Association loi de 1901 créée en 1983, l’ASAF (association de soutien à l’armée française, http://www.asafrance.fr/) regroupe tous les citoyens qui estiment que l’armée doit demeurer au « cœur de la Nation », c'est-à-dire une priorité pour l’Etat et une préoccupation pour les Français. Comme elle se le définit elle-même, elle est indépendante de tout pouvoir, sans aucun caractère politique ou syndical. Elle revendique 2.000 adhérents, dont 300 associations, soit plusieurs centaines de milliers de personnes. « Elle agit toujours en étroite concertation avec les associations qui contribuent à promouvoir l’esprit de défense ». Elle a publié ces jours-ci sa lettre mensuelle (ASAF_armees_devoir_expression) consacrée en grande partie à la liberté d’expression des militaires. Elle n’évoque pas le cas du général Desportes, restant en cela bien prudente et cela est regrettable.

Cependant elle revendique ce devoir d’expression, évoqué par le CEMA devant le Collège interarmées de défense le 10 juin 2010. Elle exprime ce devoir aussi qu’a le soldat de s’exprimer sur les questions de société qu’il sera amené à défendre : ambiguïtés liées « à la bi-nationalité, aux conditions d’intégration des étrangers qui souhaitent devenir français, aux implications de la solidarité dans laquelle s’équilibrent droits et devoirs, à la notion d’intérêt national au regard de l’intérêt individuel, enfin à l’exigence du respect des symboles de la nation et aux conditions de transmission des valeurs qui fondent notre pays ».

Constatons en prolongeant les réflexions de l’ASAF, la mise à l’écart croissante des militaires dans le fonctionnement du pays au profit des experts de la police qui investissent peu à peu toutes les structures de l’Etat. Les militaires en sont aussi complices plus ou moins consciemment en s’abritant derrière le concept du « cœur de métier » qui justifie l’affaiblissement inéluctable des forces armées. En contre-point, nous pourrions citer les Etats-Unis, autre grande démocratie, où les ex-généraux sont employés à différents postes civils, ambassadeur en Afghanistan (Eikenberry), directeur de l’agence de coordination du renseignement américain (Clapper), conseillers des présidents en exercice (Jones)… et ce ne sont que quelques exemples.

En France, cela serait plutôt le contraire. Hormis une affectation récente en Bosnie pour le général directeur de la gendarmerie qui a quitté ainsi son poste sans bruit, nos officiers généraux des trois armées et de la gendarmerie animeraient plutôt les associations et s’efforceraient dans ce cadre de faire entendre leur voix, avec finalement peu de succès. Leur jeune âge, leur limite d’âge depuis 2005 a été arrêtée à 57 ans - sauf exception -, à l’inverse de la tendance de la société, les incitent aussi par défaut à rechercher un nouvel emploi dans le civil. Et quand on connaît la considération portée aux seniors par les entreprises ! A ce titre, il est intéressant de lire la lettre "Défense et République" de juin sur les généraux (La_lettre_DR23_juin2010).