Défense et République

Débats sur la défense nationale et la sécurité intérieure

07 février 2009

En Afghanistan, bientôt le printemps

Le printemps arrive. Bientôt les talibans vont reprendre l’offensive une fois que le terrain sera plus praticable. Ils y ont tout intérêt.

Pourquoi ?

Faire échouer les élections présidentielles afghanes de septembre 2009.

A quel moment ? sans doute entre mi-avril et juin

  • Ne pas      agir avant le sommet de l’OTAN à Strasbourg pour son 60e      anniversaire les 3 et 4 avril prochain afin de ne pas donner le prétexte à      un renforcement des forces de l’OTAN
  • Jouer      sur les élections européennes en juin 2009 qui peuvent avoir un impact      national dans les Etats européens concernés ;
  • Accroître      le coût humain de l’engagement militaire de l’OTAN et le coût économique      pour des nations hésitant à financer une guerre qui ne les concerne pas      directement, alors que la crise économique est là.
  • Ne      pas attendre que les 30 000 soldats américains supplémentaires soient      totalement déployés.

Et la France ?

Le moins que l’on puisse dire est que le discours gouvernemental depuis deux mois est prudent et ne laisse pas supposer un quelconque renforcement malgré les besoins opérationnels. On assiste par ailleurs au retrait partiel de nos forces en Afrique ( - 2100 hommes en R.C.I., au Tchad et en RCA sur des 13.290 militaires français déployés dans 33 opérations extérieures.) déclaré à l’occasion du vote par l'Assemblée du 28 janvier sur la prolongation des cinq opérations militaires françaises en Côte d'Ivoire, au Kosovo, au Liban, au Tchad et en Centrafrique. Il est vrai que le coût des OPEX est de 860 millions d’euros au lieu des 475 prévus par le budget.

Le président de la République a pourtant fait preuve de volontarisme cet été pour déployer 700 soldats de plus. Certes, aujourd'hui, il faudrait expliquer à nos opinions publiques un engagement supplémentaire mais faut-il attendre des pertes supplémentaires pou entraîner une réaction de ce type alors que nous sommes en guerre ? Ne faut-il pas mieux s’engager résolument pour obtenir un résultat positif sur le terrain d’autant que l’on veut devenir un « grand » dans l’OTAN à partir d’avril 2009. Obtenir deux postes importants, un commandement stratégique aux Etats-Unis (Norfolk) et un commandant opératif à Lisbonne, affecter sur trois ans de 900 officiers et sous-officiers au coût certain et en pleine déflation d’effectif, doivent être payés de retour et la contrepartie devrait être un engagement accrue de nos forces en particulier en Afghanistan malgré les dénégations répétées des décideurs politiques et militaires depuis décembre 2008.

Cependant quand on s’engage dans un conflit, même du type afghan, c’est pour le gagner en l’occurrence, en interdisant aux talibans extrémistes de venir au pouvoir. Il s’agit bien de les traquer pour ne pas leur laisser l’initiative et donc de les mettre en permanence sur la défensive.

Pour cela, il faut des forces suffisantes, équipées, motivées par l’attention qu’on leur porte et crédibles, déployées à temps pour anticiper et connaître le terrain. Cela s’exprime pour un soldat par les moyens qui lui sont accordés en fonction de la mission, à moins que nous ne fassions que de la gesticulation en Afghanistan à défaut d’une politique réelle ? Or, l’enjeu est politique avec une action militaire forte avec pour objectif d’empêcher les talibans de faire échouer les élections en Afghanistan.

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03 novembre 2008

Le renouveau de la guerre en Afghanistan

Situation

Depuis le 18 août 2008, la guerre en Afghanistan s’est installée peu à peu dans les familles françaises. Les embuscades se sont naturellement poursuivies contre la progression française dans la province de Kapica où l’OTAN a déployé les forces françaises. Un poste de missile anti-char a été perdu mais ce n’est pas « grave » dès lors qu’il n’y a pas de pertes humaines. Cependant, l’aptitude de nos soldats à passer du soldat humanitaire au soldat-guerrier n’est pas acquise. Les conditions du combat sont en outre particulièrement contraignantes. Même faire des prisonniers de guerre n’est pas possible car nous ne sommes pas en guerre et les détenus (au sens de la convention de Genève) sont remis à l’armée afghane. Pas gagnée la guerre de contre-insurrection ! Si l’on ajoute la faiblesse des moyens et des effectifs, il va falloir revoir le dispositif pour être une force crédible avec des résultats réels sur les insurgés.

