Les élections européennes remettent en avant la place de la Turquie dans l’Union européenne. Pour l’UMP, elle devient un enjeu pour rappeler la position de la droite et du président de la république.

Il n’est donc pas inutile de faire un point non exhaustif de la problématique en se posant une question jamais évoquée : dans le cadre d’une défense occidentale de l’Europe, la Turquie est-elle bien à sa place dans l’OTAN ? En effet :

-         D’abord parlons de la Turquie et de l’Union européenne, et du maintien de l’ambigüité. Malgré les affirmations que la Turquie ne rejoindrait pas l’Union européenne, des chantiers restent ouverts. Entamées en 2005, les négociations bien que ralenties ont permis d’ouvrir dix chapitres sur trente-cinq. La Suède, future présidente de l’Union européenne, veut accélérer le processus. Pourtant, fin 2009, la mise en œuvre du « protocole d'Ankara », signé en juillet 2005, prévoit l'extension de l'union douanière en vigueur entre l'UE et la Turquie, aux nouveaux membres, dont Chypre. La Turquie qui occupe sa partie nord de Chypre, est toujours opposée à sa reconnaissance. Dans le domaine militaire, Ankara a évoqué récemment son entrée dans l'Agence européenne de défense ( !). Enfin, l’argument fallacieux d’un Etat turc laïque et musulman tient de moins en moins la route. Rappelons aussi que l’Union européenne demande la limitation du pouvoir politique de l’armée turque … garante constitutionnelle de la laïcité. Qu’adviendra-t-il de la laïcité turque menacée comme l’ont montré les manifestations ces derniers mois en Turquie ?

-         Ensuite, que constatons-nous sur les relations entre la Turquie et l’OTAN ? La Turquie a bloqué les 3 et 4 avril 2009 de son veto la nomination du futur secrétaire général de l’OTAN sous prétexte que, lorsqu'il était premier ministre du Danemark, il avait soutenu les auteurs de caricatures de Mahomet. Toujours l’islam. Cédant à la pression américaine, la Turquie a obtenu un poste de secrétaire général adjoint chargé … des relations avec le monde musulman. Par ailleurs, des officiers turcs accéderaient à des postes importants dans le commandement militaire de l'OTAN. Pourtant, sa position dans la zone qu’elle contrôle en Afghanistan au contact des forces françaises reste bien passive. La Turquie est de moins en moins considérée pour sa capacité militaire mais pour sa capacité d’influence dans le monde musulman.

-          Qu’en est-il des relations entre la Turquie et la France ? La constitution française a été modifiée pour ne pas permettre au peuple français de décider souverainement mais la question reste un facteur de rassemblement bien pratique en politique intérieure. Pourtant, après son élection, M. Sarkozy, qui revendique de "dire la vérité à la Turquie", n'a pas interrompu mais seulement ralenti les négociations d'adhésion avec Ankara, engagées depuis 2005.

-         Enfin quant aux relations entre les Etats-Unis et la Turquie, il n’en reste pas moins que les Etats-Unis l’OTAN que ce soit Bush ou Obama soutiennent la Turquie pour entrer dans l’Union européenne ou pour conforter sa place dans. Il y a d’abord un intérêt stratégique. Les forces armées américaines malgré les entraves turques pendant le conflit irakien, qui se poursuivent aussi aujourd'hui, ont besoin de la base d’Incirlik qui accueille 4500 Américains, permettant par exemple 70% des vols des avions-porteurs américains vers l’Irak en 2007. C’est sans doute aussi l’importance du pipe-line à travers la Turquie qui concerne aussi la sécurité énergétique de l’Union européenne. Ankara peut enfin jouer dans la nouvelle politique régionale américaine avec des missions de bons offices avec l'Iran, Israël et la Syrie. Surtout, dans le cadre de l'OTAN, elle pourrait être appelée à jouer un plus grand rôle en Irak et en Afghanistan avec le soutien américain.

En faut-il pour autant accepter cette politique de la Turquie qui vise à entrer dans l’Europe par tous les moyens ? N’est-il pas temps de limiter sa capacité d’influence pour clarifier le débat ?