Défense et République

Débats sur la défense nationale et la sécurité intérieure

24 mai 2009

Turquie : n’est-il pas temps de limiter son influence ?

Les élections européennes remettent en avant la place de la Turquie dans l’Union européenne. Pour l’UMP, elle devient un enjeu pour rappeler la position de la droite et du président de la république.

Il n’est donc pas inutile de faire un point non exhaustif de la problématique en se posant une question jamais évoquée : dans le cadre d’une défense occidentale de l’Europe, la Turquie est-elle bien à sa place dans l’OTAN ? En effet :

-         D’abord parlons de la Turquie et de l’Union européenne, et du maintien de l’ambigüité. Malgré les affirmations que la Turquie ne rejoindrait pas l’Union européenne, des chantiers restent ouverts. Entamées en 2005, les négociations bien que ralenties ont permis d’ouvrir dix chapitres sur trente-cinq. La Suède, future présidente de l’Union européenne, veut accélérer le processus. Pourtant, fin 2009, la mise en œuvre du « protocole d'Ankara », signé en juillet 2005, prévoit l'extension de l'union douanière en vigueur entre l'UE et la Turquie, aux nouveaux membres, dont Chypre. La Turquie qui occupe sa partie nord de Chypre, est toujours opposée à sa reconnaissance. Dans le domaine militaire, Ankara a évoqué récemment son entrée dans l'Agence européenne de défense ( !). Enfin, l’argument fallacieux d’un Etat turc laïque et musulman tient de moins en moins la route. Rappelons aussi que l’Union européenne demande la limitation du pouvoir politique de l’armée turque … garante constitutionnelle de la laïcité. Qu’adviendra-t-il de la laïcité turque menacée comme l’ont montré les manifestations ces derniers mois en Turquie ?

-         Ensuite, que constatons-nous sur les relations entre la Turquie et l’OTAN ? La Turquie a bloqué les 3 et 4 avril 2009 de son veto la nomination du futur secrétaire général de l’OTAN sous prétexte que, lorsqu'il était premier ministre du Danemark, il avait soutenu les auteurs de caricatures de Mahomet. Toujours l’islam. Cédant à la pression américaine, la Turquie a obtenu un poste de secrétaire général adjoint chargé … des relations avec le monde musulman. Par ailleurs, des officiers turcs accéderaient à des postes importants dans le commandement militaire de l'OTAN. Pourtant, sa position dans la zone qu’elle contrôle en Afghanistan au contact des forces françaises reste bien passive. La Turquie est de moins en moins considérée pour sa capacité militaire mais pour sa capacité d’influence dans le monde musulman.

-          Qu’en est-il des relations entre la Turquie et la France ? La constitution française a été modifiée pour ne pas permettre au peuple français de décider souverainement mais la question reste un facteur de rassemblement bien pratique en politique intérieure. Pourtant, après son élection, M. Sarkozy, qui revendique de "dire la vérité à la Turquie", n'a pas interrompu mais seulement ralenti les négociations d'adhésion avec Ankara, engagées depuis 2005.

-         Enfin quant aux relations entre les Etats-Unis et la Turquie, il n’en reste pas moins que les Etats-Unis l’OTAN que ce soit Bush ou Obama soutiennent la Turquie pour entrer dans l’Union européenne ou pour conforter sa place dans. Il y a d’abord un intérêt stratégique. Les forces armées américaines malgré les entraves turques pendant le conflit irakien, qui se poursuivent aussi aujourd'hui, ont besoin de la base d’Incirlik qui accueille 4500 Américains, permettant par exemple 70% des vols des avions-porteurs américains vers l’Irak en 2007. C’est sans doute aussi l’importance du pipe-line à travers la Turquie qui concerne aussi la sécurité énergétique de l’Union européenne. Ankara peut enfin jouer dans la nouvelle politique régionale américaine avec des missions de bons offices avec l'Iran, Israël et la Syrie. Surtout, dans le cadre de l'OTAN, elle pourrait être appelée à jouer un plus grand rôle en Irak et en Afghanistan avec le soutien américain.

En faut-il pour autant accepter cette politique de la Turquie qui vise à entrer dans l’Europe par tous les moyens ? N’est-il pas temps de limiter sa capacité d’influence pour clarifier le débat ?

Posté par DR2007 à 20:01 - Europe - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


15 mars 2009

Une vraie rupture et la fin de l’hypocrisie : la réintégration dans l’OTAN

Le président de la République a annoncé le 11 mars à l‘école militaire que le sommet du 60e anniversaire du traité de l'Atlantique Nord à Strasbourg et Kehl du 3 au 5 avril 2009, conclura le processus de rénovation de la relation de la France avec l'OTAN. Il s’agit d’une vraie rupture et de la fin d’une hypocrisie maintenue par notre classe politique.

