20 septembre 2009
Engagement militaire, faiblesse psychologique des opinions publiques et mauvais rôle des médias
Dans
les conflits d’aujourd'hui, le grand jeu
des médias de chaque Etat démocratique est de faire un triste décompte des
morts au combat (CNN tient un décompte journalier sur internet). Cette mise en
exergue malsaine au nom du « droit » à l’information (qui n’existe
pas juridiquement par ailleurs) est susceptible presque inéluctablement de
faire basculer à plus ou moins long terme une opinion publique occidentale dont
nous constatons tous les jours la fragilité… construite par cette information donnée
par les médias. Il est temps que ceux-ci prennent toutes leurs responsabilités dans
la guerre en Afghanistan.
Prenons
les chiffres actuels des tués au combat en Afghanistan depuis 2001. Environ
1300 soldats ont été tués soit environ 160 par an.
- L'armée allemande a perdu 35 hommes depuis 2002 dont
seulement 50% sont morts au combat. Début juillet, 61 % des Allemands sont
favorables à un retrait des troupes.
- Le 200e soldat britannique tué en
Afghanistan, chiffre symbolique (214 ont été tués à ce jour depuis 2001) est
interprété par les médias comme un seuil symbolique au mois d’août. 58 % des
Britanniques considèrent à ce moment que cette guerre est vouée à l'échec et
que les soldats doivent être rapatriés.
- Aux Etats-Unis, 892 soldats ont été tués depuis
2001. Un sondage du 21 août montre que 54% des Américains sont désormais
opposés à cette intervention. Publiée le 1er septembre, une étude de
CNN a conclu que 57 % des Américains sont opposés à cette guerre
- En France, qui a perdu 31 soldats à ce jour, 64%
des Français selon un sondage IFOP pour le Figaro publié le 19 août sont
opposés à l'intervention militaire française en Afghanistan.
- Le jeudi 17 septembre, la
mort de six soldats italiens victimes d'un attentat à la voiture piégée à
Kaboul, a immédiatement relancé en Italie le débat sur la présence d'un
contingent en Afghanistan, suscitant des divergences d'opinion à l'intérieur
même du gouvernement. 21 soldats y sont déjà tombés, dont 14 à la suite
d'attentats. 56% des Italiens sont favorables à un retrait graduel.
- Au Canada (131 morts au 17 septembre), la
participation à la mission de l'OTAN est majoritairement rejetée par la
population depuis près d’un an imposant au gouvernement de se désengager des
opérations militaires à partir de l’été 2011.
Rappelons
quelques chiffres. Uniquement pour la France, et sans mettre au même niveau le
sacrifice des soldats de la coalition, soulignons par exemple que les suicides dont
on a beaucoup parlé cet été, s’élèvent à 10 000 par an, les accidents sur
la route à 4 500, les accidents par noyade 627 cette année. Tout en rendant
hommage aux soldats morts au combat, il nous faut donc relativiser ces chiffres
et ne pas entrer dans la propagande des insurgés afghans.
En
effet, comment un ennemi motivé et endoctriné peut-il respecter et donc
craindre une armée ou une coalition qui pourrait être retirée d’un théâtre
d’opération suite à des pertes au combat ? La faiblesse psychologique des
opinions publiques soumis à la propagande adverse et leur fragilité devant les
pertes au combat, sont désormais des vulnérabilités qu’il faut combattre. Un
code de conduite devrait donc être passé avec les médias occidentaux pour que
ces chiffres ne soient plus diffusés sans précaution. Utopique ? A voir.
04 juin 2009
Obama,, la commémoration du 6 juin, élections européennes et toujours la Turquie
Le 6 juin 2009, sera commémoré le 65ème anniversaire du débarquement en Normandie. Cette commémoration doit aussi rappeler l’impact sur les populations civiles aujourd'hui souvent mis en première ligne. Des dizaines de milliers de français ont été tués ou blessés dans les combats et les bombardements. La libération de la France et de l’Europe étaient à ce prix.