Pendant ce temps, de nouveaux renforts américains soutenus par les deux candidats à la Maison Blanche arrivent en Afghanistan pour renforcer les 70 000 soldats de la coalition. L’armée de terre ajoute 3 500 soldats de la 10ème division de montagne renforcés de plusieurs milliers de sapeurs, de personnel du renseignement et de logisticiens. Le corps des marines envoie 2 000 hommes avec ses propres capacités de transport aériens.

Sur place, selon les journalistes occidentaux, les Afghans attendent la sécurité et blâmeraient les pertes civiles causées par la coalition (150 personnes mais 750 tuées par les Talibans en 2008). Les Talibans sont particulièrement aptes à la propagande. Soulignons quand même que les forces américaines ont réalisées plus de 600 raids nocturnes, opérations éminemment soumises aux bavures mais au bilan les pertes civiles sont faibles.

Les combats s’intensifient donc surtout avec des élections s’annonçant en 2009 et le début des opérations de recensement en Afghanistan.

Pourquoi s’engager plus ?

Et la France, comment peut-elle se vanter d’avoir un tel budget de la défense et une ambitieuse loi de programmation militaire pour les cinq années à venir si elle ne peut vaincre une insurrection ? Mais d’abord, qu’est-ce que vaincre une insurrection pour sortir de l’affirmation stupide « Il n’y a pas de solution militaire » entendue en permanence. En effet, fait-on la guerre pour seulement avoir une victoire militaire ? Il s’agit bien d’une victoire politique que l’on veut. En l’occurrence, en Afghanistan, nous ne voulons pas que les talibans extrémistes reviennent au pouvoir et qu’ils donnent une base arrière au terrorisme international. S’ajoute aussi la lutte contre la drogue. 10% seulement de l'héroïne consommée aux Etats-Unis provient d'Afghanistan, contre 80% de l'héroïne consommée en Europe.

Le retour de la contre-guérilla

Le combat contre les talibans remet en vogue la guerre antiguérilla, sur le modèle que l'armée française a connu en Algérie.

Le général David Petraeus, le nouveau patron du Centcom depuis le 31 octobre, le commandement central américain, qui supervise les opérations militaires à l'étranger en est bien convaincu alors que l'Irak et l'Afghanistan ont replongé les armées occidentales dans la contre-guérilla. Or la contre-insurrection a été théorisée notamment par David Galula, saint-cyrien atypique, dans un livre - Contre-insurrection. Théorie et pratique - paru en anglais en 1963 et préfacé par le général David Petraeus. Celui-ci a rendu la lecture de Galula obligatoire aux officiers en partance pour l'Irak. Comme toujours, nul n’est prophète dans son pays et les leçons de Galula ont été enterrées en France.

Une première règle sera donc de dissocier le front apparemment unique des Talibans. En effet, il faut distinguer les nationalistes des radicaux islamistes, les combattants étrangers djihadistes aussi tout aussi rejetés par la population locale. Il faut aussi prendre en compte les rivalités ethniques comme les interventions des trafiquants de drogue. Ceux-ci ont intérêt à ce que l’Afghanistan reste une zone de non-droit. L’acceptation le 10 octobre par l’OTAN de la demande du gouvernement afghan de contribuer à la guerre contre la drogue leur donnent le prétexte de combattre la coalition bien que elle était déjà bien engagée dès lors que l’Otan s’engageait vers le Sud de l’Afghanistan. La vision occidentale d’un front unique Taliban est donc partiellement faux, hormis que tous sont unis contre la coalition mais pour des raisons différentes. Il faut donc identifier les interlocuteurs influents parmi cette mouvance.

Les forces françaises au combat

Cependant il ne suffit pas de combattre l’ennemi. Il faut aussi en avoir les moyens.

Comme nous l’avions écrit il y a deux mois, l’équivalent d’une brigade devrait être déployé dans la zone française avec l’ensemble des moyens dont un chef militaire doit disposer pour rendre la vie difficile à un insurgé. C’est aussi la fin de la mutualisation des moyens militaires (mise en commun pour des raisons d’économie des moyens militaires au niveau de la coalition).

Cela signifie aussi une formation à la contre-guérilla ce qui n’est pas vraiment le cas en France.

