Les événements depuis une dizaine de jours permettront d’engager une nouvelle réflexion sur le rôle des armées au sein des Etats.

La Tunisie a montré des forces armées ne tirant pas sur le peuple à la différence de forces de sécurité intérieures et dans la mesure où ils obéissaient aux ordres de leurs chefs militaires, ont contribué au changement de régime … dont les chefs militaires ont été l’un des acteurs. A ce titre, elles ont rempli une de leurs fonctions : protéger le peuple dont elles sont issues. Elles assurent la transition aussi entre deux régimes politiques différents dans le cadre du maintien de la permanence d’un fonctionnement minimal des institutions.

En Egypte, dont l’issue des troubles n’est pas connue à ce jour, les forces armées ont aussi montré leur force tranquille, au contact des populations. Elles ont renforcé les forces de sécurité intérieure et ont affiché le niveau supérieur possible de la restauration de l’ordre si les politiques et les forces de sécurité intérieure ne peuvent pas aboutir à la paix politique et sociale.

En Egypte comme en Tunisie, il est cependant intéressant de voir ces forces armées rester dans la rue au contact des opposants, garder leur calme, aussi en se rappelant toutefois au moins dans le cas des révolutions par exemple françaises que ce contact avait abouti souvent à la fraternisation de la troupe avec les manifestants contribuant ainsi à la chute des régimes contestés..Certes, c’était une autre époque. Cela montre cependant que ces armées sont respectées dans leur pays respectif.

Il semblerait acquis aujourd'hui que les forces armées restent le dernier recours de I’Etat … jusqu’au versement du premier sang. En effet, la maîtrise des forces armées, d’abord par le commandant militaire, repose à la fois sur l’absence de violence à leur encontre par les manifestants et sur l’interrogation concernant leur comportement si elles reçoivent l’ordre de tirer sur leurs concitoyens que ce soit avant l’acte ou après.

Et en France ?

Le ministre de la défense s’exprimera à l’école militaire devant les responsables militaires le 1er février 2011. Selon le Mammouth (http://lemamouth.blogspot.com/2011/01/pourquoi-juppe-revient-amphi-foch-le.html) ou le Monde (La_restructuration_douloureuse_des_armees_francaises_26_janvier_2011), son objectif justement est de répondre aux doutes de la communauté militaires sur les énième réformes en cours.

Or, les armées sont-elles toujours en mesure de soutenir les institutions en cas de trouble intérieur ? Ont-elles les moyens d’agir en toute autonomie avec les réformes de la RGPP, des restructurations avec une armée de moins en moins implantée sur le territoire national rendant d’ailleurs difficile toute intervention rapide ? Le voudraient-elles compte tenu des risques juridiques dans l’après-crise ?

Or, si l’on regarde les troubles du ministre de l’intérieur aujourd'hui, sur qui peut s’appuyer l’Etat en cas de crise intérieure grave aujourd'hui (article 16 de la constitution, état de siège en cas d’insurrection..) … hormis les forces armées :

- Après 2001 et le défilé des gendarmes en armes, les épouses de gendarmes en colère et la collusion avec le ministre de la défense de l’époque,

- Après 2010 les policiers manifestant de la même manière à Bobigny suite à la condamnation de leurs collègues ayant quand même menti avec la conséquence – évitée - de mettre en prison un innocent (pour les faits, objet de la procédure),

- Maintenant des CRS qui ne veulent pas déménager, voir leur compagnie dissoute, qui se portent malades (donc avec des complaisances médicales ?), font la grève de la faim.

Compte tenu de ce qu’ont subi pratiquement sans rien dire les armées depuis vingt ans, n’y-a-t-il pas un problème ? Si les forces de sécurité intérieure ne sont plus fiables par leurs actes de désobéissance, répétés et non sanctionnés, sur qui peut donc s’appuyer l’Etat en cas de crise grave aujourd'hui… hormis les forces armées qui ont la mission permanente (mais pour combien de temps encore) d’assurer la continuité du fonctionnement de l’Etat malgré les gouvernements ? Or, il est aussi demandé dans le cadre du Livre blanc de 2008 aux forces armées françaises de contribuer à la fois de la résilience de la nation et à leur propre résilience dans le cas d’une crise intérieure.

Or aujourd'hui, même une candidate à la présidence en 2012, comme d’autres associations dans d’autres domaines appellent … à la désobéissance civile, donc au refus des textes juridiques votés par le parlement et … phase initiale potentielle de la remise en cause des institutions.

Le « roi » sera bientôt nu !