Défense et République

Débats sur la défense nationale et la sécurité intérieure

06 septembre 2008

La mise en oeuvre de la politique de défense et la guerre restent d’actualité.

Sur la politique de défense, la RGPP, les suites du Livre blanc, tout est bien silencieux bien que le ministre de la défense n’ait pas rempli tous ses objectifs (sauf celui de la communication et des témoignages d’affection, dont on ne peut pas se plaindre, les militaires en ont bien besoin). Ainsi selon le Monde, il lui était demandé un taux de disponibilité de 70% des matériels de l’armée de l’air. Le chiffre est de 56%. Pas bon…

Sur la guerre en Afghanistan, le reportage de Paris- Match fait de plus en plus de bruit. Le discours timoré de l’état-major surprend les « observateurs » sur les combats à l’arme blanche qui  ont eu lieu avec les Talibans le 18 août. Cependant :

  • Qui accepterait aujourd'hui      une information de ce type dans notre société, refusant et condamnant tout      contact physique violent..  ?
  • La communication militaire      se fait avec l’aval du politique. Ainsi, les mots employés sont ceux qui      ont été retenus par le ministre de la défense, sinon par le président de      la République.
  • La propagande talibane      occupe un terrain abandonné par une communication française lénifiante et      défensive, comme à l’accoutumée. En effet, puisque nous ne faisons pas la      guerre (cf. les propos du ministre de la défense), nous n’avons pas d’ennemi      et nous ne pouvons pas dénoncer ou répondre militairement aux actes      barbares de ceux que nous ne qualifions pas.
  • Enfin, les journalistes      « free lance » ayant vendu leur reportage à Paris-Match après      leur rencontre des talibans ont voulu faire un scoop, montrant bien que nous      devons considérer ces personnes avec précaution. Par ailleurs, si des journalistes      trouvent des talibans en Afghanistan et pas les militaires, il y a      manifestement des lacunes dans le renseignement.

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03 août 2008

Les restructurations de la fin juillet

Les annonces concernant les restructurations ont eu lieu (voir sur www.defense-et-republique.org. Téléchargements). Cela a été pire que la rumeur l’annonçait. Remarquons que les DOM/COM sont bien abandonnées (mais tout le monde s’en fiche manifestement). Des moyens de théâtre resteront concentrés en Guyane, à la Réunion et en Nouvelle-Calédonie. Une capacité régionale de projection en cas de crise sera prévue donc pour la Polynésie et les Antilles, nouveaux déserts militaires. Il est vrai que la situation politique de la Polynésie vers une autonomie/ indépendance avec cet abandon laisserait bien la place à une indépendance totale future.

Une campagne de communication importante a eu lieu pour empêcher toute action de mauvaise humeur des militaires. Le ministère a affirmé avoir largement consulté mais si on lit l’audition parlementaire avec les syndicats de la défense du 09 juillet (en ligne aussi sur le site), ce n’est pas ce qui apparaît dans les propos mêmes de Guy Teissier, UMP et président de la commission de la défense et des forces armées : « Le président Guy Teissier a précisé que la représentation nationale n’est pas plus informée des décisions prises concernant les restructurations qui suscitent les inquiétudes tant des personnels que des élus ». On peut se demander si ne pas dire la vérité, ou plutôt une vérité incomplète, est une règle de « bonne gouvernance » au sens de l’efficacité mais au détriment du respect de la démocratie. Comme cela fonctionne…

Les militaires ont donc reçu les directives du commandement au niveau interarmées et au niveau des armées pour mettre en œuvre sans discuter ce qui avait été décidé par le pouvoir politique. Quelques aménagements politiques ont eu lieu pour gérer la grogne des élus bien que celle-ci, au moins pour les Lorrains, n’est pas calmée avec la journée d’action éventuelle du 6 septembre prochain.

Ce que l’on peut constater néanmoins est l’intérêt important exprimé par la Nation envers les unités militaires. Il est toujours possible de dire que la dimension économique était prioritaire. Certes mais cela n’est pas sûr. Les armées professionnelles ont su s’adapter à leur milieu local et à vivre dans la cité. La remise en cause de cette intégration réussie d’une dizaine d’années est menacée d’être réduite à néant par ces restructurations, qui, reconnaissons-le, n’ont pas bénéficié d’une réflexion globale à l’origine. Comment expliquer autrement l’ignorance de l’impact dans des villes de garnison du départ d’un régiment ou d’une base ?

