirs de ses forces. Le doute m’avait étreint connaissant l’engagement de Leclerc et de ses officiers. La France aurait-elle eu une attitude ségrégationniste ? Enfin et heureusement, la vérité est apparue dans le Monde 2 de cette semaine et bien discrètement. Les Etats-Unis avaient demandé le retrait de tout soldat noir de la division Leclerc dans leur logique ségrégationniste de l’époque. Le soldat noir n’était pas apte au combat et devait servir dans la logistique. Il était donc temps de ne pas faire courir un nouveau bruit nauséabond sur la France et ses « culpabilités éventuelles ».
En parallèle à ces polémiques franco-françaises, Obama vient de déclarer que « les Etats-Unis sont l'un des plus grands pays musulmans » ! Il est vraisemblable que cette prise de position relatée par Le Monde devrait faire réagir, d’autant qu’il a exprimé fortement son soutien à l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne, l’un n’allant pas sans l’autre.
Cette adhésion est effectivement revenue sur la scène européenne et dans le débat des élections. Pourtant, les ténors français et allemands sont discrets alors que les soutiens à la Turquie, comme Tariq Ramadan, réputé pour ses positions fondamentalistes, il y a quelques mois dans le Monde, aujourd’hui, Moscovici du Ps, Hubert Védrine se multiplient.
Pourtant, disons-le : arrêtez de vendre une idée dangereuse et utopique. Hubert Védrine souligne d’ailleurs l’erreur d’avoir entretenu auprès de la Turquie une illusion d’appartenance à l’Union européenne, « Il paraît impossible et incorrect de changer les règles du jeu en cours de route » mais si nous nous sommes trompés, pourquoi ne pas le reconnaître ? Comment ces hommes politiques peuvent-ils défendre une Europe plurielle (vieux terme de gauche) avec un Etat musulman présenté comme laïque mais uniquement parce que l’armée est garante de cette laïcité ? A nouveau rappelons qu’une exigence européenne pour l’adhésion est l’affaiblissement de la place de l’armée, gardienne constitutionnelle de la laïcité turque. Après les élections, en outre, la Suède, future présidente de l’Union européenne, affiche sa volonté d’accélérer le processus. Elle doit être encadrée dans son action mais curieusement avant ces élections du 7 juin, les dirigeants hostiles pour ces élections à l’entrée de la Turquie font plutôt profil bas.
La solution du partenariat privilégié avec la Turquie est donc la plus raisonnable. Pour être cohérent, cela conduit aussi une politique de transparence et non d’intégration dissimulée de la Turquie dans la structure de l’Union européenne. Sait-on que le programme européen Erasmus est ouvert à 31 pays, les 27 membres de l'Union européenne, l'Islande, le Liechtenstein, la Norvège… et la Turquie ? Cela veut dire aussi que la Turquie ne doit pas être associée sous forme d’observateurs militaires par exemple à des structures européennes, simplement pour ne pas maintenir l’ambiguïté. En Afghanistan, les gendarmes turcs seront sans doute aux côtes de la force européenne de gendarmerie qui sera déployée. Une intégration larvée se fait afin de conduire à terme vers une solution inéluctable.
Pour conclure, cela ne veut pas dire que l’on n’estime pas la Turquie et les Turcs mais simplement que chacun a le droit de vivre en fonction de ses valeurs. En l’occurrence, le respect à la différence s’applique dans les deux sens.
24 mai 2009
Turquie : n’est-il pas temps de limiter son influence ?
Les élections européennes remettent en avant la place de la Turquie dans l’Union européenne. Pour l’UMP, elle devient un enjeu pour rappeler la position de la droite et du président de la république.
Il n’est donc pas inutile de faire un point non exhaustif de la problématique en se posant une question jamais évoquée : dans le cadre d’une défense occidentale de l’Europe, la Turquie est-elle bien à sa place dans l’OTAN ? En effet :
- D’abord parlons de la Turquie et de l’Union européenne, et du maintien de l’ambigüité. Malgré les affirmations que la Turquie ne rejoindrait pas l’Union européenne, des chantiers restent ouverts. Entamées en 2005, les négociations bien que ralenties ont permis d’ouvrir dix chapitres sur trente-cinq. La Suède, future présidente de l’Union européenne, veut accélérer le processus. Pourtant, fin 2009, la mise en œuvre du « protocole d'Ankara », signé en juillet 2005, prévoit l'extension de l'union douanière en vigueur entre l'UE et la Turquie, aux nouveaux membres, dont Chypre. La Turquie qui occupe sa partie nord de Chypre, est toujours opposée à sa reconnaissance. Dans le domaine militaire, Ankara a évoqué récemment son entrée dans l'Agence européenne de défense ( !). Enfin, l’argument fallacieux d’un Etat turc laïque et musulman tient de moins en moins la route. Rappelons aussi que l’Union européenne demande la limitation du pouvoir politique de l’armée turque … garante constitutionnelle de la laïcité. Qu’adviendra-t-il de la laïcité turque menacée comme l’ont montré les manifestations ces derniers mois en Turquie ?