Aujourd’hui, si l’on se réfère par exemple aux combats au Sri Lanka, les commentaires aseptisés de nos médias français et autres acteurs non gouvernementaux compréhensibles dans leur bien-pensance coutumière font oublier le sens du combat malgré trente ans de guerre, d’actes terroristes, d’exactions sur les populations. Il y a un seuil où la réalité de la guerre prend malheureusement le dessus. La mainmise des Tigres Tamouls pouvait-elle encore être acceptée ? Le prix élevé en a aussi été payé mais cela est de la responsabilité du gouvernement sri lankais, n’en déplaise aux grands moralisateurs.
La même réflexion pourrait se poursuivre avec la Corée du Nord, Etat irresponsable, criminel envers sa population, potentiellement sinon réellement dangereux. A quel moment peut-on et doit-on intervenir ? Suivant les orientations du Livre blanc français, comment finalement faire accepter une guerre préventive ou des frappes préemptives, les plus vraisemblables, avec les opinions que nous développons en Occident dans nos rapports avec le recours à la force ?
Revenons à ces commémorations du débarquement du 6 juin. Le président Obama sera là et c’est à nouveau l’occasion pour quelques commentateurs de rappeler la part prise par les noirs à la libération de l’Europe. Le 8 mai 2009 a permis de se souvenir que la France n’avait pas récompensé comme il fallait ses anciens combattants des colonies. Cela a été aussi le souci du politique de rappeler leur importance dans la libération de la France, à se demander cependant aujourd'hui si les autres soldats non africains avaient participé aux combats … à commencer par l’encadrement de ces forces.
Cela a été aussi l’occasion de dévoiler que la division Leclerc avait pu libérer Paris après avoir retiré tous les noirs de ses forces. Le doute m’avait étreint connaissant l’engagement de Leclerc et de ses officiers. La France aurait-elle eu une attitude ségrégationniste ? Enfin et heureusement, la vérité est apparue dans le Monde 2 de cette semaine et bien discrètement. Les Etats-Unis avaient demandé le retrait de tout soldat noir de la division Leclerc dans leur logique ségrégationniste de l’époque. Le soldat noir n’était pas apte au combat et devait servir dans la logistique. Il était donc temps de ne pas faire courir un nouveau bruit nauséabond sur la France et ses « culpabilités éventuelles ».
En parallèle à ces polémiques franco-françaises, Obama vient de déclarer que « les Etats-Unis sont l'un des plus grands pays musulmans » ! Il est vraisemblable que cette prise de position relatée par Le Monde devrait faire réagir, d’autant qu’il a exprimé fortement son soutien à l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne, l’un n’allant pas sans l’autre.
Cette adhésion est effectivement revenue sur la scène européenne et dans le débat des élections. Pourtant, les ténors français et allemands sont discrets alors que les soutiens à la Turquie, comme Tariq Ramadan, réputé pour ses positions fondamentalistes, il y a quelques mois dans le Monde, aujourd’hui, Moscovici du Ps, Hubert Védrine se multiplient.
Pourtant, disons-le : arrêtez de vendre une idée dangereuse et utopique. Hubert Védrine souligne d’ailleurs l’erreur d’avoir entretenu auprès de la Turquie une illusion d’appartenance à l’Union européenne, « Il paraît impossible et incorrect de changer les règles du jeu en cours de route » mais si nous nous sommes trompés, pourquoi ne pas le reconnaître ? Comment ces hommes politiques peuvent-ils défendre une Europe plurielle (vieux terme de gauche) avec un Etat musulman présenté comme laïque mais uniquement parce que l’armée est garante de cette laïcité ? A nouveau rappelons qu’une exigence européenne pour l’adhésion est l’affaiblissement de la place de l’armée, gardienne constitutionnelle de la laïcité turque. Après les élections, en outre, la Suède, future présidente de l’Union européenne, affiche sa volonté d’accélérer le processus. Elle doit être encadrée dans son action mais curieusement avant ces élections du 7 juin, les dirigeants hostiles pour ces élections à l’entrée de la Turquie font plutôt profil bas.