Quelques questions vont demeurer avant ce big bang de la désorganisation.

La totalité des économies dégagées par la réforme serait réinvestie au profit de la condition du personnel et dans la modernisation et le renouvellement des équipements. Il est annoncé 1,2 milliard d’euro d’économie par an, des aides de 320 millions d’euros pour les communes les plus touchés. L’amélioration de la condition des personnels civils et militaires, grâce au retour vers les personnels de la moitié des économies dégagées par les baisses d’effectif (donc l’application en 2009 du plan Alliot-Marie pour la condition militaire reportée par H. Morin ?). Il est aussi annoncé 3 milliards d’euros pour les équipements, soit environ 18 milliards mais d’où viendront-ils dans la mesure où les économies sur le fonctionnement ne sont pas acquises ? or le budget hors pension est aux alentours de 31 milliards d’euros.  Doit-on voir la baisse du budget de fonctionnement et donc de l’entraînement, c’est-à-dire d’environ 16 milliards à 12 (! )?

Concernant les effectifs, d’ici 7 à 8 ans, l’effectif global du ministère de la défense atteindra 273 000 personnels, dont 225 000 pour les forces (civils compris, cela fait encore moins de militaires’) soit 131 000 pour l’armée de terre, 50 000 pour l’armée de l’air et 44 000 pour la marine. Mais qui sont ces 48 000 autres personnels dont on ne parle jamais ?

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07 juillet 2008

Et si on parlait finances ?

Aujourd'hui, 2 % de la richesse nationale sont consacrés à la défense. Sans les pensions, cet effort s’établit à 1,6 % du PIB soit 30,2 milliards d’euros, ce qui est insuffisant. Hervé Morin avait reconnu d’ailleurs il y a quelques mois que 6 milliards par an seraient nécessaires sur les cinq annuités de la prochaine loi de programmation pour remplir les engagements en équipements du gouvernement précédent. Le Livre blanc et la réforme générale pour les politiques publiques annonceraient donc pour les armées des améliorations budgétaires. Le ministre est confiant : « J’ai la garantie du chef de l’État que 100 % de nos économies resteront à la Défense. »

 

Devant les chiffres annoncés, il est cependant possible en effet de s’interroger : l’exécutif s’engage pour 377 milliards d’euros consacré à la défense d’ici 2020 dont 200 pour les équipements par an soit 18,2 milliards au lieu d’environ 15 milliards sur 12 ans à partir de 2009. Le budget hors pensions devrait passer d’environ 30 milliards d’euros en 2008 à environ 33 milliards d’euros en 2020, soit +10% en 12 ans ( !) au profit des équipements. Les restructurations devraient permettre d’économiser 2 milliards d’euros à la fin de la réforme dans environ six ans pour un coût de « quelques centaines millions » ce qui reste à prouver.

 

En effet, les collectivités touchées par les restructurations seront aidées à concurrence de 300 à 350 millions d’euros après une première proposition à 250 millions d’euros le 19 juin. Le coût des déménagements des unités et la remise aux normes civiles par la défense sur son budget des espaces fermés ne sont cependant pas chiffrés. Peut-être sont-ils déjà financés par l’arrêt du recours aux réservistes à compter du 1er septembre ?

 

Les réservistes, forme moderne du CDD dans les armées, remplacent des postes non pourvus de cadres d’active. Cela signifie la mise en sommeil de postes et une influence certaine sur le fonctionnement de certains services, y compris en OPEX.

 

Le financement est sans doute aussi fourni par le report du second porte-avions estimé aujourd'hui à plus de 3,5 milliards d’euros soit plus d’un milliard en plus par rapport à l’an dernier ( !). N’y a-t-il pas eu un mensonge d’Etat justifiant une enquête parlementaire ? En effet, le porte-avions à propulsion nucléaire avait été repoussé en raison de son prix à 2,8 milliards d’euros et le prix du pétrole et du gaz en pleine hausse n’a rien changé à la donne. Surprenant. Nous ne respectons plus le contrat avec les Britanniques alors que leur lenteur à se décider était critiquée. Il y a eu aussi peu de réaction de la classe politique sur ce surcoût sans oublier les sommes déjà versées, donc en pure perte ? enfin n’oublions pas l’amélioration de la condition militaire prévue par Michèle Alliot-Marie pour 2008 et reportée en 2009 par le ministre de la défense.

