Après la grogne sociale de la « base » lors du conseil supérieur de la fonction militaire en décembre, les généraux montent au créneau pour exprimer une certaine exaspération devant la déficience des moyens accordés pour remplir les missions. Ainsi, le général d’armée Cuche, chef d'état-major de l’armée de terre a transmis une lettre au chef d'état-major des armées.

Le constat est simple : l'armée de terre assure 85 % des effectifs des opérations extérieures mais ne bénéficie que de 15 % des crédits d'équipement. En outre, disposant des plus importants effectifs, elle est une cible de choix pour les réductions d’effectifs alors qu’elle ne dispose que de 120 000 officiers, sous-officiers et soldats.

De fait, cette lettre souligne que « la réalisation des programmes d'équipement a été minorée de 40 % en 2006 par rapport aux contrats de gestion initiaux, et par une non-réalisation de 46 % des besoins prévus pour 2007. Cette dérive semble se poursuivre en 2008, avec une réduction d'au moins 15 % pour les programmes d'équipement par rapport à un niveau d'engagements envisagé de 1,051 milliard d'euros. Sur 259 programmes prévus sur les deux dernières années, seuls 176 ont été financés » (Le Monde du 26 janvier 2008).

En parallèle, sans attendre le Livre Blanc définissant la future politique de défense et donc les missions dont il faut déduire les capacités pour les assurer, il est annoncé par des déclarations ministérielles la diminution des effectifs. En cinq ans, l’armée de terre perdrait entre 10 000 et 12 000 postes dans le cadre de la réduction de 30 000 personnes à raison de 6 000 postes par an non remplacés lors du départ à la retraite. 20% des implantations de l’armée de terre sur 180 seraient supprimées (les armées disposent de 1857 emprises hors Gendarmerie). A la veille des municipales, les communes s’inquiètent à travers la presse régionale et à juste titre en raison du poids économique des implantations militaires. Les unités devraient être moins nombreuses mais plus importantes en effectifs selon le ministre de la défense, regroupées éventuellement en interarmées pour mutualiser autant que possible le soutien. Il sera aussi recherché « une plus grande complémentarité entre l’armée et la police », en espérant que cela ne sera pas au détriment de l’autorité militaire.

A nouveau, les armées sont dans la tourmente pour une nouvelle restructuration. On peut constater que, malgré les signaux d’avertissements, l’expression même d’une certaine grogne, l’attitude politique reste méprisante. Il faut en tirer les conclusions qui s’imposent pour chaque soldat-citoyen. Le militaire n’est pas considéré, ni écouté, dispose de moins en moins de moyens mais reste corvéable à merci.

Selon le ministre de la défense, « L'effort qu'on demande aux armées est l'effort qu'on demande à l'ensemble du système public ». Il n’est pas certain que le pourcentage des départs non renouvelé soit identique dans toute la fonction publique. La « volonté » du gouvernement est que « l'ensemble des crédits de 37 milliards d'euros » soit destiné à la capacité de défense, à savoir les forces opérationnelles. La réorganisation « nécessaire » du ministère de la Défense permettrait d’économiser entre 1 et 1,5 milliard d’euros par an. Les économies seraient affectées à « l'amélioration des conditions du personnel et à l’équipement des forces ». Nous verrons en 2009 si effectivement l’amélioration de la condition du personnel est sensible.

A court terme, pourquoi voter pour un gouvernement qui semble tellement prendre à la légère les inquiétudes des militaires ? Certes, les élections locales ne sont pas le meilleur test électoral qui soit, sauf peut-être dans les villes de garnison qu’il faudra donc observer de près.