Cela signifie rester plus longtemps sur le terrain (pas uniquement quatre mois) soit entre six mois et un an pour garder le contact avec la population et développer la confiance. Cela conduit à organiser le tuilage des unités, les permissions pour récupérer, enfin terminer la constitution d’unités de bric et de broc (la modularité).

Enfin, l’avenir est la formation, le déploiement et le soutien de l’armée afghane qui devrait passer de 65 000 à 125 000 hommes dans le cadre de l’afghanisation de la guerre. C’est son pays et sa guerre. Or sa volonté à gagner le conflit malgré les déclarations n’est pas convaincante. Nous serons donc présents longtemps y compris comme conseillers militaires.

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03 septembre 2008

TF1, un remarquable et inquiétant documentaire sur la guerre en Afghanistan

TF1 a diffusé le 2 septembre, mais à une heure tardive, un remarquable documentaire sur la guerre en Afghanistan. Si l’on s’en tient aux simples reportages sur les forces au niveau tactique, on peut s’inquiéter sur leur capacité à agir. Voir un groupe de combat incapable de distinguer l’ennemi qui lui tire dessus pendant des heures, attendre aussi un appui aérien ou autre pendant presque les mêmes délais, passer dans un village et dire que les Afghans rencontrés sans s’arrêter étaient peut-être proches des combattants, courir sous le feu des centaines de mètres sans pertes laissent quelques doutes sur l’efficacité du combat auquel nous avons assisté.

Constatons encore que ce groupe de combat n’était pas appuyé, n’avait pas de capacités de reconnaissance des lignes de feu ennemies, a été finalement laissé à lui-même et s’est révélé comme une prémonition des résultats de l’embuscade du 18 août.

Sans doute que des drones tactiques qui existent pourtant auraient pu l’aider pour ne pas tirer sans but ou presque, que contrôler la présence de poudre sur les mains des villageois rencontrés à proximité du combat aurait pu être productif, qu’enfin l’accompagnement d’appuis dignes de ce nom aurait procuré une certaine efficacité.

Ajoutons que le feu du combat n’a pas incité le groupe de combat à aller débusquer l’ennemi et que finalement, le groupe regardait, tirait presque au jugé et s’est replié. Sans préjuger des ordres reçus ou de la présence de l’équipe de journalistes dont il fallait sans doute assurer la sécurité, ,je ne sais si nos anciens en Indochine et en Algérie auraient agi ainsi. L’agressivité au combat et donc la recherche de l’ascendant sur l’ennemi a été, semble-t-il, inexistant et donc le bilan aléatoire. Mais il est vrai que nous ne sommes pas en guerre!

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29 août 2008

Le « parler vrai » du général Puga

Lors de la conférence de presse du ministère de la défense du jeudi 28 août, le général de corps d’armée Puga, légionnaire et parachutiste, a expliqué les conditions de l’embuscade qui a tué dix soldats en Afghanistan. Osant parler d’une « mission réussie » et de « sacrée raclée » donnée aux Talibans, il a suscité des réactions indignées notamment du père d’un des soldats tués.

Cette dernière attitude est compréhensible venant d’un père ayant perdu son fils. Cependant, son analyse sur la notion de mission remplie sinon sur le « Pourquoi ils sont morts » pris dans le sens politique n’est pas pertinente. En revanche, au niveau tactique où ils ont été engagés et justifiant le « Pourquoi ils sont morts », ces soldats ont permis la destruction de près d’une centaine d’ennemis (ou adversaires, car quel est le bon terme pour qualifier les talibans dans le discours politique quand on n’est pas en « guerre »?).

Cette attitude exprime de fait cette dérive de notre société sur l’incompréhension des buts de guerre, de paix, de victoire ou de défaite. C’est aussi cette dérive sur la notion de recours à la force. En rappelant en permanence que le recours à la force est seulement un moyen ultime comme l’ont fait Jacques Chirac puis Nicolas Sarkozy (le Livre blanc affirme aussi cela), que le mot « guerre » est à réfuter comme l’a fait le ministre de la défense et d’autres avant lui, comment expliquer aux citoyens que des opérations militaires sont avant tout des action de combat avec des pertes et des finalités à court, moyen et long terme, que cela signifie aussi que l’emploi des soldats implique la destruction physique de l’ennemi au prix, certes et malheureusement de plusieurs d’entre nous dont le sacrifice doit être honoré et les proches soutenus.