Les annonces ne semblent pas vraiment crédibles surtout si la situation économique s’aggrave encore.

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18 juin 2008

Premières réactions après l’intervention du président de la république

Constatons que ce discours était bien construit. Il pourrait sans doute faire adhérer une partie de la communauté militaire. C’est sans doute comme cela que l’on doit interpréter les applaudissements du parc d’exposition de la Porte de la Versailles…

Le président, la France, aiment les armées mais celles-ci n’ont pas tous les moyens pour remplir les missions données et le chef des armées s’engage à leur donner. Trois domaines paraissent d’intérêts peuvent être dégagés :

  • En terme de stratégie, la première      menace est bien le terrorisme sous toutes ses formes. La crise iranienne      est considérée comme une menace. Surtout, la France doit rester une puissance      diplomatique et une puissance militaire. Une précaution oratoire qui était      la bienvenue était de spécifier que l’armée française ne sera pas intégrée      dans une armée européenne fédérale. L’intégration dans l’OTAN se fera en      fonction de l’avancement de la politique européenne de défense, priorité      de la présidence française à compter du 1er juillet. Enfin      soulignons que le président de la République a eu le courage de rappeler      que la guerre pouvait exister et qu’à ce titre, envisager la projection de      forces signifiait bien la possibilité de faire la guerre et notamment      d’entrer en premier. Lorsque B. Kouchner avait utilisé ce mot, rappelons      le tollé général qui s’en était ensuivi. En quelques mois, quel      changement !

  • En terme de capacités au service de      cette stratégie, le président a précisé que la France devait être capable      de déployer 30 000 hommes à

    8 000 km

    dans la zone pouvant avoir      une influence sur notre sécurité, c’est-à-dire entre l’Atlantique et      l’Océan indien. Le contrat des 50 000 hommes en projection est      abandonné mais personne n’était en mesure de le remplir. Celui de 1500      hommes équipés à

    8 000       km

    (voir dossier de presse sur www.defense.gouv.f)      reste une priorité … depuis 1998. Quelques priorités dans les équipements      sont données notamment dans la protection des personnels, l’aéromobilité      et le transport stratégique.

  • Pour financer ces capacités, la part      du PIB consacrée à la défense serait maintenue à 2% comprenant les pensions et la      gendarmerie .Jusqu’en 2011, le budget serait maintenu en      compensant l’inflation puis à compter de 2012 il serait augmenté d’1% par      an mais cela n’engage que le président en exercice aujourd'hui jusqu’en      2012. Il a été annoncé d’ici 2020 un investissement total dans la défense      de 377 milliards d’euros dont plus de 200 pour les équipements. A compter      de 2009, cela représente jusqu’en 2020 un budget annuel d’environ de 35      milliards d’euros sur onze ans (2008) mais cela comprend manifestement les      pensions ou encore la Gendarmerie.

Au bilan le format des armées est bien attaqué. Selon les derniers chiffres disponibles (début 2007), les effectifs du ministère de la Défense s'élevaient à 431 315 personnes, dont 350 159 militaires et 81 156 civils. De ce chiffre, il faut retirer les 105 389 personnels de la gendarmerie. La réduction annoncée de 54 000 portera donc sur un effectif de départ de 325 926 soit 271 596. Pour 2014, les forces armées, civils compris et hors Gendarmerie, seront de 225 000 personnels. Il faut supposer que les effectifs non attribués correspondent à ceux de la DGA et des services. Pour les armées, cela signifie :

  • 131 000 pour l’armée de terre      soit 88 000 soldats constituant une force opérationnelle terrestre,      sans doute avec du soutien ( ?) si l’on se réfère au dossier de      presse d’accompagnement sur www.defense-et-republique.org,      au lieu de 154 000, y compris pompiers et IUSC (10 000) et 24 000      civils.

  • 50 000 pour l’Armée de l'air au      lieu de 70 067

  • 44 000 pour la Marine au lieu      de 54 683.

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13 juin 2008

La défense sinistrée, sacrifiée ou dernier domaine possible pour exister internationalement ?

 

Dans l’angoisse et la désespérance, les armées sont dans l’attente du pire qui s’annonce plus catastrophique que prévu selon les rares rumeurs qui circulent. Les états-majors se taisent et préparent sans doute les éléments de langage pour faire accepter les décisions à venir.

