Le 6 juin 2009, sera commémoré le 65ème anniversaire du débarquement en Normandie. Cette commémoration doit aussi rappeler l’impact sur les populations civiles aujourd'hui souvent mis en première ligne. Des dizaines de milliers de français ont été tués ou blessés dans les combats et les bombardements. La libération de la France et de l’Europe étaient à ce prix.

Aujourd’hui, si l’on se réfère par exemple aux combats au Sri Lanka, les commentaires aseptisés de nos médias français et autres acteurs non gouvernementaux compréhensibles dans leur bien-pensance coutumière font oublier le sens du combat malgré trente ans de guerre, d’actes terroristes, d’exactions sur les populations. Il y a un seuil où la réalité de la guerre prend malheureusement le dessus. La mainmise des Tigres Tamouls pouvait-elle encore être acceptée ? Le prix élevé en a aussi été payé mais cela est de la responsabilité du gouvernement sri lankais, n’en déplaise aux grands moralisateurs.

La même réflexion pourrait se poursuivre avec la Corée du Nord, Etat irresponsable, criminel envers sa population, potentiellement sinon réellement dangereux. A quel moment peut-on et doit-on intervenir ? Suivant les orientations du Livre blanc français, comment finalement faire accepter une guerre préventive ou des frappes préemptives, les plus vraisemblables, avec les opinions que nous développons en Occident dans nos rapports avec le recours à la force ?

Revenons à ces commémorations du débarquement du 6 juin. Le président Obama sera là et c’est à nouveau l’occasion pour quelques commentateurs de rappeler la part prise par les noirs à la libération de l’Europe. Le 8 mai 2009 a permis de se souvenir que la France n’avait pas récompensé comme il fallait ses anciens combattants des colonies. Cela a été aussi le souci du politique de rappeler leur importance dans la libération de la France, à se demander cependant aujourd'hui si les autres soldats non africains avaient participé aux combats … à commencer par l’encadrement de ces forces.

Cela a été aussi l’occasion de dévoiler que la division Leclerc avait pu libérer Paris après avoir retiré tous les noirs de ses forces. Le doute m’avait étreint connaissant l’engagement de Leclerc et de ses officiers. La France aurait-elle eu une attitude ségrégationniste ? Enfin et heureusement, la vérité est apparue dans le Monde 2 de cette semaine et bien discrètement. Les Etats-Unis avaient demandé le retrait de tout soldat noir de la division Leclerc dans leur logique ségrégationniste de l’époque. Le soldat noir n’était pas apte au combat et devait servir dans la logistique. Il était donc temps de ne pas faire courir un nouveau bruit nauséabond sur la France et ses « culpabilités éventuelles ».

En parallèle à ces polémiques franco-françaises, Obama vient de déclarer que « les Etats-Unis sont l'un des plus grands pays musulmans » ! Il est vraisemblable que cette prise de position relatée par Le Monde devrait faire réagir, d’autant qu’il a exprimé fortement son soutien à l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne, l’un n’allant pas sans l’autre.

Cette adhésion est effectivement revenue sur la scène européenne et dans le débat des élections. Pourtant, les ténors français et allemands sont discrets alors que les soutiens à la Turquie, comme Tariq Ramadan, réputé pour ses positions fondamentalistes, il y a quelques mois dans le Monde, aujourd’hui, Moscovici du Ps, Hubert Védrine se multiplient.

Pourtant, disons-le : arrêtez de vendre une idée dangereuse et utopique. Hubert Védrine souligne d’ailleurs l’erreur d’avoir entretenu auprès de la Turquie une illusion d’appartenance à l’Union européenne, « Il paraît impossible et incorrect de changer les règles du jeu en cours de route » mais si nous nous sommes trompés, pourquoi ne pas le reconnaître ? Comment ces hommes politiques peuvent-ils défendre une Europe plurielle (vieux terme de gauche) avec un Etat musulman présenté comme laïque mais uniquement parce que l’armée est garante de cette laïcité ? A nouveau rappelons qu’une exigence européenne pour l’adhésion est l’affaiblissement de la place de l’armée, gardienne constitutionnelle de la laïcité turque. Après les élections, en outre, la Suède, future présidente de l’Union européenne, affiche sa volonté d’accélérer le processus. Elle doit être encadrée dans son action mais curieusement avant ces élections du 7 juin, les dirigeants hostiles pour ces élections à l’entrée de la Turquie font plutôt profil bas.

La solution du partenariat privilégié avec la Turquie est donc la plus raisonnable. Pour être cohérent, cela conduit aussi une politique de transparence et non d’intégration dissimulée de la Turquie dans la structure de l’Union européenne. Sait-on que le programme européen Erasmus est ouvert à 31 pays, les 27 membres de l'Union européenne, l'Islande, le Liechtenstein, la Norvège… et la Turquie ? Cela veut dire aussi que la Turquie ne doit pas être associée sous forme d’observateurs militaires par exemple à des structures européennes, simplement pour ne pas maintenir l’ambiguïté. En Afghanistan, les gendarmes turcs seront sans doute aux côtes de la force européenne de gendarmerie qui sera déployée. Une intégration larvée se fait afin de conduire à terme vers une solution inéluctable.

Pour conclure, cela ne veut pas dire que l’on n’estime pas la Turquie et les Turcs mais simplement que chacun a le droit de vivre en fonction de ses valeurs. En l’occurrence, le respect à la différence s’applique dans les deux sens.