La solution du partenariat privilégié avec la Turquie est donc la plus raisonnable. Pour être cohérent, cela conduit aussi une politique de transparence et non d’intégration dissimulée de la Turquie dans la structure de l’Union européenne. Sait-on que le programme européen Erasmus est ouvert à 31 pays, les 27 membres de l'Union européenne, l'Islande, le Liechtenstein, la Norvège… et la Turquie ? Cela veut dire aussi que la Turquie ne doit pas être associée sous forme d’observateurs militaires par exemple à des structures européennes, simplement pour ne pas maintenir l’ambiguïté. En Afghanistan, les gendarmes turcs seront sans doute aux côtes de la force européenne de gendarmerie qui sera déployée. Une intégration larvée se fait afin de conduire à terme vers une solution inéluctable.
Pour conclure, cela ne veut pas dire que l’on n’estime pas la Turquie et les Turcs mais simplement que chacun a le droit de vivre en fonction de ses valeurs. En l’occurrence, le respect à la différence s’applique dans les deux sens.
15 février 2009
La vision particulière de la France sur la guerre en Irak
La France revient en Irak avec une visite surprise du président de la République le 10 février 2009 après les élections provinciales. Nicolas Sarkozy a été accueilli par son homologue irakien Jalal Talabani.
Cette visite avait pour principal objectif de parachever la normalisation engagée entre la France et les autorités irakiennes. Cela consisterait à la reconstruction du pays, à participer plus activement à la formation des militaires et des policiers irakiens, à faciliter les échanges culturels ainsi que l'accueil d'étudiants irakiens. M. Sarkozy a également émis le voeu que les entreprises françaises se réengagent dans l'économie irakienne.
La volonté de la France de profiter de ce retour progressif à la paix en Irak alors qu’elle ne s’est pas engagée aux côtés des forces américaines ne manque pas d’ironie sinon d’indécence.
Remarquons que les politiques et la presse française qui fustigeaient l’action américaine en Irak sous Bush se taisent depuis que B. Obama a été investi dans ses fonctions. Ils sont bien silencieux sur ce retour à la normalité dont ils voudraient bien bénéficier. Ce qu’ils ne critiquent pas. Ils n’ont pas non plus l’honnêteté de reconnaître que les forces armées américaines ont gagné cette guerre en permettant un retour à la normale et en laissant peu à peu les forces irakiennes prendre le relais.
Si l’on regarde les pertes US qui sont de 4245 tués jusqu’à ce jour dont 1821 par piégeage (IED) avec cependant une très forte réduction depuis un an. En 2003, 486 soldats aient été tués puis jusqu’en 2007 plus de 800 par an avec un pic en 2007 de 904 mais 308 en 2008.
De fait, les forces américaines ont gagné cette guerre, ce qui ne leur est pas reconnu par ceux qui les ont décriés et qui voudraient bien profiter désormais de cette paix acquise par d’autres.
Pas très élégants en particulier de nos médias bien partiaux.
25 janvier 2009
2009 l’année de tous les risques
Malgré l’élection d’un nouveau président des Etats-Unis inaugurant cette nouvelle année, pouvons-nous vraiment penser que le monde ira mieux ? Nous pouvons en douter.
La crise économique est telle que ses conséquences en sont imprévisibles. Or, les conflits en cours cette année accentuent la dangerosité de la situation internationale avec des élections multiples dans des Etats de crise et donc servant de causes potentielles à toutes les actions de déstabilisation. Ainsi :
· En Israël, le conflit avec le Hamas peut entrer dans cette logique d’affrontement calculé. Israël aura des élections cette année et cette guerre avait, aussi bien du côté des Israéliens que du côté du Hamas, une importance majeure dans l’élection du prochain premier ministre israélien en fonction de l’exploitation du conflit.
