06 juillet 2008
Avant le 14 juillet
Le général d’armée Cuche a affirmé que sa démission était seulement justifiée par le grave incident de Carcassonne. Le président de la commission de la défense nationale lui a rendu hommage mardi. Le journaliste Frédéric Pons a aussi publié une lettre ouverte au président de la République en fin de semaine (www.defense-et-republique.org). Et le ministre s’est exprimé ce soir au grand Jury sur RTL, au point d’être dithyrambique pour l’armée française « l’une des meilleures du monde ».
Que peut-on cependant dire avant ce 14 juillet qui, non seulement, est la fête nationale mais est aussi l’honneur rendu aux armées ?
Entre les déclarations du général Cuche, celle du CEMA et du ministre, la tendance paraît bien celle de calmer les tensions mais avec fermeté avant le 14 juillet, au point aussi de reporter les annonces des restructurations. Sans doute aussi pour ne pas nuire aux réformes constitutionnelles prévues après le 14 juillet avec pour effet d’indisposer les élus.
Calmer les tensions ne veut cependant pas dire que la situation soit apaisée. La démission du général Cuche a été acceptée par le chef des armées sans aucun état d’âme. Il aurait pu la refuser. Le ministre de la défense pouvait aussi bien la donner mais il a déclaré aujourd'hui que la sienne n’était pas justifiée. Et pourtant… Ne l’était-elle pas ? L’enquête sur le groupe Surcouf est toujours en cours, avec opiniâtreté, certes sans succès et les sanctions sont toujours proférées à l’encontre des officiers qui n’auraient pas respecté un devoir de réserve bien contestable.
Le chef de l’Etat a donc engagé une campagne de communication par « intermédiaire » pour s’assurer que tout se passe bien jusqu’au 14 juillet, période propice aux déclarations et aux commentaires. Les articles sur son service militaire sortent. Il est sans doute facile de reprocher à Nicolas Sarkozy une absence totale de fibre militaire, d’avoir été « pistonné » mais après tout cela a été le cas de plus de 20 000 jeunes chaque année avec l’appui de l’ensemble de la classe politique (alors quand on évoque le service civique…). La brutalité des paroles du chef de l’Etat et son manque de respect envers le chef d'état-major de l'armée de terre n’en restent pas moins comme un acte grave entraînant une grande défiance à son égard.
Quelles conclusions peut-on en tirer ?
- Seuls les militaires ont toujours le « droit de se taire » dans la société française malgré le statut de 2005. Quelle aurait été le sort des officiers généraux et supérieurs s’ils s’étaient exprimés sous leur nom ?
- Il paraît donc malheureusement nécessaire de disposer d’un organe représentatif ou d’expression indépendant. Les autres corps de l’Etat ont des syndicats pour s’exprimer en leur nom sur les réformes ou pour défendre leurs organismes. Pour au moins défendre leur honneur, les armées n’ont aujourd'hui ni le chef des armées, ni le ministre, ni sans doute leurs autorités hiérarchiques.
- Enfin, le chef des armées a confirmé une rupture avec les armées, celle de la confiance dans le processus décisionnel qui pourrait avoir au moins une conséquence. En effet, son manque de retenue et son comportement pourraient inquiéter lorsque l’on se rappelle que le feu nucléaire reste à sa disposition. Seuls les responsables militaires peuvent faire contrepoids à une décision ultime d’emploi de l’arme nucléaire. Après tout le Livre blanc remet en vigueur la frappe nucléaire d’avertissement (P69) et si seuls les plus dociles restent au contact du chef des armées…
01 juillet 2008
Merci mon Général pour votre acte de courage
Conséquence du
grave accident de Carcassonne, le général d’armée Cuche, chef d'état-major de
l’armée de terre, a donné sa démission à deux mois de sa retraite et avant de prendre
la fonction de gouverneur militaire des Invalides. Homme de valeur et estimé
notamment pour son respect envers ses subordonnés, le général Cuche a réagi avec
honneur et courage aux propos outranciers du chef de l’Etat, chef des armées.
En effet, pour reprendre
JD Merche sur son blog : « Cette violence vis-à-vis de l'institution
militaire laisse sans voix ».
Ainsi à Carcassonne,
« Le pointant du doigt, le chef des
Armées s'est exclamé : "Vous êtes
des amateurs ! Vous n'êtes pas des professionnels » (Le Point). (…) « Il
entend que les armées en tirent toutes les conséquences quant à leur
organisation et leur fonctionnement. » Sur France 3, le président de
la République a réitéré ses critiques. "L'absence de maîtrise de
l'organisation de ces journées portes ouvertes est effrayante ». Il a
dénoncé « un relâchement extrêmement grave, tout à fait anormal. C'est
invraisemblable (...) Je suis resté accablé ». En termes clairs, cela
veut dire comme l’a confirmé le ministre de la défense Hervé Morin sur France 2
le 1er juillet soir que les réformes lancées seraient justifiées par
ce grave incident montrant la nécessaire réorganisation des armées.
Il est donc plus
que vraisemblable que le chef des armées règle ses comptes avec l’institution
militaire qui accepte difficilement le Livre blanc, l’exprime par certains de
ses membres comme le groupe Surcouf et surtout qui n’arrive pas à les démasquer
pour les punir. En particulier l’armée de terre avait relativisé l’impact de
cet article. En outre, selon le site internet du Point, qui ne cite pas ses
sources, la répression irait encore plus loin. Nicolas Sarkozy aurait décidé de
supprimer tous les officiers généraux de la promotion de la Légion d'honneur et
d'ajourner les nominations de généraux prévues au Conseil des ministres de
mercredi. Nous verrons le mercredi 2 juillet si la raison lui est revenue.