- Ensuite, que constatons-nous sur les relations entre la Turquie et l’OTAN ? La Turquie a bloqué les 3 et 4 avril 2009 de son veto la nomination du futur secrétaire général de l’OTAN sous prétexte que, lorsqu'il était premier ministre du Danemark, il avait soutenu les auteurs de caricatures de Mahomet. Toujours l’islam. Cédant à la pression américaine, la Turquie a obtenu un poste de secrétaire général adjoint chargé … des relations avec le monde musulman. Par ailleurs, des officiers turcs accéderaient à des postes importants dans le commandement militaire de l'OTAN. Pourtant, sa position dans la zone qu’elle contrôle en Afghanistan au contact des forces françaises reste bien passive. La Turquie est de moins en moins considérée pour sa capacité militaire mais pour sa capacité d’influence dans le monde musulman.
- Qu’en est-il des relations entre la Turquie et la France ? La constitution française a été modifiée pour ne pas permettre au peuple français de décider souverainement mais la question reste un facteur de rassemblement bien pratique en politique intérieure. Pourtant, après son élection, M. Sarkozy, qui revendique de "dire la vérité à la Turquie", n'a pas interrompu mais seulement ralenti les négociations d'adhésion avec Ankara, engagées depuis 2005.
- Enfin quant aux relations entre les Etats-Unis et la Turquie, il n’en reste pas moins que les Etats-Unis l’OTAN que ce soit Bush ou Obama soutiennent la Turquie pour entrer dans l’Union européenne ou pour conforter sa place dans. Il y a d’abord un intérêt stratégique. Les forces armées américaines malgré les entraves turques pendant le conflit irakien, qui se poursuivent aussi aujourd'hui, ont besoin de la base d’Incirlik qui accueille 4500 Américains, permettant par exemple 70% des vols des avions-porteurs américains vers l’Irak en 2007. C’est sans doute aussi l’importance du pipe-line à travers la Turquie qui concerne aussi la sécurité énergétique de l’Union européenne. Ankara peut enfin jouer dans la nouvelle politique régionale américaine avec des missions de bons offices avec l'Iran, Israël et la Syrie. Surtout, dans le cadre de l'OTAN, elle pourrait être appelée à jouer un plus grand rôle en Irak et en Afghanistan avec le soutien américain.
En faut-il pour autant accepter cette politique de la Turquie qui vise à entrer dans l’Europe par tous les moyens ? N’est-il pas temps de limiter sa capacité d’influence pour clarifier le débat ?
11 mai 2009
Identité nationale et 8 mai
Reconnaissons qu’avec ce 8 mai le président de la République a bien pris la dimension de chef des armées. Le très beau discours en ligne sur ce site souligne l’unité et la fierté de la France à se libérer elle-même. « Avec le premier soldat français qui met le pied sur le sol provençal, avec le premier char de Leclerc qui rentre dans Paris, avec le premier résistant qui vient se battre au grand jour au côté des Français libres, la France redevient la France ».
Le lien avec l’identité nationale à laquelle les armées françaises ont largement contribué depuis des siècles comme l’écrivait le lieutenant-colonel de Gaulle dans « La France et son armée », est bien établi. Comme le dit le président, « Nous devons apprendre à nos enfants à ne pas être prisonniers du passé. Mais nous devons aussi apprendre à nos enfants à être fiers de leur pays, à être fiers de la France, de ce que les générations qui les ont précédés ont accompli de grand, ont accompli de noble, ont accompli de beau. Nous devons leur montrer l’exemple de ces jeunes français qui se sont sacrifiés à une cause qui leur semblait plus grande que leur propre vie. Et c’est grâce à tous ces martyrs qu’aujourd’hui nous sommes un peuple libre. Nous ne pouvons pas oublier ce sacrifice et ce que nous leur devons ». Cette volonté politique de magnifier l’engagement doit être appréciée à sa juste valeur. Le peuple de France dans sa diversité en a-t-il la même envie ? Je vous invite à regarder sur notre site cette présentation qui circule sur internet exprimant l’attachement du peuple canadien au retour des corps de ses soldats tués (118 à ce jour), méditons sur les valeurs et plus particulièrement sur le patriotisme.