· En Irak, les élections sont prévues le 31 janvier 2009, avec des élections provinciales, un référendum le 31 juillet sur les conditions du retrait américain (le SOFA), enfin les législatives qui doivent en principe avoir lieu en décembre 2009. Les forces américaines sont désormais prévues se désengager pour fin mai 2010 au lieu du 31 décembre 2011. L’Iran voisin aura aussi des élections présidentielles et législatives le 12 juin 2009.
· En Afghanistan, les élections présidentielles sont prévues en septembre 2009. La fin de l’hiver à compter d’avril jusqu’en septembre annonce déjà les combats à venir pour développer l’insécurité, un doute sur la validité des élections et donc consommer l’échec de l’OTAN en Afghanistan. Toute zone de déploiement des forces de l’OTAN devra être très fermement tenue pour interdire aux talibans d’entraver les élections et de faire pression sur les populations. Les zones contrôlées devront sans doute être élargies. L’envoi de trente mille soldats américains et les demandes vraisemblables adressées aux Etats–membres devront être à la hauteur des enjeux … et les réponses favorables… y compris pour la France. Il s’agit d’une guerre contre-insurrectionnelle qui ne doit pas être perdue.
· En R.C.I., le représentant spécial de l'ONU en Côte d'Ivoire le 21 janvier à New York, un calendrier électoral pour l'élection présidentielle, seule à même de sortir le pays d'une crise politique qui dure depuis cinq ans. Pour la première fois depuis la signature de l'accord politique d'Ouagadougou le 4 mars 2007, le peuple ivoirien et la communauté internationale ne disposent ni d'une date, ni d'une période pour les élections. Fin 2008, le Conseil de sécurité de l'ONU avait déjà mis en demeure les dirigeants ivoiriens d'organiser des élections générales présidentielles et législatives avant la fin du printemps 2009. Cette échéance sera impossible à respecter, notamment en raison du retard du recensement des nouveaux électeurs. Reconnaissons que cette crise annoncée met en cause la présidence ivoirienne qui sait ne pas être réélue si des élections avaient lieu aujourd'hui. Les forces françaises sont encore fixées sur place au détriment des autres missions en cours.
Ces quelques exemples sont significatifs des tensions extérieures qui peuvent aggraver la situation mondiale ou l’engagement des forces armées françaises, sans exclure les situations intérieures qui pourraient aussi se révéler dans certains cas insurrectionnelles (Grèce…). Hormis cependant le conflit en R.C.I., constatons que ce sont des conflits qui ne terminent pas et ne se termineront pas de sitôt dès lors qu’ils coïncident avec des conflits de civilisations.
Samuel Huntington, décédé le 24décembre 2008 à 81 ans, fortement décrié par dogmatisme en occident, n’en est donc pas moins d’actualité. Dans un article publié en 1993 par la revue Foreign Affairs, puis dans un livre paru en français sous le titre Le Choc des civilisations (Odile Jacob, 1997) il démontrait que les civilisations se définissaient par rapport à leur religion de référence, leurs cultures, fondant désormais leurs oppositions non plus entre nations mais entre cultures et religions. Cependant dans un dernier ouvrage, « Qui sommes-nous : identité nationale et choc des cultures » (Ed. Odile Jacob, 2004), il constatait que bien qu'uniques, les valeurs occidentales n'ont rien d'universel. Nous pourrions ajouter qu’elles sont même contestées désormais.
Dès lors que ce principe d’universalité très « occidentalo-centré » est abandonné de fait, que nous le reconnaissons, nous pourrions sans doute nous repositionner sur la défense de nos valeurs propres. Cela signifie que les autres civilisations doivent respecter nos différences et en assumer les conséquences lorsqu’elles ne le font pas. La période actuelle est celle de la construction d’une nouvelle répartition des pouvoirs en fonction des nouvelles puissances, sinon d’un nouveau rapport de forces. L’objectif cependant n’est pas d’accepter une défaite éventuelle de l’occident mais de permettre la préservation mesurée de sa place mondiale, en fonction de ses intérêts, y compris civilisationnels.
