Reconnaissons qu’avec ce 8 mai le président de la République a bien pris la dimension de chef des armées. Le très beau discours en ligne sur ce site souligne l’unité et la fierté de la France à se libérer elle-même. « Avec le premier soldat français qui met le pied sur le sol provençal, avec le premier char de Leclerc qui rentre dans Paris, avec le premier résistant qui vient se battre au grand jour au côté des Français libres, la France redevient la France ». 

Le lien avec l’identité nationale à laquelle les armées françaises ont largement contribué depuis des siècles comme l’écrivait le lieutenant-colonel de Gaulle dans « La France et son armée », est bien établi. Comme le dit le président, « Nous devons apprendre à nos enfants à ne pas être prisonniers du passé. Mais nous devons aussi apprendre à nos enfants à être fiers de leur pays, à être fiers de la France, de ce que les générations qui les ont précédés ont accompli de grand, ont accompli de noble, ont accompli de beau. Nous devons leur montrer l’exemple de ces jeunes français qui se sont sacrifiés à une cause qui leur semblait plus grande que leur propre vie. Et c’est grâce à tous ces martyrs qu’aujourd’hui nous sommes un peuple libre. Nous ne pouvons pas oublier ce sacrifice et ce que nous leur devons ». Cette volonté politique de magnifier l’engagement doit être appréciée à sa juste valeur. Le peuple de France dans sa diversité en a-t-il la même envie ? Je vous invite à regarder sur notre site cette présentation qui circule sur internet exprimant l’attachement du peuple canadien au retour des corps de ses soldats tués (118 à ce jour), méditons sur les valeurs et plus particulièrement sur le patriotisme.

Cependant, le problème est de savoir si les armées professionnelles, se réduisant comme une peau de chagrin, pourront encore avoir ce rôle dans la grandeur de la France. Le beau défilé naval ne peut escamoter que notre unique porte-avion est à quai, que des navires ne seront pas construits, que l’aviation ne disposera pas de l’avion gros porteur A400M avant bien des années, que les bases de défense coûteront plus chères que prévues à se demander si ceux qui ont proposé la RGPP pour les armées ont bien étudié leurs dossiers, que nos forces en Afghanistan restent aussi peu nombreuses malgré quelques succès contre un ennemi agressif. Enfin et ce n’est la moindre des choses, le report sans explication du projet de loi de programmation militaire pour la période 2009 – 2014

L’opposition l’a souligné lors des questions à l’assemblée nationale le 6 mai. La LPM n'a pas été votée par la représentation nationale et sa première annuité budgétaire est en cours d'exécution. Elle exprime le doute sur la sanctuarisation des crédits du ministère de la défense à un niveau élevé. « Les bases de défense coûtent deux à trois fois plus cher que prévu et la vente de fréquences et d'immobilier, censée conforter le budget de la défense dès 2009, s'avère plus que compromise, compte tenu de la conjoncture ». Elle dénonce aussi la restructuration de l'organisation du ministère, caractérisée par la suppression de 54 000 emplois, afin de dégager des marges budgétaires. « Ce serait le plus grand plan social que connaîtrait notre pays ». La réponse du secrétaire d'État à la défense et aux anciens combattants manque à cette occasion de profondeur affirmant que les crédits militaires affectés pour les trois années à venir n’auront aucun effet négatif sur le caractère opérationnel de nos armées. Il rappelle aussi que la loi de finances de 2009 prévoit un certain nombre de mesures d’accompagnement, y compris sur le plan social, qui permettent dès à présent le commencement de la mise en œuvre du nouveau format de nos armées. Il précise que les crédits d’équipement sont cette année pour la première fois en augmentation de 20 %. Enfin, il considère que cette loi de programmation militaire est une démarche ambitieuse que le gouvernement a les moyens d’assumer... A voir.