Une lettre du général Cann, saint-cyrien, grand soldat ayant servi sur nombre de théâtres d’opération, président de l’amicale du 8è Rpima, circule depuis quelques jours. Elle fait l’analyse de l’embuscade du 18 août 2008 (en ligne sur www.defense-et-republique.org) et sur les enseignements ou réflexions que l’on peut en tirer.

Son analyse rigoureuse et sans  concession de la guerre en Afghanistan vaut la peine d’être lue et réfléchie. En particulier, il rappelle bien que les combats dits asymétriques aujourd'hui sont des guérillas.

Effectivement le terme « asymétrique » rassure le « pékin » et permet de valoriser les chercheurs qui l’ont inventé. Quand le vocabulaire des élites parisiennes voudra bien appeler un chat un chat (par exemple, la « lutte contre le terrorisme » est une « guerre contre un ennemi » que l’on peut qualifier, un « conflit asymétrique » est une « guerre contre une guérilla », une « crise » ou un « conflit » enfin est « une guerre », cela permettra de cesser de parler de « gestion de crise » dans les doctrines militaires  et clarifiera les objectifs de l’engagement militaire et pour les militaires et pour les civils,

Enfin, je réagirai surtout sur un point, celui de la règle de la modularité des forces terrestres développée depuis la fin des années 1990. Pour compenser des effectifs insuffisants et la prolifération des missions forcément imprévisibles, le concept de la modularité a été développé et mis en œuvre.

En bref, jamais ou presque une unité part dans son intégralité. Ainsi, à partir des « réservoirs de forces » régimentaires et de brigades, on créé de nouvelles unités pour les missions du moment. Comment voulez-vous être efficace au combat et à la guerre (éh oui, toujours la guerre) si vous êtes un agglomérat de forces qui ne se connaîtra et ne se fera confiance sur le terrain qu’un bout de quelques mois ? Sauf erreur, l’équivalent de la compagnie qui a été attaquée le 18 août, ne pouvait avoir de cohésion morale et militaire pour combattre avec efficacité, malgré les camps de préparation opérationnelle en métropole.

Le concept de la modularité prônée par l’armée de terre était pertinent pour les opérations de soutien de la paix. Il est caduque et « mortel » pour les opérations de guerre. C’est bien l’un des enseignements de ce premier combat et cela avait été déjà évoqué il y a quelques années. Je rejoins volontiers alors le général Cann sur l’oubli des leçons du passé.