28 septembre 2008
Réflexions de la quinzaine sur la défense en France
Après ce petit temps de vacances, nécessaire après un été si riche en événements
concernant la défense, il est temps de se mettre au travail.
Les événements se sont multipliés :
- Pour la France, visite des familles des soldats tués en Afghanistan y compris ceux qui ont été
tués les années précédentes, débat parlementaire sur la présence de nos troupes en Afghanistan (en ligne sur www.defense-et-republique.org), projet de la nouvelle loi de finances pour la défense (en ligne sur www.defense-et-republique.org) ;
- Dans le reste du monde, les conséquences de la guerre en Géorgie et une Russie qui affirme sa force militaire, une guerre en Afghanistan qui déborde peu à peu sur le Pakistan, le réarmement nucléaire de la Corée du Nord, la réaffirmation de la volonté iranienne de disposer d’un capacité nucléaire, les attaques de pirates somaliens … saisissant même un navire transportant de chars de bataille, la libération avec succès par les forces spéciales françaises des otages, a demande par la France d’opérations contre les pirates (il faut demander l’autorisation à l’ONU !), l’envoi aussi dans l’espace d’un équipage chinois avec ce que cela implique dans le contrôle de l’espace à terme, la
crise financière que certains rapprochent de la crise de 1929 avec sa responsabilité partielle sur la seconde guerre mondiale….
Le monde est devenu instable et nul ne peut prédire comment ces situations
conflictuelles vont résoudre avec un sentiment très fort de la fin du monde
occidental et de sa position dominante.
Pour la France, sans s’appesantir sur les nombreux sujets de cette
période, émettons quelques réflexions.
- En premier lieu sur l’Afghanistan et l’engagement de la France. Les enseignements en sont peut-être tirés mais suite au débat du 22 septembre, le renforcement d’une centaine d’hommes et l’achat par la France d’équipements sur étagères donnent un vrai sentiment d’affaiblissement de nos forces armées !
- En second lieu, l’élargissement des missions des armées. Les armées par les forces spéciales font la police des mers et chassent le pirate qui est fait prisonnier et traduit devant les tribunaux français sans doute pour contribuer aussi à remplir nos prisons… surpeuplées. Le meilleur message à ces pirates est l’élimination physique par des moyens militaires. Cette politique serait plus conforme à leur manière de vivre et à leur compréhension des rapports de forces. Dans tous les cas, la confusion entre forces militaires et forces de police s’accentue et rendra sans doute floue à terme les limites et les repères.
- Enfin, le budget. Hervé Morin, ministre de la Défense, a présenté le projet de loi de finances (PLF) du ministère de la Défense 2009 le 26 septembre 2008. Il a été élaboré de manière à permettre la mise en œuvre de la stratégie de défense et de sécurité de la France, définie dans le Livre blanc . Il traduit également l’implication du ministère de la Défense dans la Révision générale des politiques publiques (RGPP), qui vise à accroître l’efficacité de l’ensemble des ministères, au moindre coût.
Pour la première fois, le budget a été programmé sur trois ans (2009-2011), ce qui permettra aux armées de disposer d’une plus grande visibilité sur leur action. Il sera complété par une Loi de programmation militaire (LPM), pour 2009-2014, afin de permettre aux armées d’adapter leur format et leurs équipements, en fonction des objectifs qu’ils leur auront été définis. On peut cependant constater le maintien de l’effort de défense et pourrait rassurer la communauté militaire.
Globalement, les dépenses seront orientées vers l’équipement des forces (en progression de 10%) 17 milliards d’euros seront consacrés à l’acquisition de matériels, contre 15,4 milliards d’euros, en 2008. Les moyens consacrés aux opérations extérieures seront augmentés d’environ 25%. Le ministère de la Défense va également poursuivre ses efforts en matière de Recherche et de développement (R&D), qu’il finance déjà à hauteur de 10% en France.