La mission est donc réussie au moins au niveau tactique en fonction des pertes recensées. En revanche, au niveau de la perception des talibans, il est certain qu’ils ont obtenu un succès stratégique qui valait sans doute la perte de près d’une centaine de leurs combattants.

Le discours politique doit donc changer vis-à-vis des citoyens sur les opérations militaires. Il doit accompagner les décisions avec une vraie stratégie d’information pour éviter que l’opinion publique ne s’oppose à terme aux opérations, et c’est inéluctable en démocratie dans une guerre longue qui n’engage pas directement la survie de la nation. Il doit enfin ne pas ignorer la légitimité du recours à la force dans certains cas.

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26 août 2008

Un nécessaire engagement militaire français accru en Afghanistan

La meilleure réponse de la France à l’embuscade qui a tué nos dix soldats est un engagement accru sur le terrain. Je l’avais déjà écrit précédemment mais cela ne peut pas se limiter à des Forces Spéciales déjà bien occupées. Des unités complètes et organiques devraient être déployées pour être crédibles et l’équivalent d’une brigade ne serait pas une stupidité militaire.

Le retour d’expérience de cette embuscade n’est pas encore connu publiquement . Le général Stollsteiner, un général parachutiste français respecté, a reconnu que « nous avons pêché par excès de confiance » (Le Monde du 26 août). Il a constaté le manque d’appuis (reconnaissance aérienne, espérons aussi des canons d’artillerie et des mortiers comme j’en regrettais l’absence, il y a quelques jours) qui sont désormais accordés. Cette déclaration n’a pas, semble-t-il, fait plaisir au ministre de la défense. Encore un militaire qui s’exprime de trop ? Je crois surtout que les Français ont sous-estimé, sinon méprisé l’ennemi, et cela n’est pas pardonnable dans une armée professionnelle sans doute accoutumé à agir le plus souvent en « forces impartiales ».

Cependant, l’entraînement devra sans doute être amélioré. Comment accepter aujourd'hui que ce que nous apprenions à nos soldats contre les Soviétiques ait été oublié et soit appliqué sur nos troupes sans qu’elles sachent prévenir ou réagir ? En effet, contre une unité ennemie en progression, une embuscade vise à éliminer les chefs, ceux qui portent des postes de radios. Or, il semble bien que cela soit arrivé à l’unité française attaquée.

La question des équipements se pose. Ce n’est pas nouveau. Or, l’effort au profit du 8e RPIMA en terme d’équipements avait été très important. Le capitaine en retraite Bavoil, président d’adefdromil, rappelle que les soldats financent souvent leurs équipement individuels (on pourrait rappeler que cela a toujours été le cas et que ce qu’on achète soi-même est toujours mieux que ce que l’armée fournit). La question des munitions en quantité suffisante se pose aussi, alors que nous savons que nos stocks sont peu importants en raison de leurs coûts depuis plusieurs années.

Enfin, l’information venant de plusieurs sources circule d’une alimentation insuffisante de nos forces sur place. Comment faut-il comprendre cela et si l’intendance ne suit pas, où en sommes nous ?

Pour terminer, sans vouloir polémiquer, j’ai beaucoup entendu ces familles touchées par la perte d’un proche soldat ou simplement des citoyens dans la rue. Le commentaire, « on n’envoie pas des gens si jeunes », est revenu souvent. Faut-il envoyer des « vieux » mais à partir de quel âge est-on « vieux » ? Sans doute l’aguerrissement (cela fait sans doute le « vieux ») est important mais au bout de deux ou trois missions de quatre mois en opérations, certes de faible intensité, ne peut-on pas penser que ces soldats étaient aguerris ? Ce qui leur manquait était l’aguerrissement à la guerre. Il est sans doute temps que nos forces y soient confrontés malgré les tristesses que nous pourrons attendre sachant que d’autres nations connaissent cela depuis 2001 sans que cela ait bien ému nos concitoyens…

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24 août 2008

Guerre en Afghanistan et légitimité

Comme nous l’avions relaté précédemment, un sondage CSA/LE PARISIEN/ AUJOURD’HUI EN FRANCE (en ligne sur www.defense-et-republique.org) a été réalisé par téléphone le 20 août 2008 au domicile des personnes interviewées. L’échantillon national représentatif de 1008 personnes âgées de 18 ans et plus, constitué d'après la méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de ménage), après stratification par région et catégorie d’agglomération. Deux questions ont été posées :

