Toujours dans les informations oubliées de l’été, le Monde a publié le 19 août 2008 un article intitulé « L'armée française veut modérer les blogs des militaires ». Inquiet devant le foisonnement de ces journaux de bord, cet article annonçait que le chef d'état-major de l'armée de terre avait adressé à ses troupes une directive « visant à sensibiliser l'ensemble du personnel de l'armée de terre aux dangers de la divulgation d'informations relatives aux opérations militaires » sur des sites Internet, des blogs ou des forums.

Le SIRPA terre, et donc l’armée de terre, ne retenait et ne retient que la vision sécuritaire de l‘emploi de ces outils : utilisation à des fins malveillantes, mise en danger de la conduite des opérations, sécurité de nos soldats et éventuellement de leurs familles. Un rapport d’août 2007 réalisé par Marine Chatrenet pour le centre d'études en sciences sociales de la défense, et cité par la journaliste, dresse une typologie précise de ces blogs, de ceux qui les rédigent et de ce qu'on peut y lire. Il précise que, « Contrairement à leurs homologues américains, ils ont une faible audience ». Or, le site de Libération piloté par JD Merchet attire l’attention aujourd'hui sur un blog (http://omlt3-kdk3.over-blog.com/) concernant les OMLT (Operational Mentoring Liaison Team ou équipe de conseillers militaires insérée dans les forces afghanes). Ce site très professionnel existe et est manifestement suivi si l’on regarde les indicateurs de présence. La montée en puissance des blogs depuis un an est nettement perceptible et les armées pourraient peut-être anticiper les évolutions de cet outil de communication est ans doute d’influence plutôt que de subir…

La question qui se pose, outre le lien entre les soldats et les familles, est celui de l’impact sur les autres visiteurs de ces blogs de terrain, amis, ennemis ou neutres. Cela pose effectivement la liberté donnée à l’expression des militaires en OPEX et sans doute aussi en temps normal... Si Surcouf avait eu un blog, quelle aurait été la position du ministre de la défense ?

Cela pose surtout la dimension du blog et son emploi militaire dans cet nouvel espace qu’est l’environnement informationnel. En effet, le Livre blanc a identifié le cyberterrorisme comme « menace », la maîtrise du cyberespace comme objectif. Cette appréciation favorise essentiellement les recherches technologiques et donc les entreprises d’armement dans ce domaine, sous un aspect globalement défensif même si la lutte informatique offensive est, enfin, évoquée.

Les dimensions humaine et psychologique ont été ignorées derrière une prise en compte bien industrielle, et donc incomplète, de la problématique. Or les cibles sont certes les moyens à s’informer et à décider, en oubliant que la vraie cible est humaine, donc la volonté et la compréhension des hommes qui décideront ou agiront en fonction des informations reçues ou pas. Très opportunément, certes à petite échelle, la Georgie comme l’Estonie a subi ces cyberattaques russes et, malgré les experts estoniens, n’a pu empêcher la désorganisation technique provoquée. Cependant la défaite a été le résultat de ces attaques en phase avec la manœuvre des forces sur le terrain, les actions de propagande et de désinformation à travers les médias, l’instrumentalisation du droit international aussi. Le contrôle de cet environnement informationnel est donc l’une des clés majeures du succès des guerres du XXIe siècle.

A ce titre, l’emploi responsable et sans doute coordonné des blogs par les forces militaires, est à développer d’autant qu’aucun encadrement légal particulier n’existe surtout s’il est utilisé à partir du territoire national avec cependant pour les militaires en OPEX les limitations de l’article 4 du statut. La vision sécuritaire de l’armée de terre est à court terme. Il ne faut pas ignorer le rôle souple et indirect du blog dans la conquête des esprits dans une stratégie d’influence concertée et planifiée au niveau interarmées sinon politique. Enfin, pour les blogs de terrain, une certaine liberté est nécessaire au moral des soldats.