A nouveau Jean-Dominique Merchet, toujours bien informé, nous alerte avec son blog « secret-défense ». L’armée de terre ne devrait plus disposer qu’entre 71 000 et 82 600 hommes « projetables » en opérations dans le cadre d'une Force terrestre, contre 95 000 (théoriques) aujourd'hui en raison des réductions annoncées d'effectifs et ce malgré les enseignements de nos alliés en guerre en Irak et en l'Afghanistan (Royaume-Uni, les Pays-Bas, Canada, Australie). Soyons honnêtes : les forces terrestres actuelles ont déjà des difficultés à fournir les effectifs pour les opérations malgré les forces existantes. Un effort doit être fait pour rendre disponible des personnels pour les opérations. Pour projeter 25 000 hommes, il faut en effet au moins 75.000 capables de l'être. Quand l'un est sur le terrain, un autre se prépare à y partir et un autre en revient pour citer JD Merchet.

Cette situation sera-t-elle évoquée lors du conseil de Défense qui devrait se tenir mardi 26 février à l'Elysée au lendemain de la remise d'un nouveau rapport d'étape sur le Livre blanc (selon JD Merchet). Lors de la réunion de l'ensemble des cadres militaires le 29 février, le ministre de la défense en parlera-t-il ?

Relisons aussi les engagements et les propos sur la défense évoqués lors du colloque sur la transformation des armées du 5 février dernier (cf. www.defense-et-republique.org). Tout semble d’abord être décidé avant toute analyse et donc publication du Livre Blanc. A se demander à quoi il va servir ! Ne parlons pas de la future loi de programmation militaire pour 2008-2009. Certes, le ministre de la défense s’est engagé sur cinq points mais finalement sans engagement réel hormis l’annonce d’une armée crédible et opérationnelle (sera-t-il d’ailleurs toujours là après mars 2008 pour tenir ses promesses qui n’engageront pas son successeur ?). Rappelons la quatrième promesse : « Je m'engage à ce que toutes les décisions soient prises en ayant le souci d'optimiser les capacités opérationnelles de nos armées, qui doivent être les premières bénéficiaires de la réforme ». L’optimisation rappelle « les armées plus souples, plus manœuvrières » du passé pour annoncer la simple baisse des effectifs. Avec ces annonces de réduction d’effectifs, tenir son rang va être difficile alors que le Premier ministre soulignait devant l’IHEDN le 21 février (www.defense-et-republique.org) que nous serons confrontés à des guérillas (ce que n’évoque pas Hervé Morin), donc des conflits exigeant des effectifs nombreux et entraînés.

Hervé Morin a évoqué aussi le 5 février la dualité des moyens militaires pour satisfaire les exigences du territoire national. Avec quoi ? Cette transformation des armées, qui ne se fait pas au seul détriment de l’armée de terre mais aussi de l’armée de l’air, paraît donc bien peu crédible dans la recherche de l’efficacité. Il reste surprenant que les 2% du PIB promis pour le budget de la défense soient vraiment préservés d’autant qu’ils comprennent la Gendarmerie et les pensions. Il n’est pas invraisemblable que ces 2% voient une part plus grande donnée à la Gendarmerie et moins aux armées mais la promesse sera tenue en affichage ! Espérons que nous nous trompons.

Pour terminer, le ministre de la défense a souligné le 5 février que les armées étaient le premier employeur de France pour le recrutement soit 30 000 personnes. Les recrutements ne sont-ils pas gelés pour commencer à appliquer le non-renouvellement de 50% des postes vacants sur les cinq prochaines années ? On ne peut avoir une politique différente du discours tenu sans provoquer un grand manque de confiance des forces armées envers leurs dirigeants.