Les faits

L'Alliance atlantique compte vingt-six membres, dont vingt et un sont membres de l'Union européenne. Cette alliance est bien européenne. L’Otan prend ses décisions à l'unanimité. L'opposition d'un seul de ses membres interdit son engagement. Les documents produits pour l’emploi des forces sont aussi soumis au consensus.

Les structures de l’OTAN comprennent onze quartiers généraux permanents répartis dans neuf pays et dirigés par une centaine de généraux et d'amiraux dont les grades s'échelonnent d'une à quatre étoiles (en France de deux à cinq). Les postes sont alloués en fonction de critères qui prennent en compte la contribution de chaque allié au budget militaire de l'Alliance, son rôle dans les opérations (avec un bonus pour les plus difficiles comme l'Afghanistan), sa participation aux forces nucléaires de l'OTAN et la part qu'il représente dans les quelque 15 000 officiers et sous-officiers affectés au personnel des quartiers généraux. A l'heure actuelle, les Etats-Unis détiennent trois des quatre postes quatre-étoiles (cinq-étoiles en France) de l'Alliance, dont les deux postes de « commandant suprême » (ACT et ACO). L'Allemagne, le Royaume-Uni et l'Italie fournissent à eux trois quelque 4 200 officiers et sous-officiers au personnel des quartiers généraux (soit près de deux fois plus que les Américains).

La France est l'un des principaux contributeurs en hommes à ses opérations (Bosnie, Kosovo et Afghanistan) et en financement comme 4e contributeur budgétaire. Elle est dans 36 comités sur 38. La France ne détient cependant depuis 2004 que deux généraux de brigade et fournit à peine 1% du personnel des quartiers généraux de l'OTAN.

Les réticences

Reconnaissons que la classe politique française abritée derrière la statue du Commandeur, le général de Gaulle dont tout le monde aujourd'hui se réclame, a dissimulé la vérité à l’opinion publique française pendant des années. Faire croire à une exception française et à son indépendance était le dogme valorisant la position de la France au sein de l’opinion publique française et flattait notre ego.

Une nouvelle justification de ne pas rejoindre l’OTAN s’est aussi découverte avec la volonté de créer une défense européenne à laquelle seule la France croyait par ses élites qui voyaient là sans doute l’un des rares sujets de consensus et de satisfaction sur la construction européenne et ce toujours à l’égard de sa propre opinion publique. En effet, aucune autre nation européenne ne fait confiance à une défense européenne autonome. Toutes ou presque veulent préserver le lien transatlantique, garant des prises de décision et non d’une indécision permanente. Rappelons aussi que l'objectif capacitaire initial fixé en 1999 à Helsinki pour l’Union européenne de constituer une force de réaction rapide européenne de 50 000 à 60 000 hommes en soixante jours et pour une durée d'au moins un an, n'a pas été atteint. L'effort de défense moyen des Etats membres plafonne entre 1,07 et 1,3I % du PIB européen selon les sources. Parmi les grands pays, seule la Grande-Bretagne atteint le seuil des 2 %. Même la France n’est qu’à 1,7%.

Quant à un soi-disant alignement sur les Etats-Unis comme l’évoque M. de Villiers et d’autres, n’est-ce pas encore une vision du passé, une absence de pragmatisme devant la réalité du monde, sinon une incapacité à s’adapter loin du confort intellectuel entretenu par notre intelligentsia ? Il est vrai en revanche que l’avancement d’une défense européenne peut être plus difficile mais qui croit encore, sauf en France, que la défense européenne pourrait être assurée autrement que par l’OTAN ?

Cette décision du président de la République marque donc le retour à la réalité et à la rupture aussi avec cette classe politique de droite comme de gauche, éduquée dans nos grandes écoles contre l’OTAN et par extension contre les Etats-Unis. Il suffit de lire le décalage de ces élites à travers la presse depuis quinze jours. Les anciens premiers ministres, Alain Juppé et Dominique de Villepin, l’UMP, le PS dans ses différents courants (bien qu’en son temps, François Mitterrand alors dans l’opposition déclarerait que la sortie de l'OTAN trahissait une « volonté d'isolement fondée sur l'idée que le nationalisme est la vérité de notre temps ») ont exprimé leur désaccord dans une grande unanimité… C’est aussi, et cela déplait à notre intelligentsia bien pensante, le plus souvent parisienne, qui craint la création d’un bloc occidental, éduquée dans l’illusion de l’universalité de nos valeurs. Ségolène Royal déclare que « la France envoie un signal de repli sur la sphère occidentale ». L’OTAN « apparaît désormais comme le bras armé de l'Occident dans le monde, sans avoir la légitimité dont bénéficierait une alliance à vocation universelle ».

