Il était temps. Les forces ivoiriennes aidées par les forces françaises ont fait tomber l’ex-président ivoirien. Plusieurs interrogations se posent et d’autres pas.

  1. Pour ces dernières le débat avoisinant la stupidité de certaines de nos « élites » parisiennes qu’elles soient journalistes ou politiques est celui de la pertinence de l’action militaire française. Au bout de dix ans, les forces françaises bien passives de peur d’être accusées de néo-colonialisme que ce soit en Afrique ou en France ont enfin agi avec détermination avec seulement 1 600 hommes déployées. Les critiques en cours à nouveau pour ternir l’action de la France sont incompréhensibles et montrent l’état de délabrement de notre société incapable de distinguer ce qu’il y a faire ou pas.
  2. La seconde interrogation serait la visée électoraliste du président de la République en ordonnant cette action militaire. Il est évident que les conséquences politiques de l’échec ou du succès sont prises en compte par un responsable politique. Quant à faire de cette opération un élément de la campagne présidentielle en France, cela devient indécent. Un président de la République a des responsabilités qui dépassent ce niveau et s’il ne l’avait pas fait, qu’aurait-on dit… comme toujours ? Il est vrai que nous avons beaucoup de « yakafocon », « ilauraitfalluque »…

Sur les interrogations de fond et qui méritent à mon sens une vraie réflexion, six apparaissent :

  1. Selon le ministre des affaires étrangères, nous n’étions pas en guerre. Comme avec Hervé Morin, nos ministres ont une fâcheuse tendance à prendre les citoyens pour des imbéciles sans oublier les conséquences juridiques éventuelles  pour nos soldats. Il suffit de rappeler la décision d’un juge d’instruction de rendre recevable la plainte des familles des militaires tués dans l’attentat d’Uzbeen en Afghanistan. Il est temps de s’interroger sur le sens du mot « guerre » au XXIe siècle et de le faire acter dans notre corpus juridique … et politique.
  2.  « Vendre » la protection des populations que ce soit en RCI ou en Libye pour légitimer le recours aux forces armées atteindra ses limites un jour ou l’autre d’autant que le citoyen « lambda » est intimement convaincu que c’est juste si l’on se réfère aux différents micros-trottoirs diffusés par les médias. De fait, le droit à l’ingérence évoqué dans les années 1988 a été appliqué. Il est cependant temps d’assumer avec sérénité et détermination la notion d’intérêts nationaux qui justifient l’emploi de forces armées.
  3. Des manifestants pro-Gbagbo se sont exprimés avec violence sur le territoire national français et ont manifesté devant l’Assemblée nationale et le ministère de la défense. Est-ce acceptable au nom des libertés d’expression et de manifestation ?
  4. Quelle sera la suite donnée aux agissements de nos deux vieillards avocats que ce soit Vergès ou Dumas, défendant avec arrogance Laurent Gbagbo ? N’est-il pas temps de leur demander des comptes sur leurs agissements irresponsables et répétés ?
  5. Le président de la République a-t-il compris que le recours à la force et l’emploi de forces armées était un acte de puissance qui fait la fonction ? A ce titre, croit-il qu’il pourra encore le faire après 2012 s’il était réélu avec une armée de terre par exemple avec seulement 97 000 soldats… soit moins que la gendarmerie !
  6. Enfin, à la marge, l’incapacité des quelques 12 000 soldats de l’ONU en RCI permettent de rappeler quelques fondamentaux. Une force ne peut aller au combat qu’entraîner ensemble et parlant la même langue.
    1. L’histoire par exemple avec l’ordre des Hospitaliers défendant Malte contre les Turcs nous le rappelle. Chacune des huit « maisons » (ou nationalités composant l’Ordre) vivait dans sa caserne et défendait sa partie du mur d’enceinte de Malte. Au combat, sa langue maternelle est la condition du succès pour donner des ordres ou les comprendre instantanément. Comment faire agir en effet des forces disparates comme celle de l’ONU, présentes pour des périodes différentes, équipées différemment, pour une cause qui ne les concerne pas directement et ne justifie pas la prise de risques ?
    2. Indirectement cela met en cause toute force militaire ad hoc comme par exemple … des forces européennes fédérées et accorde de fait la puissance militaire à l’OTAN qui, seule, peut amener une efficacité collective par l’interopérabilité construite depuis 1949.