11 septembre 2008
Commémorations et Afghanistan
Ce soir, France 2 présente un débat sur l’engagement français en ce jour de commémoration des attentats du 11 septembre 2001 et de veille de départ en Afghanistan des familles des soldats tués le 18 août dernier.
Le ministre de la défense justifie toujours le refus de l’emploi du mot « guerre » car nous sommes en Afghanistan pour « faire la paix ». Il a précisé aussi que la guerre ne pouvait se faire qu’entre « deux Etats ».
Il serait sans doute temps d’évoluer. La mort de soldats au combat n’est pas un accident du travail. On peut effectivement rejeter la dimension juridique de la guerre bien que qualifier cette situation de « guerre » permettrait de donner la liberté d’action aux chefs militaires sur le terrain. Il est vrai que le discours officiel parle toujours d’opérations de soutien de la paix en Afghanistan. On pourrait rire si cela n’était pas si grave. Nous sommes bien en guerre et non lutte contre le terrorisme. Quand des centaines de combattants talibans attaquent ça et là les forces de l’OTAN, ce ne sont plus des terroristes (les Allemands appelaient les résistants français comme cela) mais des insurgés. L’OTAN combat une insurrection et ce n’est pas une simple opération de sécurité comme le prétend le ministère de la défense.
Cependant, remarquons que la classe politique et les ONG représentées sont pour le maintien des opérations militaires, hormis l'extrême-gauche et l'extrême-droite conformes à elles-mêmes.
Enfin le ministre annonce bien que l'engagement devra durer. Il faudra donc soutenir nos soldats comme il faut.
02 septembre 2008
Afghanistan. La mise au point du général de corps d’armée Cann (2ème section)
Une lettre du général Cann, saint-cyrien, grand soldat ayant servi sur nombre de théâtres d’opération, président de l’amicale du 8è Rpima, circule depuis quelques jours. Elle fait l’analyse de l’embuscade du 18 août 2008 (en ligne sur www.defense-et-republique.org) et sur les enseignements ou réflexions que l’on peut en tirer.
Son analyse rigoureuse et sans concession de la guerre en Afghanistan vaut la peine d’être lue et réfléchie. En particulier, il rappelle bien que les combats dits asymétriques aujourd'hui sont des guérillas.
Effectivement le terme « asymétrique » rassure le « pékin » et permet de valoriser les chercheurs qui l’ont inventé. Quand le vocabulaire des élites parisiennes voudra bien appeler un chat un chat (par exemple, la « lutte contre le terrorisme » est une « guerre contre un ennemi » que l’on peut qualifier, un « conflit asymétrique » est une « guerre contre une guérilla », une « crise » ou un « conflit » enfin est « une guerre », cela permettra de cesser de parler de « gestion de crise » dans les doctrines militaires et clarifiera les objectifs de l’engagement militaire et pour les militaires et pour les civils,
Enfin, je réagirai surtout sur un point, celui de la règle de la modularité des forces terrestres développée depuis la fin des années 1990. Pour compenser des effectifs insuffisants et la prolifération des missions forcément imprévisibles, le concept de la modularité a été développé et mis en œuvre.
En bref, jamais ou presque une unité part dans son intégralité. Ainsi, à partir des « réservoirs de forces » régimentaires et de brigades, on créé de nouvelles unités pour les missions du moment. Comment voulez-vous être efficace au combat et à la guerre (éh oui, toujours la guerre) si vous êtes un agglomérat de forces qui ne se connaîtra et ne se fera confiance sur le terrain qu’un bout de quelques mois ? Sauf erreur, l’équivalent de la compagnie qui a été attaquée le 18 août, ne pouvait avoir de cohésion morale et militaire pour combattre avec efficacité, malgré les camps de préparation opérationnelle en métropole.
Le concept de la modularité prônée par l’armée de terre était pertinent pour les opérations de soutien de la paix. Il est caduque et « mortel » pour les opérations de guerre. C’est bien l’un des enseignements de ce premier combat et cela avait été déjà évoqué il y a quelques années. Je rejoins volontiers alors le général Cann sur l’oubli des leçons du passé.