En effet, la « bonne parole » sur le Livre blanc sera communiquée par une intervention de 45 minutes du président de la République le mardi 17 juin. Elle sera diffusée en direct à 11h00 du matin. Qui sera à cette grande réunion de la Porte de Versailles ? Il n’y a pas vraiment d’information. Ce qui est intéressant en revanche, c’est que cette action de communication se fera le jour de la grève de la fonction publique et selon J. Guisnel du Point en présence de 500 civils des autres ministères. On peut deviner les objectifs, d’abord montrer aux autres ministères qu’il y a au moins un ministère qui se réforme sans manifester, ensuite faire passer médiatiquement au second plan la grève des fonctionnaires à moins qu’ils ne s’invitent à la Porte de Versailles ?

L’instrumentalisation des militaires « bons élèves » se poursuit. Après tout, le président de la République l’a bien écrit : « En la matière, le ministère de la défense s'est toujours comporté de façon exemplaire. L'efficacité dont vous avez fait preuve pour conduire la professionnalisation en témoigne. Je vous fixe un nouvel objectif, celui de parachever la réforme de 1997 et d'adapter notre défense au XXIe siècle. (…) Je sais le sens de l'intérêt général et la discipline intellectuelle qui vous animent. Je sais la fierté que vous avez de servir votre pays » … au point d’accepter presque de disparaître comme acteur institutionnel ! Nous pouvons espérer que les militaires présents à la Porte de Versailles n’applaudiront pas aux propos du président de la République et qu’ils sauront garder un silence… réprobateur tout aussi exemplaire.

Nous pourrions espérer aussi que tous les chefs d’état-major d’armée démissionnent en bloc s’ils jugent que l’avenir des armées était menacé. Certes, et nous le savons, il y aura toujours des « petits camarades » prêts à prendre la place. Mais justement l’exemplarité est peut-être là, notamment vis-à-vis de leurs subordonnés. L’institution en serait néanmoins grandie surtout si les successeurs potentiels refusent aussi les postes. Que pourraient-ils faire de plus s’ils veulent être suivis ? et puis laisser dans le Monde et dans Valeurs Actuelles aux seuls officiers généraux en seconde section comme le général Thomann (merci mon général) le soin d‘exprimer l’avis général, cela peut-il durer encore longtemps alors que les forces armées ne cessent d’être sollicitées ?

Cependant, outre la lettre du 30 mai, cette semaine révèle un certain nombre d’informations en politique étrangère et dans le domaine de la défense qui peuvent éclairer ou faire évoluer la stratégie à long terme supposée de l’exécutif.

  • La Lettre      du 30 mai souligne d’une manière anodine que ce monde n’est « pas      nécessairement plus dangereux ». Si le président de la République      pense cela, mais qu’il envoie 700 hommes de plus en Afghanistan, des      équipes de plus en plus importantes de soldats français comme conseillers militaires      dans les forces afghanes tout en créant une base à Abou Dhabi, une clé      doit nous manquer.
  • La lettre spécifie aussi que « l'Europe de la défense doit affirmer ses ambitions ». (…)      Elle affirme « notre ambition pour      l'Union européenne comme notre place au sein de l'OTAN ». Or, la réunion bilatérale allemande de      ces jours-ci abordait la question de la défense. Une armée européenne      était évoquée (position soutenue par le ministre allemand des affaires      étrangères) dans les journaux (comme dans les cabinets socialistes avant      2002 en France avec une armée de terre d’environ 60 000 à 80 000 hommes au lieu de 138 000, on verra le 17 si      l’influence de l’ouverture va jusqu’à cela) et la France devrait avoir le soutien      de l’Allemagne pour compléter le texte sur la stratégie      européenne de sécurité adopté en 2003. Inquiétant !
  •  Aujourd'hui le vote négatif par référendum      (ce qui est justice lorsque l’on voit comment Nicolas Sarkozy a contourné      le vote populaire des Français contre le traité européen) de l’Irlande sur      le traité de Lisbonne remet en cause l’Europe et donc celle de la défense      sur laquelle la France voulait faire effort.
  • Reste donc      l’OTAN et notre réintégration à notre juste place. Problème, nous sommes      intéressants pour l’OTAN car nous sommes une puissance militaire aujourd'hui      et la question après le 17 juin sera pour combien de temps. Il ne suffit pas      de dire (et on dit beaucoup !) mais aussi de pouvoir. Ensuite, cette      place impose la mise en place de près de mille cadres officiers et sous-officiers.      Cela a un prix et il n’est pas certain que l’argent soit là puisqu’il faut      déflationner les effectifs pour préserver notre budget. La présidence de      la France est donc mal partie.
  • Si l’on      ajoute le scandale de l’invitation du président syrien au 14 juillet mais      aussi le refus de la Libye de l’Europe pour la Méditerranée malgré l’accueil      tout aussi scandaleux sur notre territoire, on peut douter du succès de la      politique étrangère de la France au moins en Méditerranée, sans oublier l’abandon      inéluctable de l’Afrique.

