Le général d’armée Cuche a affirmé que sa démission était seulement justifiée par le grave incident de Carcassonne. Le président de la commission de la défense nationale lui a rendu hommage mardi. Le journaliste Frédéric Pons a aussi publié une lettre ouverte au président de la République en fin de semaine (www.defense-et-republique.org). Et le ministre s’est exprimé ce soir au grand Jury sur RTL, au point d’être dithyrambique pour l’armée française « l’une des meilleures du monde ».

Que peut-on cependant dire avant ce 14 juillet qui, non seulement, est la fête nationale mais est aussi l’honneur rendu aux armées ?

Entre les déclarations du général Cuche, celle du CEMA et du ministre, la tendance paraît bien celle de calmer les tensions mais avec fermeté avant le 14 juillet, au point aussi de reporter les annonces des restructurations. Sans doute aussi pour ne pas nuire aux réformes constitutionnelles prévues après le 14 juillet avec pour effet d’indisposer les élus.

Calmer les tensions ne veut cependant pas dire que la situation soit apaisée. La démission du général Cuche a été acceptée par le chef des armées sans aucun état d’âme. Il aurait pu la refuser. Le ministre de la défense pouvait aussi bien la donner mais il a déclaré aujourd'hui que la sienne n’était pas justifiée. Et pourtant… Ne l’était-elle pas ? L’enquête sur le groupe Surcouf est toujours en cours, avec opiniâtreté, certes sans succès et les sanctions sont toujours proférées à l’encontre des officiers qui n’auraient pas respecté un devoir de réserve bien contestable.

Le chef de l’Etat a donc engagé une campagne de communication par « intermédiaire » pour s’assurer que tout se passe bien jusqu’au 14 juillet, période propice aux déclarations et aux commentaires. Les articles sur son service militaire sortent. Il est sans doute facile de reprocher à Nicolas Sarkozy une absence totale de fibre militaire, d’avoir été « pistonné » mais après tout cela a été le cas de plus de 20 000 jeunes chaque année avec l’appui de l’ensemble de la classe politique (alors quand on évoque le service civique…). La brutalité des paroles du chef de l’Etat et son manque de respect envers le chef d'état-major de l'armée de terre n’en restent pas moins comme un acte grave entraînant une grande défiance à son égard.

Quelles conclusions peut-on en tirer ?

  • Seuls      les militaires ont toujours le « droit de se taire » dans la      société française malgré le statut de 2005. Quelle aurait été le sort des officiers      généraux et supérieurs s’ils s’étaient exprimés sous leur nom ?
  • Il paraît      donc malheureusement nécessaire de disposer d’un organe représentatif ou d’expression      indépendant. Les autres corps de l’Etat ont des syndicats pour s’exprimer      en leur nom sur les réformes ou pour défendre leurs organismes. Pour au      moins défendre leur honneur, les armées n’ont aujourd'hui ni le chef des      armées, ni le ministre, ni sans doute leurs autorités hiérarchiques.
  • Enfin,      le chef des armées a confirmé une rupture avec les armées, celle de la confiance      dans le processus décisionnel qui pourrait avoir au moins une conséquence.      En effet, son manque de retenue et son comportement pourraient inquiéter lorsque      l’on se rappelle que le feu nucléaire reste à sa disposition. Seuls les      responsables militaires peuvent faire contrepoids à une décision ultime d’emploi      de l’arme nucléaire. Après tout le Livre blanc remet en vigueur la frappe      nucléaire d’avertissement (P69) et si seuls les plus dociles restent au      contact du chef des armées…