01 septembre 2008
Blog de terrain en Afghanistan et guerre de l’information
Toujours dans les informations oubliées de l’été, le Monde a publié le 19 août 2008 un article intitulé « L'armée française veut modérer les blogs des militaires ». Inquiet devant le foisonnement de ces journaux de bord, cet article annonçait que le chef d'état-major de l'armée de terre avait adressé à ses troupes une directive « visant à sensibiliser l'ensemble du personnel de l'armée de terre aux dangers de la divulgation d'informations relatives aux opérations militaires » sur des sites Internet, des blogs ou des forums.
Le SIRPA terre, et donc l’armée de terre, ne retenait et ne retient que la vision sécuritaire de l‘emploi de ces outils : utilisation à des fins malveillantes, mise en danger de la conduite des opérations, sécurité de nos soldats et éventuellement de leurs familles. Un rapport d’août 2007 réalisé par Marine Chatrenet pour le centre d'études en sciences sociales de la défense, et cité par la journaliste, dresse une typologie précise de ces blogs, de ceux qui les rédigent et de ce qu'on peut y lire. Il précise que, « Contrairement à leurs homologues américains, ils ont une faible audience ». Or, le site de Libération piloté par JD Merchet attire l’attention aujourd'hui sur un blog (http://omlt3-kdk3.over-blog.com/) concernant les OMLT (Operational Mentoring Liaison Team ou équipe de conseillers militaires insérée dans les forces afghanes). Ce site très professionnel existe et est manifestement suivi si l’on regarde les indicateurs de présence. La montée en puissance des blogs depuis un an est nettement perceptible et les armées pourraient peut-être anticiper les évolutions de cet outil de communication est ans doute d’influence plutôt que de subir…
La question qui se pose, outre le lien entre les soldats et les familles, est celui de l’impact sur les autres visiteurs de ces blogs de terrain, amis, ennemis ou neutres. Cela pose effectivement la liberté donnée à l’expression des militaires en OPEX et sans doute aussi en temps normal... Si Surcouf avait eu un blog, quelle aurait été la position du ministre de la défense ?
Cela pose surtout la dimension du blog et son emploi militaire dans cet nouvel espace qu’est l’environnement informationnel. En effet, le Livre blanc a identifié le cyberterrorisme comme « menace », la maîtrise du cyberespace comme objectif. Cette appréciation favorise essentiellement les recherches technologiques et donc les entreprises d’armement dans ce domaine, sous un aspect globalement défensif même si la lutte informatique offensive est, enfin, évoquée.
Les dimensions humaine et psychologique ont été ignorées derrière une prise en compte bien industrielle, et donc incomplète, de la problématique. Or les cibles sont certes les moyens à s’informer et à décider, en oubliant que la vraie cible est humaine, donc la volonté et la compréhension des hommes qui décideront ou agiront en fonction des informations reçues ou pas. Très opportunément, certes à petite échelle, la Georgie comme l’Estonie a subi ces cyberattaques russes et, malgré les experts estoniens, n’a pu empêcher la désorganisation technique provoquée. Cependant la défaite a été le résultat de ces attaques en phase avec la manœuvre des forces sur le terrain, les actions de propagande et de désinformation à travers les médias, l’instrumentalisation du droit international aussi. Le contrôle de cet environnement informationnel est donc l’une des clés majeures du succès des guerres du XXIe siècle.
A ce titre, l’emploi responsable et sans doute coordonné des blogs par les forces militaires, est à développer d’autant qu’aucun encadrement légal particulier n’existe surtout s’il est utilisé à partir du territoire national avec cependant pour les militaires en OPEX les limitations de l’article 4 du statut. La vision sécuritaire de l’armée de terre est à court terme. Il ne faut pas ignorer le rôle souple et indirect du blog dans la conquête des esprits dans une stratégie d’influence concertée et planifiée au niveau interarmées sinon politique. Enfin, pour les blogs de terrain, une certaine liberté est nécessaire au moral des soldats.