D’autres estiment que cette position brouille son image dans de nombreuses régions du monde. Pourtant la mauvaise perception de l’Occident, de la France aussi, dépasse le seul cadre de l’OTAN et est à comprendre dans le cadre du choc des civilisations de ceux qui rejettent l’Occident. Conçue pour défendre l’Europe, elle continue sa mission contre ceux qui ne nous aiment pas et qui sont désormais loin de nos frontières mais existent bel et bien. Il est temps de revenir sur terre ! En outre, rejoindre l’OTAN ne signifie pas faire la guerre aux autres civilisations mais assurer une position internationale et une défense commune en fonction de nos valeurs. Il était sans aucun doute temps que cela soit réalisé et affirmé ouvertement.

Avec son retour dans le commandement intégré de l'OTAN, cette rupture s’affiche aussi vis-à-vis de la communauté militaire (dont beaucoup d’officiers jouaient la carte de l’Europe plutôt que celle de l’OTAN ; jusqu’à présent il n’était pas porteur d’être « otanien ») avec une nouvelle place dans une alliance forte par sa capacité à agir, à créer l’interopérabilité entre les armées occidentales (même s’il y a la Turquie). Au lieu d’enfermer les militaires dans une peau de chagrin qui paraissait inéluctable, les états-majors et les forces armées seront redéployés pour mieux répondre aux besoins stratégiques par la prise de fonction de près de 900 cadres au sein des états-majors de l’OTAN. C’est aussi l’attribution de postes importants malgré ce qu’ont écrit un ancien ministre des affaires étrangères, M. Védrine, ou M. de Villiers, le commandement de l’ACT à Norfolk, un des quatre postes « cinq étoiles » de l’OTAN, n’est pas de moyenne importance. C’est bien méconnaître l’OTAN.

Pour conclure

Cette rupture pragmatique de N. Sarkozy est donc une bonne décision même si l’on peut s’étonner qu’il s‘affranchisse des résultats du débat parlementaire prévu le mardi 17 mars (Il n’est pas facile de se plier aux réformes constitutionnelles que l’on a soi-même soutenu).

Il paraît clair que cette décision est en phase avec l’opinion publique. Les sondages l’ont sans aucun doute aidé à prendre cette décision. Les rares sondages publics affichent que 52% de Français (Le Nouvel Observateur, enquête du 6 et 7 mars) sont favorables à ce retour contre 27 %. Selon une autre enquête IFOP-Paris Match du jeudi 11 mars, une majorité (58 %) de Français se prononce en faveur du retour de la France dans le commandement intégré de l'OTAN, 37 % contre. On pourrait certes les confronter aux sondages multiples sur la volonté de l’opinion publique à vouloir une défense européenne comme nous en avons souvent été abreuvés. Les chercheurs sauront mieux comprendre cette apparente contradiction.

Posté par DR2007 à 17:47 - Europe - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

15 mars 2008

Intervention en Afrique et Europe de la défense

Les limites de la coopération européenne en matière de défense se posent si l’on se réfère à un article du Monde du 13 mars 2008. Nous apprenons en effet aujourd'hui qu’au début de la crise du Tchad, la chancelière allemande, Angela Merkel, faisait savoir « qu'il n'était pas acceptable que l'Eufor soit mêlée au conflit tchadien ». « Un seul coup de semonce des Mirage, résume un général, et la situation devenait très compliquée sur le plan politique ». La première question à se poser est comment une force non déployée au Tchad aurait pu être impliquée directement dans ces combats, ensuite pourquoi cela empêchait les Mirage d’intervenir.

Deux réflexions se dégagent. Si quelques nations européennes ont tant d’influence sur l’engagement de nos soldats dans des OPEX alors qu’elles-mêmes ne s’engagent pas ou peu, l’indépendance de la France est bien compromise et cela, du fait du président de la république qui a accepté cela. Ensuite, s’abriter aujourd'hui derrière la déclaration d’un autre Etat pour ne pas intervenir auprès d’un allié est un bon artifice pour justifier une non-intervention militaire dans une situation que l’on ne maîtrise pas.

Posté par DR2007 à 20:39 - Europe - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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