Cependant, le problème est de savoir si les armées professionnelles, se réduisant comme une peau de chagrin, pourront encore avoir ce rôle dans la grandeur de la France. Le beau défilé naval ne peut escamoter que notre unique porte-avion est à quai, que des navires ne seront pas construits, que l’aviation ne disposera pas de l’avion gros porteur A400M avant bien des années, que les bases de défense coûteront plus chères que prévues à se demander si ceux qui ont proposé la RGPP pour les armées ont bien étudié leurs dossiers, que nos forces en Afghanistan restent aussi peu nombreuses malgré quelques succès contre un ennemi agressif. Enfin et ce n’est la moindre des choses, le report sans explication du projet de loi de programmation militaire pour la période 2009 – 2014
L’opposition l’a souligné lors des questions à l’assemblée nationale le 6 mai. La LPM n'a pas été votée par la représentation nationale et sa première annuité budgétaire est en cours d'exécution. Elle exprime le doute sur la sanctuarisation des crédits du ministère de la défense à un niveau élevé. « Les bases de défense coûtent deux à trois fois plus cher que prévu et la vente de fréquences et d'immobilier, censée conforter le budget de la défense dès 2009, s'avère plus que compromise, compte tenu de la conjoncture ». Elle dénonce aussi la restructuration de l'organisation du ministère, caractérisée par la suppression de 54 000 emplois, afin de dégager des marges budgétaires. « Ce serait le plus grand plan social que connaîtrait notre pays ». La réponse du secrétaire d'État à la défense et aux anciens combattants manque à cette occasion de profondeur affirmant que les crédits militaires affectés pour les trois années à venir n’auront aucun effet négatif sur le caractère opérationnel de nos armées. Il rappelle aussi que la loi de finances de 2009 prévoit un certain nombre de mesures d’accompagnement, y compris sur le plan social, qui permettent dès à présent le commencement de la mise en œuvre du nouveau format de nos armées. Il précise que les crédits d’équipement sont cette année pour la première fois en augmentation de 20 %. Enfin, il considère que cette loi de programmation militaire est une démarche ambitieuse que le gouvernement a les moyens d’assumer... A voir.
15 mars 2009
Une vraie rupture et la fin de l’hypocrisie : la réintégration dans l’OTAN
Le président de la République a annoncé le 11 mars à l‘école militaire que le sommet du 60e anniversaire du traité de l'Atlantique Nord à Strasbourg et Kehl du 3 au 5 avril 2009, conclura le processus de rénovation de la relation de la France avec l'OTAN. Il s’agit d’une vraie rupture et de la fin d’une hypocrisie maintenue par notre classe politique.
Les faits
L'Alliance atlantique compte vingt-six membres, dont vingt et un sont membres de l'Union européenne. Cette alliance est bien européenne. L’Otan prend ses décisions à l'unanimité. L'opposition d'un seul de ses membres interdit son engagement. Les documents produits pour l’emploi des forces sont aussi soumis au consensus.
Les structures de l’OTAN comprennent onze quartiers généraux permanents répartis dans neuf pays et dirigés par une centaine de généraux et d'amiraux dont les grades s'échelonnent d'une à quatre étoiles (en France de deux à cinq). Les postes sont alloués en fonction de critères qui prennent en compte la contribution de chaque allié au budget militaire de l'Alliance, son rôle dans les opérations (avec un bonus pour les plus difficiles comme l'Afghanistan), sa participation aux forces nucléaires de l'OTAN et la part qu'il représente dans les quelque 15 000 officiers et sous-officiers affectés au personnel des quartiers généraux. A l'heure actuelle, les Etats-Unis détiennent trois des quatre postes quatre-étoiles (cinq-étoiles en France) de l'Alliance, dont les deux postes de « commandant suprême » (ACT et ACO). L'Allemagne, le Royaume-Uni et l'Italie fournissent à eux trois quelque 4 200 officiers et sous-officiers au personnel des quartiers généraux (soit près de deux fois plus que les Américains).
