En ce fort débat sur l’immigration sous toutes ses formes, questionnons-nous si le critère démographique, facteur de puissance d’un Etat, est toujours pertinent.

Les 27 pays de l'Union européenne comprennent 501 millions d’habitants en 2010. Cela représente une progression d’1,4 million d'habitants en un an, dont 0,9 million résulte du solde migratoire (chiffres communiqués le mardi 27 juillet par Euro-stat, le service d'information statistique de l'Union européenne) soit 60 % de l'augmentation de la population européenne. Par ailleurs, la baisse des flux d'entrées observée concerne essentiellement les migrants de travail. La migration à caractère familial n'a pas diminué en 2008, à l'exception notamment de la France, du fait du durcissement des critères. Enfin, il y aura plus de décès que de naissances à partir de 2015.

La population a donc augmenté dans 19 Etats membres (dont le Royaume-Uni, l'Espagne, l'Italie, la France, la Suède, le Danemark, la Slovénie, la Belgique...) et baissé dans huit pays, comme la Lituanie, la Lettonie, la Bulgarie ou l'Allemagne.

Outre le vieillissement, la conséquence évidente en cette période de débats sur les retraites et sur la lutte contre l’immigration irrégulière ou illégale est évidente : un déséquilibre entre actifs et inactifs. Une autre conséquence est l’homogénéité de la nation telle que nous la concevons en France. L’influence sur les forces armées est tout aussi évidente : comment recruter en nombre suffisant pour pouvoir sélectionner des hommes et des femmes répondant aux critères des forces armées? En effet, avec plus 30 000 personnels recrutés par an, les armées sont le premier employeur en France… pour l’instant.

Une solution autre que l’immigration serait sans aucun doute une politique familiale renforcée. Celle-ci importante en France a permis d’assurer juste le taux de remplacement. Cependant, elle mériterait d’être soutenue pour répondre aux besoins futurs soit d’ici 25 ans. Il s’agit donc d’une vision à long terme qui donne un avenir à la France en terme de puissance et non comme aujourd'hui où le recours à la seule immigration, y compris illégale ne peut que contribuer à un affaiblissement de l’idée même de nation. Il est vrai que ce discours « nataliste » peut être mal interprété. Les polémiques sont tellement faciles en France comme nous le constatons encore actuellement. Un député vert, Yves Cochet, a bien dit le 4 avril 2009 qu’il fallait limiter les naissances à deux enfants : « Selon lui, un enfant européen ayant «un coût écologique comparable à 620 trajets Paris-New York», il faudrait faire voter une directive baptisée «grève du troisième ventre» qui inverserait l’échelle des prestations familiales » (Libération du 6 avril 2009).

Mais une nation qui ne se renouvelle pas par elle-même (il en faut trois) n’est-elle pas destinée à disparaître ? A l’aune d’une réflexion sur la démographie, les débats d’aujourd'hui sur l’immigration sont donc lourds de conséquences sur la nation « indivisible » que nous voulons construire avec la population existante aujourd'hui pour demain. Les statistiques européennes parues fin juillet méritent donc que nous y attardions.