Dans les conflits d’aujourd'hui, le grand jeu des médias de chaque Etat démocratique est de faire un triste décompte des morts au combat (CNN tient un décompte journalier sur internet). Cette mise en exergue malsaine au nom du « droit » à l’information (qui n’existe pas juridiquement par ailleurs) est susceptible presque inéluctablement de faire basculer à plus ou moins long terme une opinion publique occidentale dont nous constatons tous les jours la fragilité… construite par cette information donnée par les médias. Il est temps que ceux-ci prennent toutes leurs responsabilités dans la guerre en Afghanistan.

Prenons les chiffres actuels des tués au combat en Afghanistan depuis 2001. Environ 1300 soldats ont été tués soit environ 160 par an.

- L'armée allemande a perdu 35 hommes depuis 2002 dont seulement 50% sont morts au combat. Début juillet, 61 % des Allemands sont favorables à un retrait des troupes.

- Le 200e soldat britannique tué en Afghanistan, chiffre symbolique (214 ont été tués à ce jour depuis 2001) est interprété par les médias comme un seuil symbolique au mois d’août. 58 % des Britanniques considèrent à ce moment que cette guerre est vouée à l'échec et que les soldats doivent être rapatriés.

- Aux Etats-Unis, 892 soldats ont été tués depuis 2001. Un sondage du 21 août montre que 54% des Américains sont désormais opposés à cette intervention. Publiée le 1er septembre, une étude de CNN a conclu que 57 % des Américains sont opposés à cette guerre

- En France, qui a perdu 31 soldats à ce jour, 64% des Français selon un sondage IFOP pour le Figaro publié le 19 août sont opposés à l'intervention militaire française en Afghanistan.

- Le jeudi 17 septembre, la mort de six soldats italiens victimes d'un attentat à la voiture piégée à Kaboul, a immédiatement relancé en Italie le débat sur la présence d'un contingent en Afghanistan, suscitant des divergences d'opinion à l'intérieur même du gouvernement. 21 soldats y sont déjà tombés, dont 14 à la suite d'attentats. 56% des Italiens sont favorables à un  retrait graduel.

- Au Canada (131 morts au 17 septembre), la participation à la mission de l'OTAN est majoritairement rejetée par la population depuis près d’un an imposant au gouvernement de se désengager des opérations militaires à partir de l’été 2011.

Rappelons quelques chiffres. Uniquement pour la France, et sans mettre au même niveau le sacrifice des soldats de la coalition, soulignons par exemple que les suicides dont on a beaucoup parlé cet été, s’élèvent à 10 000 par an, les accidents sur la route à 4 500, les accidents par noyade 627 cette année. Tout en rendant hommage aux soldats morts au combat, il nous faut donc relativiser ces chiffres et ne pas entrer dans la propagande des insurgés afghans.

En effet, comment un ennemi motivé et endoctriné peut-il respecter et donc craindre une armée ou une coalition qui pourrait être retirée d’un théâtre d’opération suite à des pertes au combat ? La faiblesse psychologique des opinions publiques soumis à la propagande adverse et leur fragilité devant les pertes au combat, sont désormais des vulnérabilités qu’il faut combattre. Un code de conduite devrait donc être passé avec les médias occidentaux pour que ces chiffres ne soient plus diffusés sans précaution. Utopique ? A voir.