27 août 2008
L’esprit munichois est inhérent à nos démocraties
Nos politiques ne changeront jamais. Ils en sont toujours à ignorer ce qui est visible pour tous. Ils découvrent aujourd'hui que la Russie pratiquant le rapport de forces l’applique, élargit ses frontières par des protectorats au mépris de tous les accords et du droit international. Par ailleurs, on s’offusque mais on ne voit pas beaucoup de manifestants. Cela n’était pas le cas pour la guerre en Irak menée par les Etats-Unis.
L’Union européenne est appelée à se réunir le 1er septembre à l’appel d’un président français affaibli après avoir crû à la parole russe. L’Allemagne a déclaré que la Georgie rejoindrait l’OTAN. Comme elle avait reconnu la Croatie en 1992 et provoqué finalement la guerre en ex-Yougoslavie. Que peut-on attendre de peuples plus préoccupés par leur confort, conduits par des politiques préférant le « dialogue » et finalement la sujétion aux nouveaux prédateurs. Nous l’avons vu avec la Chine, nous le voyons avec la Russie, … nous le verrons sans doute aussi avec l’Iran. L’esprit munichois est inhérent à nos démocraties (et cela mériterait sans aucun doute une thèse de doctorat sur ce thème). Il est vrai que nos moyens d’actions sont limités, surtout si l’on repousse en permanence l’expression de la puissance qui n’est pas seulement militaire sans l’exclure cependant (voir l’article traduit de l’allemand sur l’antimilitarisme en Allemagne dans le Monde du 27 août).
Dans cet état d’esprit, les paroles du ministre de la défense refusant de qualifier la situation en Afghanistan de guerre sont tout aussi graves. Bernard Kouchner avait osé employer le terme il y a quelques mois mais nous avions vu la bien-pensance française s’offusquer. Reconnaissons que la réforme constitutionnelle de juillet 2008 sur l’article 35 concernant la déclaration de guerre est un symbole du manque de vision sinon de courage de nos gouvernants. Il était temps de qualifier juridiquement les « actions » (selon le ministre) ou les opérations de guerre pour garantir la mise en œuvre des moyens nécessaires pour faire la guerre.
Il faut dire enfin que l’interdépendance économique recherchée par nos grands penseurs européens depuis Jean Monnet est désormais devenue une faiblesse de l’Occident exploitée par la Chine, la Russie et d’autres nations. L’Occident perd peu peu sa place dans le Monde et nos enfants feront sans aucun doute d’un ensemble géopolitique vassalisé au reste du Monde.
13 juin 2008
Tabarly
Je
viens de découvrir que ce grand Homme que j’admire s’est engagé l’année de ma
naissance et à disparu le jour de mon anniversaire ! Cela me
trouble…..étrange coïncidence n’est ce pas ?
Éric
Tabarly a disparu en mer il y a dix ans, le 13 juin 1998. Si le navigateur est
mondialement connu, sa carrière militaire l'est un peu moins. Éric Tabarly
s'est engagé dans la Marine nationale en février 1953, à 22 ans. Il opte pour
l'aéronavale, comme officier marinier. Formé au Maroc sur Stampe et T-6, il est
qualifié pour piloter les Lancaster, les gros bombardiers quadrimoteurs
britanniques utilisés à l'époque comme avion de patrouille maritime. En 1955,
il est affecté en Indochine. Il totalise un millier d'heures de vol. En 1958,
il intègre l'École navale sur concours interne. A la sortie, il sert d'abord
comme second sur un dragueur de mines à Cherbourg, puis un Edic à Lorient. En
1954, il remporte la Transat à bord de Pen Duick. Désormais, s'il reste
officier de marine, il se consacre essentiellement à la voile. Atteignant la
limite d'âge, Il quitte la Marine le 24 juillet 1985 avec le grade de capitaine
de frégate.
Chacun
voit ce que tu parais, peu perçoivent ce que tu es . Machiavel (le prince)