La France est l'un des principaux contributeurs en hommes à ses opérations (Bosnie, Kosovo et Afghanistan) et en financement comme 4e contributeur budgétaire. Elle est dans 36 comités sur 38. La France ne détient cependant depuis 2004 que deux généraux de brigade et fournit à peine 1% du personnel des quartiers généraux de l'OTAN.
Les réticences
Reconnaissons que la classe politique française abritée derrière la statue du Commandeur, le général de Gaulle dont tout le monde aujourd'hui se réclame, a dissimulé la vérité à l’opinion publique française pendant des années. Faire croire à une exception française et à son indépendance était le dogme valorisant la position de la France au sein de l’opinion publique française et flattait notre ego.
Une nouvelle justification de ne pas rejoindre l’OTAN s’est aussi découverte avec la volonté de créer une défense européenne à laquelle seule la France croyait par ses élites qui voyaient là sans doute l’un des rares sujets de consensus et de satisfaction sur la construction européenne et ce toujours à l’égard de sa propre opinion publique. En effet, aucune autre nation européenne ne fait confiance à une défense européenne autonome. Toutes ou presque veulent préserver le lien transatlantique, garant des prises de décision et non d’une indécision permanente. Rappelons aussi que l'objectif capacitaire initial fixé en 1999 à Helsinki pour l’Union européenne de constituer une force de réaction rapide européenne de 50 000 à 60 000 hommes en soixante jours et pour une durée d'au moins un an, n'a pas été atteint. L'effort de défense moyen des Etats membres plafonne entre 1,07 et 1,3I % du PIB européen selon les sources. Parmi les grands pays, seule la Grande-Bretagne atteint le seuil des 2 %. Même la France n’est qu’à 1,7%.
Quant à un soi-disant alignement sur les Etats-Unis comme l’évoque M. de Villiers et d’autres, n’est-ce pas encore une vision du passé, une absence de pragmatisme devant la réalité du monde, sinon une incapacité à s’adapter loin du confort intellectuel entretenu par notre intelligentsia ? Il est vrai en revanche que l’avancement d’une défense européenne peut être plus difficile mais qui croit encore, sauf en France, que la défense européenne pourrait être assurée autrement que par l’OTAN ?
Cette décision du président de la République marque donc le retour à la réalité et à la rupture aussi avec cette classe politique de droite comme de gauche, éduquée dans nos grandes écoles contre l’OTAN et par extension contre les Etats-Unis. Il suffit de lire le décalage de ces élites à travers la presse depuis quinze jours. Les anciens premiers ministres, Alain Juppé et Dominique de Villepin, l’UMP, le PS dans ses différents courants (bien qu’en son temps, François Mitterrand alors dans l’opposition déclarerait que la sortie de l'OTAN trahissait une « volonté d'isolement fondée sur l'idée que le nationalisme est la vérité de notre temps ») ont exprimé leur désaccord dans une grande unanimité… C’est aussi, et cela déplait à notre intelligentsia bien pensante, le plus souvent parisienne, qui craint la création d’un bloc occidental, éduquée dans l’illusion de l’universalité de nos valeurs. Ségolène Royal déclare que « la France envoie un signal de repli sur la sphère occidentale ». L’OTAN « apparaît désormais comme le bras armé de l'Occident dans le monde, sans avoir la légitimité dont bénéficierait une alliance à vocation universelle ».
D’autres estiment que cette position brouille son image dans de nombreuses régions du monde. Pourtant la mauvaise perception de l’Occident, de la France aussi, dépasse le seul cadre de l’OTAN et est à comprendre dans le cadre du choc des civilisations de ceux qui rejettent l’Occident. Conçue pour défendre l’Europe, elle continue sa mission contre ceux qui ne nous aiment pas et qui sont désormais loin de nos frontières mais existent bel et bien. Il est temps de revenir sur terre ! En outre, rejoindre l’OTAN ne signifie pas faire la guerre aux autres civilisations mais assurer une position internationale et une défense commune en fonction de nos valeurs. Il était sans aucun doute temps que cela soit réalisé et affirmé ouvertement.
