Lors de la conférence de presse du ministère de la défense du jeudi 28 août, le général de corps d’armée Puga, légionnaire et parachutiste, a expliqué les conditions de l’embuscade qui a tué dix soldats en Afghanistan. Osant parler d’une « mission réussie » et de « sacrée raclée » donnée aux Talibans, il a suscité des réactions indignées notamment du père d’un des soldats tués.

Cette dernière attitude est compréhensible venant d’un père ayant perdu son fils. Cependant, son analyse sur la notion de mission remplie sinon sur le « Pourquoi ils sont morts » pris dans le sens politique n’est pas pertinente. En revanche, au niveau tactique où ils ont été engagés et justifiant le « Pourquoi ils sont morts », ces soldats ont permis la destruction de près d’une centaine d’ennemis (ou adversaires, car quel est le bon terme pour qualifier les talibans dans le discours politique quand on n’est pas en « guerre »?).

Cette attitude exprime de fait cette dérive de notre société sur l’incompréhension des buts de guerre, de paix, de victoire ou de défaite. C’est aussi cette dérive sur la notion de recours à la force. En rappelant en permanence que le recours à la force est seulement un moyen ultime comme l’ont fait Jacques Chirac puis Nicolas Sarkozy (le Livre blanc affirme aussi cela), que le mot « guerre » est à réfuter comme l’a fait le ministre de la défense et d’autres avant lui, comment expliquer aux citoyens que des opérations militaires sont avant tout des action de combat avec des pertes et des finalités à court, moyen et long terme, que cela signifie aussi que l’emploi des soldats implique la destruction physique de l’ennemi au prix, certes et malheureusement de plusieurs d’entre nous dont le sacrifice doit être honoré et les proches soutenus.

La mission est donc réussie au moins au niveau tactique en fonction des pertes recensées. En revanche, au niveau de la perception des talibans, il est certain qu’ils ont obtenu un succès stratégique qui valait sans doute la perte de près d’une centaine de leurs combattants.

Le discours politique doit donc changer vis-à-vis des citoyens sur les opérations militaires. Il doit accompagner les décisions avec une vraie stratégie d’information pour éviter que l’opinion publique ne s’oppose à terme aux opérations, et c’est inéluctable en démocratie dans une guerre longue qui n’engage pas directement la survie de la nation. Il doit enfin ne pas ignorer la légitimité du recours à la force dans certains cas.