Il faut se demander s’il ne restera pas pour exister au président de la République le seul pré carré de l’intervention extérieure pour « défendre nos intérêts stratégiques, respecter nos alliances et assumer nos responsabilités internationales ». Il devrait donc faire attention à ne pas rendre impossible cette dernière liberté de manoeuvre par les réformes annoncées.

Loin du refus des réformes qui peuvent nécessaires pour certaines (mais cela fait plus de vingt ans que cela dure !), c’est la brutalité (mot à la mode) de la méthode qui peut susciter de fortes réactions négatives.

Sur le fond, c’est aussi le doute sur cette mise en oeuvre de cette réforme ou de cette … destruction programmée. Certes Nicolas Sarkozy affirme que « les économies dégagées seront intégralement réinvesties dans la défense, d'une part au profit de la condition du personnel, d'autre part dans la modernisation et le renouvellement de vos équipements. Le budget de la défense ne baissera pas ». Combien coûteront les déménagements ou les fermetures de quelque 360 sites, même sur six ans, la construction d’un pentagone à la française ? Comment peut-on vraiment croire que l’argent sera disponible et donc que la condition militaire sera améliorée ?

Et pour clore, comment réagir lorsque l’on apprend par le blog de JD Merchet que la protection du ministère de la défense sera donnée à une société privée ? Effectivement, il n’y a plus de raison que les gendarmes détachés au ministère de l’intérieur à compter de 2009 protègent le ministère de la défense. Mais donner à des civils la mission de protéger le ministère de la défense, où allons-nous ? Vont-ils avoir des armes ? On ne sait jamais si des militaires voulaient s’échapper de la rue Saint Dominique… Et si l’on prend la même source, il n’y a plus d’argent pour les armées mais la présidence envisage d’acquérir un avion présidentiel plus performant, bien sûr pilotée par des militaires alors que l’arrivée de l’avion Airbus 400M sera reportée. Les militaires seront encore dans des « bétaillères » ou « transall » vieux de quelque 40 ans. Nous n’avons vraiment pas les mêmes valeurs.

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10 juin 2008

La Lettre du président de la République aux armées

Nicolas Sarkozy s'exprimera solennellement devant 3 000 personnels de toutes les armées le 17 juin 2008 au Parc des expositions de la porte de Versailles. Selon la presse, il y aurait aussi 500 responsables de ministères civils, sans doute pour les convaincre de l’utilité des réformes et de l’adhésion à ces réformes.

Cet exercice inhabituel depuis De Gaulle selon Jean Guisnel (Le Point) et fortement médiatisé a pour objectif de présenter les résultats du Livre blanc avant que le texte ne soit officialisé au Conseil des ministres (avec plus de deux mois de retard sur le calendrier initial). Il a été annoncé par une lettre du président de la République en date du 30 mai expliquant les enjeux des réformes à venir et adressée à tous les personnels militaires et civils de la Défense (www.defense-et-republique.org). Le ministre de la Défense pourrait annoncer début juillet les mesures concrètes, en fait les restructurations déjà dévoilées par le Point le 17 janvier 2008 et détaillées le 20 mars. Le futur Livre blanc est certes cité en référence mais l’objet de ce grand show qui aurait pu être une communion entre le chef des armées et la communauté militaire, est de présenter les réformes à venir. La logique budgétaire est donc prioritaire et non l’élaboration de la stratégie de la France qui justifie les réformes déjà décidées.

