Les ministres de la défense se sont retrouvés les 7 et 8 février 2008 à Vilnius notamment pour discuter de l’engagement militaire de l’OTAN. Il serait bon que la France qui souhaite réintégrer presque totalement l’OTAN soit plus proactive et propose des troupes pour être en cohérence avec ses ambitions internationales. Il est vrai qu’en cette période de débat sur les effectifs des armées françaises et sur l’incapacité politique à employer les forces françaises au Tchad en soutien du président tchadien, cela pourrait sembler incongru mais bon !

Donc, les troupes de la coalition en Afghanistan ne sont pas assez nombreuses pour cette guerre contre-insurrectionnelle. Par l’accord de Bonn de 2001 (mise en ligne sur www.defense-et-republique.org), l’Afghanistan a fait appel à la communauté internationale pour lever et entraîner de nouvelles forces de sécurité et une nouvelle armée ain de prendre en main sa sécurité.

En l’occurrence, les armées occidentales assurent en grande partie cette mission de formation et une certaine lassitude est perceptible. Malgré les avertissements répétés des Etats-Unis et maintenant du Canada (voir rapport canadien Manley du 19 janvier 2008, en français sur le site), les Etats–membres de l’OTAN ne veulent pas s’engager plus qu’ils ne le font aujourd'hui. Lors de la conférence sur la sécurité de Munich le 10 février 2008, le secrétaire américain à la défense a rappelé qu’un échec de l’OTAN en Afghanistan permettrait une nouvelle menace terroriste mondiale. Le Canada réclame un renfort de 1000 hommes. S’il n’obtient pas satisfaction, les troupes seront retirées en février 2009. Les Canadiens ont déjà engagé 2500 hommes équipés de chars lourds Léopard achetés en urgence pour des forces armées déjà peu nombreuses. 72 soldats ont été tués depuis 2003 ce qui, hormis la gravité de toute perte humaine, est peu significatif numériquement mais perturbent les élus et l’opinion publique de ce pays.

La difficulté est qu’il ne s’agit plus de faire du maintien de la paix mais de l’imposition de la paix comme le souligne le rapport Manley. Pour l’instant, le gouvernement allemand aurait accepté l'envoi de 1 000 soldats supplémentaires, ce qui porterait l'effectif total à 4 500 soldats. Berlin prévoirait d'étendre la zone de déploiement de la Bundeswehr vers l'ouest et de rallonger le mandat de ses troupes de quinze à dix-huit mois. Les Américains ont annoncé 3 200 hommes dont deux mille marines. La France pourrait aussi envoyer des troupes et devrait donner sa réponse au sommet de l’OTAN à Bucarest.

Le fond du problème est sans doute que l’Afghanistan est un pays du quart monde avec une autre culture et d’autres traditions relativement hermétiques aux valeurs occidentales de l’alliance. La culture du pavot (8200 tonnes par an soit 93% de la production mondiale d’opium) est en hausse alors que la lutte contre la culture et le trafic de la drogue est prévue par les accords de Bonn. Le pavot reste l’une des ressources majeures de l’Afghanistan.

Plus de 2 milliards de dollars (1,5 milliard d'euros) ont pourtant été consacrés par la communauté internationale à cette lutte. Où est allé cet argent d’autant que cette culture a explosé dans les provinces du Sud, où, comme par hasard, les talibans sont les plus actifs ! Avec 102 770 hectares de terres consacrées au pavot, la province d'Helmand, dans laquelle sont déployés près de 6 000 soldats britanniques, représente la moitié de la surface totale cultivée. L’ennemi n’est pas seulement le taliban, le terroriste d’Al Qaida mais aussi le trafiquant de drogue, les uns et les autres entremêlant leurs actions de combat ou de terrorisme.

Mener une action militaire comme en 2001 et se retirer une fois les objectifs militaires et politiques atteints, c’est-à-dire empêcher une menace de devenir crédible, est un axe de réflexion qu’il faut étudier pour les conflits à venir. Pourquoi risquer la vie de nos soldats pour reconstruire un Etat qui ne le veut pas. La reconstruction des Etats, réflexion politique et militaire à la mode, gaspille des milliards d’euros dont une grande partie s’évapore. Cela signifie aussi réhabiliter la légitimité du recours à la force dans des frappes préventives et préemptives que seules nos démocraties européennes refusent. Il nous faut donc une nouvelle stratégie d’influence et d’action.

  • neutralisons, éventuellement détruisons, ceux qui nous veulent du mal,
  • maintenons une surveillance attentive des théâtres où nos opposants ont été neutralisés avec le minimum de déploiement de forces au sol,
  • empêchons-les de détenir les capacités de nous nuire à terme ;
  • soyons enfin en mesure de soutenir financièrement, militairement, sécuritairement, un gouvernement en place lorsqu’il est suffisamment puissant et/ ou représentatif s’il nous le demande.

Bilan des Forces au 31 décembre 2007

ISAF : 42 000 hommes déployés au sein de l’ISAF (39 pays participants dont les 26 nations de l’Alliance atlantique), et 18 000 hors ISAF.

Principaux contributeurs :

·         Américains : 15 000 hommes hors renfort des 3 200 hommes supplémentaires au printemps prochain.

·         Britanniques : 7 700 hommes ;

·         Allemands 3 500 hommes

·         Italie 2 880 hommes ;

·         Canadiens : 2 500 hommes ;

·         France 1 515 hommes,

·         Espagne 740

25 Provincial Reconstruction Teams., équipes civilo-militaires pour des missions de reconstruction réparties dans 25 provinces du pays.

Armée afghane : 28 600 hommes et 30 200 policiers