M. Sarkozy avait inquiété les Américains en s'interrogeant pendant la campagne électorale sur le sens de l'engagement français en Afghanistan. Il les a rassurés lors de son voyage officiel aux Etats-Unis le 6 novembre 2007 : « Je vous le dis aujourd'hui solennellement, la France restera engagée en Afghanistan aussi longtemps qu'il le faudra. Il a ajouté : L’Amérique peut compter sur la France dans le combat contre le terrorisme. Cependant, le ministre français de la défense déclarait le 8 septembre 2007 que la présence de la France en Afghanistan ne sera pas éternelle. Que faut-il comprendre des relations entre le président de la république et le ministre de la défense ?

Néanmoins, la décision politique et militaire du 24 octobre d’envoyer une cinquantaine d'instructeurs dans le sud de l'Afghanistan auprès des quelque 1 700 soldats néerlandais déjà déployés, prend encore une signification plus forte. C’est un nouveau geste envers l’OTAN et Washington. Il prépare sans aucun doute un retour salutaire de la France au sein de l‘Alliance atlantique afin qu’elle y tienne le rang correspondant à ses capacités militaires d’aujourd'hui…qu’il faudra donc préserver sinon augmenter dans les budgets futurs.

La France va ainsi porter à 250 le nombre de ses instructeurs chargés d'améliorer déjà depuis un an la formation au combat de l'Armée nationale afghane (ANA) au sein des équipes OMLT (Operational Mentoring Liaison Teams). L’OTAN a déclaré par ailleurs qu’elle allait déployer 40 de ces équipes de 20 à 30 personnes intégrées au sein des forces afghanes. L’ANA comprend actuellement 37 000 hommes en 9 brigades avec un objectif de 70 000 en 2008. La police de même doit atteindre 82 000 hommes. Avec les 150 soldats et pilotes français (6 Mirage 2000 et F-1) désormais basés à Kandahar, la grande ville du sud, et les 1 100 soldats chargés de la région de Kaboul. Le total des troupes françaises en Afghanistan devrait atteindre à terme 1 500 hommes. Fin 2007, 20 % de cet effectif devrait être consacré à des tâches de formation et d'encadrement de l'armée afghane.

Il faut cependant rappeler les dangers de ce conflit qui va durer de nombreuses années. Les actions de combat sont réelles. Déjà, les forces françaises ont perdu 7 personnels. Au 4 septembre 2007, 103 attentats-suicides étaient recensés pour l’année (123 attaques en 2006). Selon un rapport, plus de la moitié des auteurs d'attaques-suicides utilisés par les talibans sont des étrangers venant du Pakistan, d'Ouzbékistan, du Tadjikistan et de pays arabes. Plus de 80 % d'entre eux passeraient par le Waziristan pakistanais. La situation au Pakistan ne peut qu’inquiéter. Paradoxalement, ces attentats-suicides sont peu efficaces militairement. Mais, alors que 76 % des attaques visent les forces internationales ou afghanes, les victimes sont le plus souvent des civils. Soulignons que trente-six candidats au martyre ont été neutralisés à temps. Cette guerre par la terreur reste cependant orientée vers la guerre des esprits, au même titre que la guerre révolutionnaire du XXe siècle. Elle vise à saper la confiance des populations dans les institutions de l'Etat. Elle entrave le développement économique et politique du pays.

L’engagement du président de la République devrait aussi conforter la nouvelle stratégie de communication américaine. Le Pentagone a en effet fait approuver un nouveau plan de communication stratégique le 12 septembre 2007 pour lutter contre les talibans et le trafic de drogues. Le message est clair. Les forces américaines et celles de la coalition sont en Afghanistan pour une longue durée et le peuple afghan peut compter sur ses alliés, y compris l’OTAN et les Etats-Unis. Les cibles sont la population afghane, le gouvernement de Kaboul, les forces armées afghanes, les Etats voisins sans oublier les alliés et leurs opinions publiques. La France devra donc être en phase avec son grand allié.

Enfin rapprochons ce volontarisme du président de la République avec les propositions de la commission Balladur. Le contrôle du parlement devrait s’exercer lorsque des forces sont déployées plus de trois mois. L’exercice du contrôle parlementaire pourra être testé sur ce conflit de longue durée si l’amendement à la constitution est retenu mais laisser une hypothèse de retrait de nos forces tous les trois mois pourrait affaiblir notre crédibilité auprès de nos alliés.