« Vous savez que la France a envoyé, dans le cadre d'une opération de l'OTAN, des militaires en Afghanistan. De laquelle de ces deux solutions êtes-vous le plus proche ? »

« Sur ce dossier de l'Afghanistan, faites-vous tout à fait confiance, plutôt confiance, plutôt pas confiance ou pas confiance du tout au Président de la République Nicolas Sarkozy ? »

L’analyse a été faite sur le site de JD Merchet. (…) : « Parmi les plus hostiles à l'engagement afghan, on trouve les femmes (58%), les jeunes de moins de trente ans (64 %) ainsi que les ouvriers et employés (58%). L'opinion de gauche est hostile à 65% alors que l'opinion de droite y est elle favorable à 61% ». (..) Le sondage indique enfin que "sur le dossier de l'Afghanistan", l'opinion n'accorde sa confiance au chef de l'Etat que du bout des lèvres: 48% ont confiance, 46% n'ont pas confiance. »  

Fort de ces chiffres, cela donne 55% des Français pour le retrait des troupes et 36% pour leur maintien. Cependant JMD oublie de spécifier sur la seconde question que 80% de l’électorat de droite, donc la majorité électorale, a confiance dans la capacité de Nicolas Sarkozy à conduire cette politique. Cela peut modifier la perception de chacun sur le rôle du président de la République à conduire cette crise.

Or, JMD rappelle l’importance de la légitimité des opérations militaires comme « l'un des premiers devoirs de tout dirigeant politique ». Certes mais si 80% de son électorat soutient le gouvernement et 61% de son électorat l’engagement des troupes, n’est-ce pas une preuve de la légitimité de l’action ?

En outre, un sondage dans l’émotion est-il bien crédible ? En revanche, maintenir une soutien majoritaire à ces opérations militaires paraît un objectif cohérent et permanent. En démocratie, il y aura toujours une minorité agissante pour refuser le recours à la force même lorsqu’elle est légitime.

Sur cette question de la légitimité (voir aussi en ligne sur www.defense-et-republique.org, dossier sur la légitimité des opérations militaires (2008) par le centre de recherche et d’études militaires), le Livre Blanc exprime d’ailleurs la problématique actuelle :

(…) P74

– la légitimité d’une intervention militaire ne se limite pas à sa légalité au regard du droit international. Tout aussi importante est sa légitimité démocratique. Elle sera d’autant plus forte que, pour chaque engagement, les objectifs poursuivis seront transparents et que le soutien de la collectivité nationale sera exprimé, notamment par ses représentants au Parlement ;

 toute décision d’engagement militaire doit reposer sur une capacité d’engagement d’un niveau suffisant, sur la maîtrise nationale de l’emploi de nos forces et sur une stratégie politique qui vise le règlement durable de la crise et pas seulement la définition des conditions permettant le désengagement de nos forces ; (…).

 

Le vote de l’Assemblée nationale du 22 septembre, même fait après l’engagement militaire ancien de la France et  malgré quelques oppositions de droite, devrait conforter le gouvernement et Nicolas Sarkozy dans son action.

A condition que les troupes soient en mesure de remplir leurs missions et que de nouvelles pertes importantes ne viennent pas susciter des réactions d’opposition à cette longue guerre.

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22 août 2008

Afghanistan. Un « nouveau » chef des armées

Le président de la République a su jeudi exprimer à la fois la douleur de la perte de nos soldats en Afghanistan mais aussi la fierté de disposer de tels hommes au service de la France. Le discours de Nicolas Sarkozy (www.defense-et-republique.org), qui a manifestement su sortir du texte et parler en âme et conscience, était riche de sens et rappelait les valeurs qui nous animent : loyauté, sacrifice ultime et honneur. Avec cette épreuve de vérité dont beaucoup voulaient ignorer la possibilité, nous avons sans  doute aujourd'hui un chef des armées. Si c’est vraiment le cas, ces armées ne le suivront pas uniquement par esprit de discipline.

Nous pouvons tous être fiers de nos soldats. Sachons aussi réconforter leurs familles qui, parfois, ont exprimé une peine forte bien oublieuse de la finalité du soldat et du choix fait par leur mari, frère ou fils. Le soldat est formé et payé pour se battre au service de son pays.

