La meilleure réponse de la France à l’embuscade qui a tué nos dix soldats est un engagement accru sur le terrain. Je l’avais déjà écrit précédemment mais cela ne peut pas se limiter à des Forces Spéciales déjà bien occupées. Des unités complètes et organiques devraient être déployées pour être crédibles et l’équivalent d’une brigade ne serait pas une stupidité militaire.

Le retour d’expérience de cette embuscade n’est pas encore connu publiquement . Le général Stollsteiner, un général parachutiste français respecté, a reconnu que « nous avons pêché par excès de confiance » (Le Monde du 26 août). Il a constaté le manque d’appuis (reconnaissance aérienne, espérons aussi des canons d’artillerie et des mortiers comme j’en regrettais l’absence, il y a quelques jours) qui sont désormais accordés. Cette déclaration n’a pas, semble-t-il, fait plaisir au ministre de la défense. Encore un militaire qui s’exprime de trop ? Je crois surtout que les Français ont sous-estimé, sinon méprisé l’ennemi, et cela n’est pas pardonnable dans une armée professionnelle sans doute accoutumé à agir le plus souvent en « forces impartiales ».

Cependant, l’entraînement devra sans doute être amélioré. Comment accepter aujourd'hui que ce que nous apprenions à nos soldats contre les Soviétiques ait été oublié et soit appliqué sur nos troupes sans qu’elles sachent prévenir ou réagir ? En effet, contre une unité ennemie en progression, une embuscade vise à éliminer les chefs, ceux qui portent des postes de radios. Or, il semble bien que cela soit arrivé à l’unité française attaquée.

La question des équipements se pose. Ce n’est pas nouveau. Or, l’effort au profit du 8e RPIMA en terme d’équipements avait été très important. Le capitaine en retraite Bavoil, président d’adefdromil, rappelle que les soldats financent souvent leurs équipement individuels (on pourrait rappeler que cela a toujours été le cas et que ce qu’on achète soi-même est toujours mieux que ce que l’armée fournit). La question des munitions en quantité suffisante se pose aussi, alors que nous savons que nos stocks sont peu importants en raison de leurs coûts depuis plusieurs années.

Enfin, l’information venant de plusieurs sources circule d’une alimentation insuffisante de nos forces sur place. Comment faut-il comprendre cela et si l’intendance ne suit pas, où en sommes nous ?

Pour terminer, sans vouloir polémiquer, j’ai beaucoup entendu ces familles touchées par la perte d’un proche soldat ou simplement des citoyens dans la rue. Le commentaire, « on n’envoie pas des gens si jeunes », est revenu souvent. Faut-il envoyer des « vieux » mais à partir de quel âge est-on « vieux » ? Sans doute l’aguerrissement (cela fait sans doute le « vieux ») est important mais au bout de deux ou trois missions de quatre mois en opérations, certes de faible intensité, ne peut-on pas penser que ces soldats étaient aguerris ? Ce qui leur manquait était l’aguerrissement à la guerre. Il est sans doute temps que nos forces y soient confrontés malgré les tristesses que nous pourrons attendre sachant que d’autres nations connaissent cela depuis 2001 sans que cela ait bien ému nos concitoyens…