Dans un entretien au Monde du 28 octobre 2007, Jean–Claude Mallet, président de la commission, fait un premier état de ses travaux sur le Livre blanc prévu pour mars 2008. Un grand nombre d’entretiens publics sont en cours (voir www.defense-et-republique.org) avec pour objet d’étayer cette réflexion sur ce Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale. En avant-propos, remarquons que le libellé du mandat évoque une défense (qui n’est pas nationale) et une sécurité qui le serait. Cette évolution sémantique est lourde de sens pour l’avenir de ce Livre blanc.

Jean-Claude Mallet prend soin de préciser que la sécurité nationale n’exclue par la sécurité européenne. Il s’agit avant tout d’avoir un débat national, les faits lui donnant sans aucun doute raison si l’on étudie les conditions des engagements européens sur différents théâtres d’opération. La France, éternelle volontariste et soucieuse d’habiller ses opérations de la couleur européenne, ne recule devant aucun sacrifice comme à l’accoutumé. Une expression française du XVIIIe siècle nous est restée : travailler pour « le roi de Prusse », n’est-ce pas le cas aujourdhui avec nos alliés européennes sur les questions de défense ?

Sur la notion de sécurité nationale, JC Mallet précise donc qu’il s’agit des grands risques, qui visent le fonctionnement des pouvoirs publics et de la société française, la protection des citoyens en tant que nation. Il souligne bien qu’il n’est pas question de diluer la mission de défense des militaires. Cependant, il doit présenter au président de la République la définition d’une nouvelle doctrine de défense et de sécurité nationale globale.

Le souci de rassurer les armées sur leur avenir et donc les moyens à leur accorder (et ce n’est pas gagné), est net. Il faut donner à l’armée des assurances sur son avenir, sur les missions qu’elle reçoit du pouvoir politique, sur la relation qu’elle va entretenir avec le pays.

Une volonté d’expliquer aux citoyens ce qu’est la politique de défense est aussi affirmée avec notamment, quelle stratégie de communication des pouvoirs publics en cas de crise majeure ? Nous pourrions dire stratégie d’information car la bataille pour la légitimité de nos opérations militaires est devenue un préalable au succès des engagements militaires. Cette légitimité ne pourra pas se limiter à de la simple communication. Elle devra être construite aussi par un soutien du parlement. Les travaux de la commission Balladur sur la Constitution devraient pouvoir participer à satisfaire ce besoin.

Pourquoi pas ne pas définir constitutionnellement un « état de crise » dans un article 35 bis entre la guerre déclarée par le parlement (article 35) mais qui n’a pas été mis en application depuis la révolution et l’état de paix, situation normale de nos sociétés mais incompatible avec les opérations de guerre dans lesquelles nous sommes engagés aujourd'hui ?

Enfin, il y aura aussi dans ce Livre blanc une volonté de préciser le rôle des armées sur le territoire national pour protéger les populations. Il est en effet temps que les armées, en particulier l’armée de terre, soit en charge de la protection des populations dans le cadre défini par le pouvoir politique. L’importance des relations armées-nation est soulignée dans cette interview. Le militaire protégeant le citoyen sur le territoire national lorsque cela est nécessaire est la meilleure manière de développer un lien affectif entre l’armée et la nation.