Le sondage paru dans le Parisien confirme à nouveau cette fragilité de l’opinion publique française toujours prompte à faire la morale au monde et certainement pas à s’engager totalement. Selon ce sondage CSA, une majorité de Français (55%) souhaiteraient le retrait des troupes françaises du pays, "car la France s'enlise dans un conflit sur lequel elle n'a pas de prise". A l'inverse, 36% penseraient qu"'il faut maintenir les troupes, car elles participent à la lutte contre le terrorisme international". « 9% ne se prononcent pas ». Le Livre blanc est bien le reflet de cette pensée dominante et le président de la République est pris en contradiction.

Nicolas Sarkozy est aussi pris à sa propre démarche sur la participation du parlement au débat sur l’engagement de nos forces à l’extérieur. Une opinion publique peut désormais peser sur le vote des parlementaires amenés à valider ou non un engagement extérieur. Le chef des amées a créé une faiblesse dans sa prise de décision.

En effet, l’influence émotionnelle des familles touchées influe sur l’opinion publique et la volonté des dirigeants à assumer leurs responsabilités. Une guérilla efficace bien au fait des règles de la propagande moderne sait et saura utiliser cette faiblesse permanente d’une société pour qui la guerre ne peut exister ou exister seulement pour les autres. Pourtant, la France aurait dû se préparer à cela. Que ce soit aux Etats-Unis, au Royaume-Uni ou même en Russie, les familles des soldats sont une cible naturelle de l’ennemi car leur douleur légitime est aisément médiatisable.

Nos armées doivent être prêtes moralement, c’est-à-dire comprendre la guerre et ses enjeux qui dépassent le seul niveau de l’exécutant militaire. Celui-ci doit aussi avoir une conscience politique surtout dans une guerre idéologique comme celle qui est menée. On ne se bat pas et on ne meurt pas, aujourd'hui encore plus qu’hier, simplement parce qu’on est de métier.

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20 août 2008

Afghanistan : de la faiblesse psychologique de la nation

Le président de la République s’est rendu à Kaboul et a assumé ses responsabilités. Il a réaffirmé le combat contre le terrorisme, oubliant sans doute que ce n’est qu’un mode d’action et qu’une de ses principales causes du terrorisme est idéologique, l’islamisme radical. Finalement la meilleure réponse aurait peut-être été d’envoyer un bataillon de plus (1000 hommes) mais l’armée de terre n’aurait sans doute plus les moyens de répondre à ce type de réaction

Remarquons un nouveau changement. Ses conseillers en communication ont manifestement repris l’image américaine des soldats massés derrière le chef des armées qui s’exprime, montrant l’unité du chef des soldats et du chef des armées. La volonté au moins visuelle de combler la faille existante est présente et si c’est sincère tant mieux, car au moins Nicolas Sarkozy gouverne. Demain, nos morts seront honorés aux Invalides mais si cela devient trop fréquent, faudra-t-il garder ce cérémonial pour les prochains morts au combat ?

Cependant, peu à peu, la polémique est lancée en France.

  • Des soldats certes ayant vécu l’embuscade critiquent les erreurs supposées du commandement.

v C’est nouveau et le malaise des chefs militaires a été perceptible aujourd'hui que cela soit du colonel représentant les armées durant l’émission très instructive « C dans l’air » sur la Cinq, sinon des autres participants de l'émisison comme JD Merchet qui n’était pas dupe des réponses éludantes données. Certainement peiné des pertes subies du régiment qu’il a commandé, le chef d'état-major de l'armée de terre, Elrik Irastorza, intervenant sur France 2 était tout aussi mal à l’aise. quant au capitaine en retraite Bavoil, président de l’adrefdromil, il remontait au créneau comme "défenseur" des militaires.

v En effet, comment comprendre qu’une compagnie puisse progresser en zone hostile et peu patrouillée jusqu’à présent sans appui d’artillerie comme des mortiers, sans éclairage aérien. Une unité progressant sans appui « feu » est forcément vulnérable. Quant à la polémique sur l’appui aérien, venu trop tard ou mal adapté, encore une question à élucider. Cependant, sur les tirs fratricides éventuels qui auraient blessé des soldats français, sans que cela soit démontré, cela arrive lorsqu’on est au contact. En fait, c’est la guerre et personne ne l’avait dit.