Dans le cadre général des réformes en cours en France, il est certain que cet exercice n’aurait pas pu se faire avec les fonctionnaires ou d’autres catégories sociales. En revanche, « montrer » la réussite d’une réforme avec une catégorie la « soutenant » (pas de grève, pas de commentaires) entre dans l’instrumentalisation de cet événement et donc dans la campagne de communication du gouvernement. Ainsi, dans sa Lettre, Nicolas Sarkozy fait appel au sens de l’intérêt général des militaires (c’est habituel) et à la « discipline intellectuelle » (en gros j’ai décidé, vous exécutez, cela fait mal mais cela est pour votre bien et pour celui de la France). En parallèle, les consignes sont données en interne pour que les chefs maîtrisent leurs troupes afin d’éviter tout débordement devant une grogne montante et une expression possible.

Le président de la République déclare aussi qu’il a rencontré un grand nombre de militaires. Il ne rappelle pas dans quelles conditions, étant toujours pressé et il n’est pas sûr qu’il puisse donner le nom de l’un d’entre eux. Sa campagne de communication est orientée depuis janvier 2008 vers la création d’images opportunes pour montrer qu’il est au contact de la communauté militaire. Cependant quelques faits surnagent.

Ainsi, la dernière cérémonie du 21 mai 2008 aux Invalides destiné à rendre un hommage aux opérations extérieures et à remettre des décorations a été un grand moment … de rupture et d’incompréhension. Le général Cann élevé à la dignité de Grand’croix de la Légion d’honneur n’en est pas revenu, pas plus que les familles. Le président de la République était pressé, la cérémonie militaire trop longue, la remise des décorations à ces anciens combattants manifestement une corvée alors que paraît-il une remise de légion d’honneur à Christian Clavier, beaucoup plus intéressante, attendait à l’Elysée. En résumé, une rupture dans le protocole, dans le respect dû à ceux qui avaient servi la France par les armes, un manque de chaleur du chef des armées envers la communauté militaire, familles comprises.

Et il est rappelé dans la Lettre du 30 mai à la communauté militaire que le défi de la réussite des réformes sera le résultat d’un travail commun entre le chef des armées et des armées. Avec un Livre blanc auquel peu de militaires participaient, eux-mêmes ignorants encore aujourd'hui ce qu’il a été retenu ? Où les décisions sont manifestement prises avant sa rédaction ? Est-ce qu’enfin la place des militaires au sein des institutions a été revalorisée pour mieux agir au service de la France ? En fait, il s’agit d’un affaiblissement grave des forces armées et de leurs capacités d’action. Cette rupture est surtout celle de la rupture du contrat de confiance entre les armées et le chef des armées, ce dont il ne mesure pas les conséquences.

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Perspectives pour la nouvelle restructuration des armées avant la prochaine…

Pour arriver à disposer des équipements modernes entrant ensemble en phase de production seulement maintenant en raison des retards accumulés avant 2002 pour des raisons budgétaires, il faudrait augmenter le budget de 3 milliards d’euros dès l’an prochain, de 4 à 5 milliards à partir de 2011. Or le candidat Nicolas Sarkozy s’est engagé à maintenir l’effort de défense à 2% de la richesse nationale (sans les pensions, ce budget s’établit en réalité à 1,7% du PIB). Cela ne veut pas dire l’augmenter. Il faut donc obtenir la même efficacité avec « moins », discours habituel depuis des années (pas de rupture donc).

Globalement, il y aura une réduction de 15% du format général de la Défense avec 30 000 postes non renouvelés sur cinq ans au titre de la RGPP et une remise à plat de l’implantation territoriale, soit un total estimé à environ 54 000 postes. S’ajoutent les conséquences du Livre blanc. Les communes bénéficiant d’une présence militaire tomberont de 471 à 190.

o Le contrat opérationnel fixé à l'armée de terre serait de déployer 30 000 hommes à l'extérieur (aujourd'hui environ 11 000 hommes sont projetés pour quatre mois soit 33 000 par an), auquel s'ajoutera une capacité de 10 000 hommes ayant vocation à intervenir sur le territoire national, ainsi qu'une « réserve » de 5 000 soldats. L’armée de terre devrait perdre 23 000 hommes et quelque 3 000 civils alors qu’elle fournit 80% des effectifs en opérations (pour 15 % du budget des armées). Or, l'armée de terre doit maintenir ses capacités de déploiement prioritaires : capacité à entrer en premier en zone hostile dans un conflit de type « irakien", capacité à être « nation-cadre » (conduire les opérations militaires engagées par une coalition internationale), capacité à agir dans des opérations de soutien de la paix.