Pour abonder dans
le même sens que Jean Guisnel du Point, cette démission du général d’armée
Cuche témoigne du malaise croissant qui s'installe entre le président de la
République et les militaires : « Le
président de la République a eu tort de céder à la colère, et a lui-même créé,
par sa réaction disproportionnée, les conditions d'une crise majeure ».
Il a sans aucun doute eu tort de
chercher à culpabiliser l’armée de terre pour un accident individuel qui aurait
été sanctionné de toute façon d’une manière exemplaire car chacun s’est senti concerné,
notamment envers les familles touchées.
Il a aussi
montré que les militaires ne pouvaient pas lui faire confiance car un chef, un
vrai chef, respecte ses subordonnés et obtient alors leur loyauté. Il n’aura
droit qu’au loyalisme dû aux institutions et sans aucun doute à une profonde
méfiance des militaires pour ne s’arrêter qu’à ce premier sentiment. Et il y a
des jours où, se sentant seul, on voudrait bien être soutenu.
Enfin, aurait-il
osé traiter un préfet ou un diplomate comme cela ? Il est bon de s’entendre
rappeler le devoir de réserve qui oblige tout citoyen-militaire à se faire
insulter sans pouvoir répondre autrement que par la démission ou la soumission.
Ce genre de comportement, s’il se reproduit, conduira les militaires à s’organiser
autrement pour pouvoir se faire entendre ou se protéger. Surcouf a encore de beaux
jours devant lui.
24 février 2008
Une semaine cruciale pour l’armée de terre ( ?) et des rumeurs insistantes sur la réduction des effectifs
A nouveau Jean-Dominique Merchet, toujours bien informé, nous alerte avec son blog « secret-défense ». L’armée de terre ne devrait plus disposer qu’entre 71 000 et 82 600 hommes « projetables » en opérations dans le cadre d'une Force terrestre, contre 95 000 (théoriques) aujourd'hui en raison des réductions annoncées d'effectifs et ce malgré les enseignements de nos alliés en guerre en Irak et en l'Afghanistan (Royaume-Uni, les Pays-Bas, Canada, Australie). Soyons honnêtes : les forces terrestres actuelles ont déjà des difficultés à fournir les effectifs pour les opérations malgré les forces existantes. Un effort doit être fait pour rendre disponible des personnels pour les opérations. Pour projeter 25 000 hommes, il faut en effet au moins 75.000 capables de l'être. Quand l'un est sur le terrain, un autre se prépare à y partir et un autre en revient pour citer JD Merchet.
Cette situation sera-t-elle évoquée lors du conseil de Défense qui devrait se tenir mardi 26 février à l'Elysée au lendemain de la remise d'un nouveau rapport d'étape sur le Livre blanc (selon JD Merchet). Lors de la réunion de l'ensemble des cadres militaires le 29 février, le ministre de la défense en parlera-t-il ?
Relisons aussi les engagements et les propos sur la défense évoqués lors du colloque sur la transformation des armées du 5 février dernier (cf. www.defense-et-republique.org). Tout semble d’abord être décidé avant toute analyse et donc publication du Livre Blanc. A se demander à quoi il va servir ! Ne parlons pas de la future loi de programmation militaire pour 2008-2009. Certes, le ministre de la défense s’est engagé sur cinq points mais finalement sans engagement réel hormis l’annonce d’une armée crédible et opérationnelle (sera-t-il d’ailleurs toujours là après mars 2008 pour tenir ses promesses qui n’engageront pas son successeur ?). Rappelons la quatrième promesse : « Je m'engage à ce que toutes les décisions soient prises en ayant le souci d'optimiser les capacités opérationnelles de nos armées, qui doivent être les premières bénéficiaires de la réforme ». L’optimisation rappelle « les armées plus souples, plus manœuvrières » du passé pour annoncer la simple baisse des effectifs. Avec ces annonces de réduction d’effectifs, tenir son rang va être difficile alors que le Premier ministre soulignait devant l’IHEDN le 21 février (www.defense-et-republique.org) que nous serons confrontés à des guérillas (ce que n’évoque pas Hervé Morin), donc des conflits exigeant des effectifs nombreux et entraînés.
Hervé Morin a évoqué aussi le 5 février la dualité des moyens militaires pour satisfaire les exigences du territoire national. Avec quoi ? Cette transformation des armées, qui ne se fait pas au seul détriment de l’armée de terre mais aussi de l’armée de l’air, paraît donc bien peu crédible dans la recherche de l’efficacité. Il reste surprenant que les 2% du PIB promis pour le budget de la défense soient vraiment préservés d’autant qu’ils comprennent la Gendarmerie et les pensions. Il n’est pas invraisemblable que ces 2% voient une part plus grande donnée à la Gendarmerie et moins aux armées mais la promesse sera tenue en affichage ! Espérons que nous nous trompons.
Pour terminer, le ministre de la défense a souligné le 5 février que les armées étaient le premier employeur de France pour le recrutement soit 30 000 personnes. Les recrutements ne sont-ils pas gelés pour commencer à appliquer le non-renouvellement de 50% des postes vacants sur les cinq prochaines années ? On ne peut avoir une politique différente du discours tenu sans provoquer un grand manque de confiance des forces armées envers leurs dirigeants.