  • Les réactions des familles éplorées ou des citoyens interrogés depuis deux jours interpellent. La fragilité des populations est une réalité. Accepter les opérations de guerre surtout lointaines devient insupportable pour les conjoints ou les parents, oubliant les choix volontaires à servir des soldats, hommes et femmes. Les absences en opérations de soutien de la paix sont « tolérées » : peu de risques, certes des absences fréquentes de plusieurs mois, et surtout des compensations financières, mais justifiées, qui ont fait accepter l’absence mais pas les risques du combat pour des familles de plus en plus fragiles. La communauté militaire est une illusion aujourd'hui car l’adhésion n’existe pas ou peu en raison de l’individualisme. Il est sans aucun doute temps de faire quelque chose pour réarmer moralement au moins la communauté militaire et pas uniquement avec des cellules de soutien psychologique.

Dans tous les cas, il est fondamental que les armées, les populations mais aussi les dirigeants prennent conscience que nous sommes en guerre pour longtemps. Cela signifie la construction d’un rapport de force moral et militaire favorable au service d’une envie commune de gagner.

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19 août 2008

Afghanistan : des soldats français morts au combat

Aujourd'hui, 10 soldats français ont été tués et une vingtaine d’autres blessés au combat et non dans une opération de soutien de la paix. Ces pertes étaient craintes dans les états-majors depuis le début de l’engagement important des forces françaises en Afghanistan.

Cependant, certains journalistes estiment ces pertes comme étant les plus importantes depuis les tués de Drakkar au Liban, cela étant curieusement d’actualité avec la présence du président Assad le 14 juillet. Cela pourrait même être une volonté talibane de faire coïncider cette attaque avec son 25e anniversaire. Cependant, Drakkar était un attentat, non une opération de guerre.

Or le mot « attentat » est même utilisé par une journalistes au 20 heures du 19 août pour qualifier ce combat. Les journalistes oublient aussi les 9 tués de la Force Licorne en 2004 (sans doute un accident du travail puisqu’il n’y a pas de guerre au sens juridique du terme) dans une autre opération de guerre menée à leur encontre. La confusion des esprits est donc de plus en plus évidente et le Livre Blanc confondant sécurité intérieure et sécurité extérieure en est le plus parfait exemple. Même si des liens existent dans la lutte contre l’ennemi extérieur et les menaces intérieures, la guerre est une chose trop sérieuse pour la laisser … aux amateurs. La réforme constitutionnelle de juillet n’a pas apporté de clarification sur l’emploi des forces armées. Nous sommes en guerre et la Constitution aurait dû la définir juridiquement pour mieux employer nos forces armées.

Sur cette embuscade en Afghanistan puisque nous sommes en guerre, avoir autant de pertes est grave même si cela est toujours possible. Je ne sais si les autres forces de l’OTAN ont eu autant de pertes lors d’un seul combat depuis 2002, et cela interpelle. Nul doute que l’enquête qui sera conduite permettra de comprendre les erreurs éventuelles ou simplement la plus grande intelligence de l’ennemi.

Cependant, en cette période de remise en cause des forces armées françaises dans leur fonctionnement, les questions de l’entraînement et de l’emploi de nos soldats se posent avec des missions ressemblant plus à des opérations de casques bleus que de soldats disposant des qualités guerrières attendues. Ils sont plus entraînés à des actions de présence qu’à des opérations de guerre. Si on lit bien le Livre Blanc sur les conditions d’emploi des forces armées, nous ne sommes pas dans la logique d’emploi des forces armées en tant que soldats et ce qui vient de se passer est un avant-goût d’un futur difficile. Aujourd'hui l’équivalent d’une section d’infanterie a été mise hors de combat. Et demain ?

La visite du chef de l’Etat, qui a validé le Livre blanc, prend alors toute son importance s’il comprend, enfin, les soldats sur le terrain.

Il est responsable de l’emploi des forces armées en particulier en Afghanistan et cette guerre est nécessaire malgré les critiques un peu légères sur l’alignement sur les Etats-Unis. Le contact avec les soldats blessés en Afghanistan est un beau geste compassionnel très à la mode mais dont on ne peut nier la sincérité, surtout en cette période de doute entre les armées et l’exécutif. Mais se déplacer auprès des soldats n’est-ce pas trop ? Quant à la mise en place de cellules de soutien psychologique pour soutenir le moral de la base arrière, nos anciens de la seconde guerre mondiale, d’Indochine, d’Algérie pourraient voir cela avec circonspection. Cela montre à l’évidence la fragilité psychologique de nos populations et donc la cible naturelle qu’elles présentent.