o L'armée de l'air devrait disposer d’une capacité de projection de 70 avions de combat (100 actuellement). La marine devra pouvoir aligner une vingtaine de frégates de premier rang (La Marine tablait sur 25), ainsi qu'un groupe aéronaval autour du porte-avions Charles-de-Gaulle.

o L’armée de l’air (65 000 personnels) aurait une réduction de 25 % de son format (250 appareils au lieu de 300) Il y aura moins de Rafale (heureusement les Emirats Arabes Unis en acheteraient), l’arrivée des Airbus A400M sera retardée au détriment des capacités de projection.

o La Délégation générale pour l’armement serait réduite de 30%.

o La gendarmerie devrait supprimer jusqu’à quatre écoles (sur une vingtaine) avec une déflation de 1 400 postes.

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13 mai 2008

Lettre Défense et République du 13 mai 2008 en ligne

Enfin une lecture pouvant susciter quelque réactions sur la réforme de la Défense mais pas uniquement.

Le sommaire annonce des sujets variés qui sont d'actualité..

Sommaire de la Lettre du 13 mai 2008 (à télécharger sur www.defense-et-republique.org)

Désinvolture du politique et désillusions du soldat 1

Les grands chantiers de la défense 2

Grogne dans les armées 8

La Chine, une puissance militaire montante inquiétante 8

Le 13 mai du général Salan 12

La prochaine parution est prévue en septembre.

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24 février 2008

Une erreur stratégique : l’oubli de l’arme de l’agriculture

Dans la réflexion stratégique de nos dirigeants à la lecture de leurs derniers propos sur la défense et la sécurité, l'arme agricole comprise en tant que source d'alimentation et d'énergie semble un sujet bien absent comme objectif stratégique.

Certes, on parle de l’alimentation dans le cadre du pouvoir d’achat mais la vision est à court terme. Il y a quelques années, le « pétrole » était vert pour la France. Cela est d’autant plus vrai aujourd’hui dès lors que les marchés existent, que les terres se raréfient ailleurs, que les prix montent.

  • On estime à 28,5 millions de bouches supplémentaires à nourrir par an - la population doit passer de 6,5 milliards aujourd'hui à environ 9 milliards dans la deuxième moitié du siècle. La Chine et l'Inde changent leurs habitudes alimentaires.

  • Le 1er février 2008, la revue Science a publié les prévisions de l'université Stanford de Californie selon lesquelles le sud de l'Afrique pourrait perdre plus de 30 % de sa production de maïs, sa principale récolte, d'ici à 2030. De leur côté, l'Indonésie et l'Asie du Sud-Est verraient leurs principales cultures diminuer d'au moins 10 %.

  • Sur un an, l'indice des prix de la FAO, l'organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, a bondi de près de 36 %.

Plusieurs facteurs se conjuguent : l'augmentation de la demande, la stagnation de l'offre et les coûts croissants du transport maritime. En raison d'aléas climatiques, les récoltes ont souvent été médiocres voire mauvaises. Les stocks n'ont jamais été aussi bas depuis trente ans. L'Europe, qui croulait jadis sous ses réserves (et est bien responsable de ce manque de vision stratégique au profit d’une vision comptable), devrait cette année importer 15 millions de tonnes de céréales. Elle a autorisé la remise en culture des terres en jachère. La flambée des cours du pétrole provoque, de son côté, un double effet négatif : elle renchérit le coût du transport maritime, qui représente désormais le tiers du prix des céréales. Surtout, elle rend les biocarburants de plus en plus attractifs. Sucre, maïs, manioc, oléagineux sont donc détournés de leur finalité nourricière. Mais on découvre aujourd'hui les effets négatifs de ces biocarburants sur l’écosystème.

Or, l’homme a besoin avant tout de manger et de boire pour survivre, avant même sans doute le pétrole. La France se trouve alors en situation stratégique privilégiée et le Salon annuel de l’agriculture nous le rappelle très opportunément ces jours-ci.

Mais cette vision stratégique doit se dégager de la seule prise en compte de l’aspect « développement » et d’une certaine « sensiblerie » de bon aloi. Certes, les Etats et les populations soumis aux crises alimentaires doivent être aidés. Cependant l’arme stratégique de l’agriculture fait effort sur le long terme comme toute stratégie et sur la place que l’alimentation pourrait donner à la France pour peser sur les relations internationales au même titre que le pétrole.

