Le Kosovo est indépendant unilatéralement avec le soutien de la majorité des Etats de l’Union européenne et des Etats-Unis. Est-ce une victoire du droit ? pas vraiment.

La résolution 1244 n’a jamais parlé d’accorder l’indépendance à la majorité albanophone de la province serbe. Par ailleurs, jamais la communauté internationale n’a voulu accepter une partition de cette province avec une partie au nord de la rivière Ibar restant en Serbie et une partie au sud de l’Ibar soit indépendante soit rattachée à l’Albanie. Il est vrai que les seules richesses de cette province correspondant à deux départements français (11 000km²) sont minières et se trouvent en partie dans la zone Nord serbe.

Quelles sont les conséquences de cette reconnaissance du nouvel Etat ?

  • le résultat est le déploiement pour de longues années de plusieurs milliers d’hommes au Kosovo pour assurer la paix, les premiers heurts ayant commencé aujourd'hui mardi. Sans compter le déploiement de la mission civile de l'Union européenne.
  • le non-respect des frontières issues de la seconde guerre mondiale et donc la fin de l’intangibilité des frontières, règles appliquées jusqu’à présent. Ce précédent fait déjà frémir l’Espagne, la Grèce, la Roumanie, Chypre qui ne veulent pas cautionner cette situation. Il n’y a aucune raison en effet que cela ne se reproduise pas, y compris dans les Etats ayant soutenu cette partition.
  • la mise sous perfusion financière du Kosovo n’en sera pas réduite et les Européens en particulier vont continuer à financer la construction de ce nouvel Etat.

Finalement, on peut se demander quelle était la stratégie de l’Europe dans cette affaire hormis une soi-disant pacification des Balkans. La Serbie n’était-elle pas à privilégier plutôt que ce nouvel Etat du Kosovo de moins de deux millions de personnes, avec un fort chômage, sans économie et aux mœurs souvent décrites comme mafieuses. Cette situation pouvait-elle être évitée ? Peut-être par un compromis sur la scission du Kosovo avec l’accord dans ce cas de la Serbie évoquée dans le passé.

Il reste curieux que cette situation défendue devant le Conseil de sécurité de l’ONU par la France et par les Etats-Unis a été décrite comme un statut devenu intenable. Mais ces Etats ont ajouté que le Kosovo n’était pas « un précédent » : « Nous n’accepterons donc jamais qu’une des parties à un conflit invoque le cas du Kosovo pour réclamer son indépendance » ont précisé les Etats-Unis. On ne peut qu’en douter si l’on se réfère à l’histoire.

Les ressentiments créés au sein de la communauté slave ne s’estomperont pas avant un temps certain et les Serbes ont la mémoire longue si l’on se réfère à leur passé. Après tout, cette solution est sans doute applicable aussi en Bosnie et la partie serbe pourrait revendiquer le même régime d’indépendance.