Espérons que ce contact avec la réalité de la guerre fera évoluer le chef des armées sur l’emploi de celles-ci, sur le recours à la force, et bien sûr sur les capacités à avoir et dignes de ce nom pour être crédible et respecté. Les exemples actuels mettant en avant les rapports de force y compris violents sont de plus en plus parlants : Georgie, bombardement par la Turquie du Kurdistan irakien, attentats islamistes en Algérie, en Irak, en Afghanistan… Et la France ?

Enfin, une dernière question se pose. Comment honorer les morts au combat dans une société qui comprend difficilement cet engagement malgré les témoignages d’affection des hommes politiques de tous bords et des citoyens. Faudra-t-il faire une cérémonie aux Invalides comme pour les neuf soldats de la force Licorne en 2004. Ce ne sont pas les derniers cercueils d’une guerre qui s’annonce longue. La République doit se réapproprier le respect dû aux morts pour la Patrie et proposer un cérémonial approprié à notre société du XXIe siècle pour honorer ce sacrifice.

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30 juillet 2008

La France en R.C.I., pour combien de temps ?

Un petit entrefilet dans le Monde annonce discrètement que la France a proposé une résolution à l’ONU pour que les forces françaises avec celles de l’ONU restent jusqu’en janvier 2009 en R.C.I. Gbabo lui-même a exprimé son souhait que les forces Licorne restent jusqu’aux élections sans préciser s’il s’agissait aussi des élections législatives et municipales à venir. Le Conseil de sécurité proroge mardi 29 juillet de six mois, jusqu'au 31 janvier 2009, le mandat de l'Opération des Nations Unies en Côte d'Ivoire (ONUCI) et des forces françaises qui la soutiennent, dans la perspective de l';élection présidentielle prévue à la fin 2008.

Or, les rumeurs deviennent insistantes sur le report des élections présidentielles du 30 novembre 2008 vers le début de l’année 2009. Lors d’une interview à RFI, B. Kouchner en déplacement officiel à Abidjan le 15 juin pour la première fois depuis novembre 2004, répondait à un report éventuel des élections : « Et bien s’il y a un nouveau retard, qu’il est expliqué aux Ivoiriens et que les Ivoiriens comprennent ce retard, nous ne ferons que le déplorer  (…) ».

Cependant, l’opposition ivoirienne s’inquiète de l’évolution du processus électoral et du réarmement par milices interposées de certains clans alors qu’un vote ethnique est de plus en plus probable. En effet, l’ethnie Bete du président Gbabo ne représente qu’environ 10% de la population. Elle a cependant noyauté l’administration de l’Ouest du pays pour le contrôler. Une partie seulement de l’Est de la R.C.I., le pays Akan, par l’épouse de chef de l’Etat soutient le clan présidentiel. Le Nord échappe totalement au pouvoir alors que le pays Baoulé au centre se prépare à des violences éventuelles. Un bain de sang entre factions rivales au Nord et chefs de guerre a déjà été évité de justesse par les forces françaises. Qu’en sera-t-il si le président Gbabo n’est pas élu malgré sa mainmise sur les médias ? La violence paraît bien être au rendez-vous des prochaines élections et seules les forces impartiales, ONU et forces françaises, seront en mesure de garantir la paix.

Il serait donc pertinent que la réforme constitutionnelle votée par le congrès le 22 juillet soit appliquée pour préciser la politique française en R.C.I.. L’assemblée nationale devrait se prononcer sur la présence des 1800 Français et sans aucun doute créer une commission d’enquête pour comprendre aussi pourquoi ce conflit dure. Cela permettra sans doute aussi d’identifier les intérêts français réels dans ce pays. Le bas profil de la France peut susciter bien des interrogations par rapport à une politique étrangère plutôt provocatrice sur bien d’autres points. Peut-être que le libellé du texte constitutionnel à la date d’aujourd'hui permettra de ne pas l’appliquer puisqu’il est demandé un vote de l’assemblée nationale au bout de quatre mois et que cela fait six ans que nous sommes en R.C.I. ?

Sur le plan militaire, on ne peut pas non plus vouloir rationaliser les coûts et diminuer les effectifs, les emprises permanentes en Afrique aussi, et maintenir 1800 hommes qui font défaut ailleurs.

Posté par DR2007 à 11:23 - Engagements français à l'étranger - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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