Cette place nouvelle des terres et de l’alimentation, sinon de l’eau, a aussi pour conséquence « l’attirance » futures des populations démunies vers nos terres et nos ressources. Les migrations futures incontrôlées ne seront pas seulement celles de la recherche d’un emploi mais aussi celle de la faim. Les frontières devront pouvoir être protégées efficacement. Cela doit être envisagé dans le Livre blanc et les capacités militaires française et européenne pour ne pas se trouver dans la situation de l’Empire romain au début du premier millénaire, avec une Europe soumise à toutes les invasions avec à terme son éclatement.

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03 février 2008

Les réductions d’effectifs et pauperisation de l’armée de terre

Après la grogne sociale de la « base » lors du conseil supérieur de la fonction militaire en décembre, les généraux montent au créneau pour exprimer une certaine exaspération devant la déficience des moyens accordés pour remplir les missions. Ainsi, le général d’armée Cuche, chef d'état-major de l’armée de terre a transmis une lettre au chef d'état-major des armées.

Le constat est simple : l'armée de terre assure 85 % des effectifs des opérations extérieures mais ne bénéficie que de 15 % des crédits d'équipement. En outre, disposant des plus importants effectifs, elle est une cible de choix pour les réductions d’effectifs alors qu’elle ne dispose que de 120 000 officiers, sous-officiers et soldats.

De fait, cette lettre souligne que « la réalisation des programmes d'équipement a été minorée de 40 % en 2006 par rapport aux contrats de gestion initiaux, et par une non-réalisation de 46 % des besoins prévus pour 2007. Cette dérive semble se poursuivre en 2008, avec une réduction d'au moins 15 % pour les programmes d'équipement par rapport à un niveau d'engagements envisagé de 1,051 milliard d'euros. Sur 259 programmes prévus sur les deux dernières années, seuls 176 ont été financés » (Le Monde du 26 janvier 2008).

En parallèle, sans attendre le Livre Blanc définissant la future politique de défense et donc les missions dont il faut déduire les capacités pour les assurer, il est annoncé par des déclarations ministérielles la diminution des effectifs. En cinq ans, l’armée de terre perdrait entre 10 000 et 12 000 postes dans le cadre de la réduction de 30 000 personnes à raison de 6 000 postes par an non remplacés lors du départ à la retraite. 20% des implantations de l’armée de terre sur 180 seraient supprimées (les armées disposent de 1857 emprises hors Gendarmerie). A la veille des municipales, les communes s’inquiètent à travers la presse régionale et à juste titre en raison du poids économique des implantations militaires. Les unités devraient être moins nombreuses mais plus importantes en effectifs selon le ministre de la défense, regroupées éventuellement en interarmées pour mutualiser autant que possible le soutien. Il sera aussi recherché « une plus grande complémentarité entre l’armée et la police », en espérant que cela ne sera pas au détriment de l’autorité militaire.

A nouveau, les armées sont dans la tourmente pour une nouvelle restructuration. On peut constater que, malgré les signaux d’avertissements, l’expression même d’une certaine grogne, l’attitude politique reste méprisante. Il faut en tirer les conclusions qui s’imposent pour chaque soldat-citoyen. Le militaire n’est pas considéré, ni écouté, dispose de moins en moins de moyens mais reste corvéable à merci.

Selon le ministre de la défense, « L'effort qu'on demande aux armées est l'effort qu'on demande à l'ensemble du système public ». Il n’est pas certain que le pourcentage des départs non renouvelé soit identique dans toute la fonction publique. La « volonté » du gouvernement est que « l'ensemble des crédits de 37 milliards d'euros » soit destiné à la capacité de défense, à savoir les forces opérationnelles. La réorganisation « nécessaire » du ministère de la Défense permettrait d’économiser entre 1 et 1,5 milliard d’euros par an. Les économies seraient affectées à « l'amélioration des conditions du personnel et à l’équipement des forces ». Nous verrons en 2009 si effectivement l’amélioration de la condition du personnel est sensible.

A court terme, pourquoi voter pour un gouvernement qui semble tellement prendre à la légère les inquiétudes des militaires ? Certes, les élections locales ne sont pas le meilleur test électoral qui soit, sauf peut-être dans les villes de garnison qu’il faudra donc observer de près.

Posté par DR2007 à 19:54 - Politique de défense - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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