Cette période de grèves permise par des groupes minoritaires (quelque quatre cents personnels des douze raffineries françaises par exemple peuvent empêcher l’approvisionnement en carburant des citoyens) au profit de la majorité de l’opinion (selon les grévistes), montre la fragilité de l’Etat pour plusieurs raisons :

La notion de « démocratie sociale » justifierait en outre les manifestations pour contester la loi votée par les parlementaires, la légitimité de la rue contre celle de l’élection. En effet, certains syndicats annoncent déjà la poursuite du mouvement même si la loi sur les retraites est votée. De fait, lorsqu’une minorité (type syndicat comme CGT ou FO) agit, la France est bloquée. En terme de sécurité nationale, à nouveau, il faut se poser la question du fonctionnement du pays en cas de crise intérieure.

La conséquence de cet affaiblissement du fonctionnement démocratique de notre société en sont les actes de violence incontrôlés, appelés actes de guérilla urbaine par les médias. Mais sont-ils encore contrôlables par les forces de police et pour combien de temps ? En novembre 2005, au bout de trois semaines d’émeutes pourtant localisées dans quelques banlieues, les syndicats de police demandaient que les armées interviennent.

La question de la place des armées sur le territoire national se pose alors que leurs effectifs et leur déploiement, sinon leur maillage du territoire décroissent. Les armées et en particulier l’armée de terre doivent-elles toujours être les forces de troisième catégorie, c'est-à-dire pour intervenir après la police et la gendarmerie ? Doivent-elles être le garant ultime du fonctionnement normal des institutions ?

Les armées ne sont plus le garant ultime du fonctionnement des institutions

Les décisions du président de la République depuis 2007, son peu d’attachement aux forces armées aussi et ce n’est pas rien pour des militaires qui devraient avoir un attachement particulier avec le chef réel des armées, permettent de dire que les armées ne sont plus en mesure d’assurer cette mission de défense des populations et du territoire en case de crise intérieure majeure.

Dans une première approche, pourquoi les militaires prendraient-ils à leur compte une mission dès que la police et la gendarmerie sont dépassées ? Toute bavure et il y en aura forcément, non-voulues, mais bien exploitées par les opposants médias et avocats divers. Comment accepter qu’un militaire, quel que soit son grade puisse être poursuivie devant un tribunal après la crise, un an, dix ans vingt après un fait ?

Ensuite les capacités d’intervention en troupes formées au maintien de l’ordre, en l’occurrence la dizaine de milliers de fantassins à la date d’aujourd'hui avant les réductions d’effectifs (-54000 et personne n’est dans la rue), sont limitées pour renforcer plus de 200 000 policiers et 100 000 gendarmes. Certes il reste les tâches supplétives de soutien aux forces de sécurité intérieure pour leur permettre de dégager des effectifs mais pour combien de temps en cas d’une crise qui s’éterniserait.

L’affaiblissement des capacités militaires et de leurs structures permettaient de suppléer hier, partiellement, les carences des services publics ou des dysfonctionnements, l’Etat pouvant ainsi répondre à la crise. La déstructuration des armées ne permet plus d’assurer cette « résilience » de l’Etat, cette aptitude à faire face : perte d’influence dans les structures étatiques, externalisation vers des sociétés civiles, mutualisation, baisse des effectifs, judiciarisation, sinon même civilianisation (voir JD Merchet sur son blog du 11 octobre), privatisation de la sécurité...

Enfin, la réorganisation des forces sur le territoire fait de la France un désert militaire, rendant difficile sinon impossible de se rendre en tout point du territoire en des délais suffisamment rapides pour une intervention efficace.

Défendre la France et les Français, défendre aussi les institutions, ont été dans l’histoire de France les missions des armées. Aujourd'hui, une longue période s’achève apparemment. Une nouvelle période semble s’ouvrir où l’Etat ne pourra plus compter sur des forces militaires capables de prendre les risques nécessaires pour la survie de la nation. Cela est la conséquence de choix politiques que le politique devra assumer et d’autant plus difficilement qu’il restera seul face au danger.