Avec son retour dans le commandement intégré de l'OTAN, cette rupture s’affiche aussi vis-à-vis de la communauté militaire (dont beaucoup d’officiers jouaient la carte de l’Europe plutôt que celle de l’OTAN ; jusqu’à présent il n’était pas porteur d’être « otanien ») avec une nouvelle place dans une alliance forte par sa capacité à agir, à créer l’interopérabilité entre les armées occidentales (même s’il y a la Turquie). Au lieu d’enfermer les militaires dans une peau de chagrin qui paraissait inéluctable, les états-majors et les forces armées seront redéployés pour mieux répondre aux besoins stratégiques par la prise de fonction de près de 900 cadres au sein des états-majors de l’OTAN. C’est aussi l’attribution de postes importants malgré ce qu’ont écrit un ancien ministre des affaires étrangères, M. Védrine, ou M. de Villiers, le commandement de l’ACT à Norfolk, un des quatre postes « cinq étoiles » de l’OTAN, n’est pas de moyenne importance. C’est bien méconnaître l’OTAN.
Pour conclure
Cette rupture pragmatique de N. Sarkozy est donc une bonne décision même si l’on peut s’étonner qu’il s‘affranchisse des résultats du débat parlementaire prévu le mardi 17 mars (Il n’est pas facile de se plier aux réformes constitutionnelles que l’on a soi-même soutenu).
Il paraît clair que cette décision est en phase avec l’opinion publique. Les sondages l’ont sans aucun doute aidé à prendre cette décision. Les rares sondages publics affichent que 52% de Français (Le Nouvel Observateur, enquête du 6 et 7 mars) sont favorables à ce retour contre 27 %. Selon une autre enquête IFOP-Paris Match du jeudi 11 mars, une majorité (58 %) de Français se prononce en faveur du retour de la France dans le commandement intégré de l'OTAN, 37 % contre. On pourrait certes les confronter aux sondages multiples sur la volonté de l’opinion publique à vouloir une défense européenne comme nous en avons souvent été abreuvés. Les chercheurs sauront mieux comprendre cette apparente contradiction.
22 février 2009
Limogeage chauprade (suite)
Le Canard enchaîné et Aymeric Chauprade en rajoutent. L’un fait le point des enseignants qui seraient au collège interarmées de défense qualifiés au moins à droite, oubliant que des intervenants dits de gauche interviennent aussi même si le Canard regrette que Pascal Boniface n’y soit pas, l’autre porte plainte contre le ministre de la défense, fustige et menace "J'ai désormais les mains libres pour m'exprimer. Le petit clan qui, au coeur de la Défense défend des intérêts étrangers, essentiellement américains, va devoir s'inquiéter ».
Qui est ce petit clan ? Et pour qui se prend M. Chauprade pour affirmer cela ? A partir de quelles informations ? N’y-a-t-il pas une certaine paranoïa et une obsession de la théorie du complot dont on peut se demander comment peut-elle s’installer dans la tête d’un homme jusqu’à présent considéré comme sensé ? jusqu’à où d’ailleurs cette théorie du complot peut-elle s’étendre ?
Il est vrai que la mise à la porte d’Aymeric Chauprade peut paraître brutale mais ne faut-il pas des enseignants plus réservés dans leurs propos ? Nos officiers doivent avoir une vision équilibrée des relations internationales, ce qui ne veut certes pas dire naïve mais certainement pas influencée, sinon confortée parfois dans des visions extrémistes. En cela, Jean Guisnel a bien fait d’évoquer dans le Point le cas de M. Chauprade régulièrement invité par Radio Courtoisie.
Sur la dimension du retentissement de l’affaire, il est intéressant de constater que le site web d’Aymeric Chauprade revendique de nombreux mails de soutiens mais que peu sont publiés. Bien sûr l’article du journal d’extrême droite Minute en sa faveur est mis en ligne. On ne peut cependant que s’étonner qu’un mail de soutien en sa faveur soit immédiatement suivi d’un article du Monde de Louis Gautier, spécialiste de défense au sein du PS soit mis en ligne immédiatement derrière ce soutien laissant implicitement supposer un soutien bien peu crédible pourtant.
Enfin, l’affaire Chauprade est-elle un cas isolé ou est-elle le premier signe d’un rééquilibrage des influences au sein de l’enseignement militaire supérieur ? L’extrémisme qu’il soit de droite, de gauche, catholique, juif ou islamiste se ressemble. Sans faire preuve d’un ostracisme systématique, dès lors qu’il y a une action d’enseignement, l’équilibre et l’honnêteté de l’enseignement, surtout dans un milieu militaire, en outre dans le cadre de la République française, doivent être des règles intangibles. En cela, cela ne remet pas en cause la liberté d’opinion. En revanche, l’institution militaire au service de la République ne peut tolérer l’expression de thèses extrémistes ou de propos ambivalents de la part d’enseignants rétribués par l’Etat.